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Alexander von Humboldt: „Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1817-Des_lignes_isothermes-01> [abgerufen am 05.02.2023].

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Permalink:
https://humboldt.unibe.ch/text/1817-Des_lignes_isothermes-01
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Titel Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe
Jahr 1817
Ort Paris
Nachweis
in: Mémoires de physique et de chimie, de la société d’Arcueil 3 (1817), S. 462–602; Errata S. 516–518, Tafel.
Postumer Nachdruck
übersetzt, in: Alexander von Humboldt, Schriften zur Physikalischen Geographie, herausgegeben von Hanno Beck, Darmstadt 1989, S. 18–97.
Entsprechungen in Buchwerken
Alexander von Humboldt, „Ueber die isothermen Linien“, übersetzt, in: ders., Kleinere Schriften. Geognostische und physikalische Erinnerungen, Stuttgart und Tübingen 1853, Band 1, 1853, S. 206–314.

Separatum, „Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe, par Alexandre de Humboldt. (Extrait de Mémoires d’Arcueil)“, Paris 1817, 145 Seiten.
Sprache Französisch
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: III.37
Dateiname: 1817-Des_lignes_isothermes-01
Statistiken
Seitenanzahl: 142
Spaltenanzahl: 2
Zeichenanzahl: 187228

Weitere Fassungen
Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe (Paris, 1817, Französisch)
Des lignes isothermes, et de la distribution de la chaleur sur le globe (Genf, 1817, Französisch)
Sur les Lignes isothermes (Paris, 1817, Französisch)
[Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe] (Stuttgart; Tübingen, 1817, Deutsch)
Of Isothermal Lines, and the Distribution of Heat over the Globe (London, 1818, Englisch)
Ueber die gleichwarmen Linien (Jena, 1818, Deutsch)
Isothermes (Lignes) (Paris, 1819, Französisch)
Ueber die isothermischen Linien (Nürnberg, 1819, Deutsch)
Ueber die gleichwarmen Linien (Lignes isothermes) Humbolds (Prag, 1820, Deutsch)
On Isothermal Lines, and the Distribution of Heat over the Globe (Edinburgh, 1820, Englisch)
Abstract of Baron Humboldt’s Dissertation on Isothermal Lines, and the Distribution of Heat over the Globe (London, 1821, Englisch)
Lignes isothermes (Paris, 1823, Französisch)
Von den isothermen Linien und der Vertheilung der Wärme auf dem Erdkörper (Hildburghausen; New York City, New York, 1853, Deutsch)
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Des lignes isothermes et de la distributionde la chaleur sur le globe; Par Alexandre de Humboldt.


La répartition de la chaleur sur le globe ap-partient à ce genre de phénomènes dont onconnaît depuis longtems les circonstances gé-nérales, mais qui ne sauraient être déter-minés rigoureusement ou soumis à un calculexact, qu’autant que l’expérience et l’obser-vation fournissent les données dans lesquellesla théorie peut puiser les corrections des diversélémens qu’elle emploie. Le but de ce Mé-moire est de faciliter la réunion de ces don-nées, d’offrir des résultats tirés d’un grandnombre d’observations inédites, et de les grou-per d’après une méthode qui n’avait point en-core été essayée, quoique l’avantage qu’elle pré-sente ait été reconnue depuis un siècle, dansl’exposition des phénomènes de la déclinaison etde l’inclinaison magnétique. Comme le travail,qui renferme la discussion des observations |463| partielles, sera publié séparément, je me bor-nerai ici à un simple aperçu, propre à faireconnaître la distribution de la chaleur sur leglobe, d’après les données les plus récentes etles plus précises. Lorsqu’on ne peut ramenerdes phénomènes compliqués à une théoriegénérale, on gagne déjà si l’on parvient à fixerles rapports numériques par lesquels un grandnombre d’observations éparses se trouvent liées,et à assujettir l’influence des causes perturba-trices locales à des lois purement empiriques.L’étude de ces lois fait connaître aux voyageurssur quels problêmes ils doivent porter leur at-tention principale, et l’on peut espérer, d’aprèsle perfectionnement progressif des diversesparties du système du monde, que la théoriede la distribution de la chaleur gagnera égalementen étendue et en précision à mesure que les ob-servations seront plus multipliées, et dirigéessur des points qu’il importe d’éclaircir. Comme les phénomènes de la géographie,les végétaux et en général la distribution desêtres organisés, dépendent de la connaissancedes trois coordonnées de latitude, de longitudeet de hauteur, j’ai dû m’occuper, depuis plu-sieurs années, de l’évaluation exacte des tempé-ratures atmosphériques. Je ne pouvais rédiger |464| mes propres observations sans recourir sanscesse aux ouvrages de Cotte et de Kirwan, lesseuls qui renferment une grande masse d’obser-vations météorologiques obtenues par des ins-trumens et d’après des méthodes d’une précisiontrès-inégale. Ayant habité longtems les plateauxles plus élevés du Nouveau-Continent, j’avaisprofité des avantages qu’ils offrent pour exami-ner la température des couches d’air super-posées, non d’après des données isolées, fruitsde quelques excursions vers la cime d’un volcan,mais d’après la réunion d’un grand nombred’observations, faites jour par jour et mois parmois, dans des lieux habités. En Europe et danstout l’Ancien-Continent, les points les plusélevés dont on a déterminé les températuresmoyennes, sont le couvent de Peissenberg enBavière, et l’hospice du Saint-Gothard (1). Lepremier à 995 mètres (511 toises), le second à2075 mètres (1065 toises) d’élévation au-dessusdu niveau des mers. En Amérique, un grandnombre de bonnes observations ont été faites à
(1) On ne connaît point la température moyenne del’air au couvent du Grand-St.-Bernard, dont la hauteurabsolue est de 2426m. Il y a en Europe plusieurs villagesplacés à plus de 1700m. d’élévation, p. e., St.-Jacquesd’Ayas à 1670m.; Trinita-Nuova, près Grassoncy à 1620m.
|465| Santa-Fé de Bogota et à Quito, à 2660 mètres(1365 toises), et 2909 mètres (1492 toises) dehauteur. Une ville de 10,000 habitans qui offretoutes les ressources de la civilisation moderne,Huancavelica, est située dans les Cordillières del’hémisphère austral à 3752 mètres (1925 toises)d’élévation absolue, et la mine de Santa-Bar-bara entourée de beaux édifices, et placéeà une lieue au sud de Huancavelica, offre unendroit propre à faire des observations régu-lières à la hauteur de 4422 mètres qui est doublede celle de l’hospice du Saint-Gothard.
Ces exemples prouvent combien nos connais-sances sur les hautes régions de l’atmosphère,et sur la physique du monde en général, s’accroî-tront rapidement, lorsque la culture des sciences,si longtems concentrée dans la zone tempérée,s’étendra au-delà du tropique, dans ces vastesrégions où les Espagnols-Américains se livrentdéjà avec tant de zèle à l’étude de la physique etde l’astronomie. Pour comparer à la chaleurmoyenne des climats tempérés les résultats quenous avions obtenus, M. Bonpland et moi, dansles régions équinoxiales, depuis les plaines jus-qu’à 5880 mètres (3016 toises) de hauteur, jedevais réunir un grand nombre de bonnesobservations faites au-delà du parallèle de 30 à |466| 35 degrés. Je m’aperçus bientôt combien cettecomparaison était vague, si je choississais deslieux placés dans le méridien des Cordillières,ou par une longitude beaucoup plus orientale.J’entrepris dès lors de discuter les résultats con-signés dans les ouvrages les plus récens. Je tâ-chai de trouver de dix en dix degrés de lati-tude, mais sur des méridiens différens, un petitnombre de lieux dont on connut avec précisionla température moyenne. Ce sont autant depoints fixes par lesquels je fais passer mes lignesisothermes ou lignes d’égale chaleur. Je re-montai, autant que les matériaux ont été renduspublics, aux observations mêmes dont les résul-tats ont été publiés, et je trouvai dans lecours de ce travail facile, mais long et mono-tone, qu’il en est d’un grand nombre de tem-pératures moyennes indiquées dans les tableauxmétéorologiques, comme de ces positions as-tronomiques que l’on adopte sans les discuter.Tantôt les résultats sont en contradiction di-recte avec les observations les plus récentes;tantôt il est impossible de découvrir d’où ilssont tirés. Beaucoup d’observations, et même detrès-bonnes, ont dû être rejetées, par la seuleraison que la hauteur absolue du lieu dans lequelelles ont été faites, est restée inconnue. C’est |467| le cas de l’Asie mineure, de l’Arménie, de laPerse, et de presque toute l’Asie. Tandis que laseule partie équinoxiale du Nouveau-Mondeoffre déjà plus de 500 points, dont la plu-part sont de simples villages et des hameaux,déterminés par un nivellement barométrique,nous ignorons encore la hauteur d’Erzeroum,de Bagdad, d’Aleppe, de Teheran, d’Ispahan,de Delhi et de Lassa, au-dessus du niveau desmers voisines. Malgré les rapports intimes danslesquels on a été récemment avec la Perse et leCandahar, cette branche de nos connaissancesn’a point gagné depuis une cinquantaine d’an-nées. Cependant il n’est pas permis, à cause dudécroissement de la température dans les hautesrégions de l’atmosphère, de confondre les tem-pératures moyennes d’endroits qui ne sont pasplacés sur un même niveau. Dans l’Ancien Con-tinent, les bonnes observations, les seules donton peut faire usage pour reconnaître des loisempiriques, se bornent à une étendue de lasurface du globe qui est limitée par les paral-lèles de 30° et 70°, et par les méridiens de30° de longitude orientale, et de 20° de lon-gitude occidentale. Les points extrêmes decette région, sont l’île de Madère, le Caire etle Cap-Nord. C’est une bande qui n’a pas mille |468| lieues nautiques (\( \frac{1}{7} \) de la circonférence du globe)de l’est à l’ouest, et qui, renfermant le bassin dela Méditerranée, est le centre de la civilisationprimitive de l’Europe. La configuration extraor-dinaire de cette partie du monde, les mersintérieures, et d’autres circonstances si propresà développer les germes de la culture parmiles peuples, ont donné à l’Europe un climatparticulier, très-différent de celui des régionsplacées sous la même latitude. Or, comme lessciences physiques portent presque toujoursl’empreinte des lieux où l’on a commencé à lescultiver, on s’est accoutumé à considérer ladistribution de la chaleur observée dans la ré-gion que nous venons de désigner, comme letype des lois qui gouvernent le globe entier.C’est ainsi que dans la géologie, on a tâchélongtems de ramener tous les phénomènes vol-caniques à ceux qu’offrent les volcans de l’Italie.Au lieu d’évaluer méthodiquement la répartitionde la chaleur, telle qu’elle existe sur la surfacedes continens et des mers, on a cru devoir ouregarder comme des exceptions locales tout cequi s’écarte du type adopté, ou, en suivant uneméthode plus dangereuse encore dans la recher-che d’une loi naturelle, prendre des moyennes,de température de 5 à 5 degrés de latitude, en |469| confondant les lieux placés sous des méridienstrès-différens. Comme cette dernière méthodeparaît exclure l’influence des causes réputéesétrangères, je dois la discuter briévement avantd’indiquer la marche essentiellement différenteque j’ai suivie dans mes recherches. Il n’en est point de la température de l’at-mosphère et du magnétisme du globe, commede ces phénomènes qui, déterminés par unecause unique ou par un seul centre d’action,peuvent être dégagés de l’influence des circons-tances perturbatrices, en prenant les résultatsmoyens d’un grand nombre d’observations, danslesquelles ces effets étrangers se détruisent mu-tuellement. La répartition de la chaleur, demême que les inclinaisons et les déclinaisonsde l’aiguille aimantée, ou l’intensité du ma-gnétisme terrestre, dépendent, par leur nature,de la localité, de la constitution du sol, de ladisposition particulière de la surface rayonnantedu globe. Or, on doit se garder d’éliminerce que l’on veut trouver: il ne faut pas con-fondre sous le nom de circonstances étrangèreset perturbatrices, celles dont les phénomènesles plus importans, par exemple, la distributionet le développement plus ou moins rapide de lavie organique dépendent essentiellement. De |470| quelle utilité serait une table d’inclinaisons ma-gnétiques, qui, au lieu d’être mesurées sur desparallèles à l’équateur magnétique, seraient lesmoyennes d’observations faites par les mêmesdegrés de latitudes terrestres, mais sur desméridiens différens? Nous voulons faire con-naître la quantité de chaleur annuelle que reçoitchaque point du globe, et ce qui importe leplus à l’agriculture et au bien-être des habitans,la répartition de cette quantité de chaleur entreles différentes parties de l’année, et non ce quiest dû à l’action solaire seule, à la hauteur del’astre sur l’horizon, à la durée de son in-fluence, c’est-à-dire, à la grandeur des arcs semi-diurnes. Il y a plus encore, nous prouverons que laméthode des moyennes est insuffisante pourreconnaître ce qui appartient exclusivement ausoleil, autant que ses rayons éclairent un seulpoint de la surface du globe, et ce qui est dûà la fois et au soleil et à l’influence des causesétrangères. C’est parmi ces causes que nouscomptons le mélange des températures de diffé-rentes latitudes produit par les vents; le voi-sinage des mers qui sont d’immenses réservoirsd’une chaleur peu variable; l’inclinaison, lanature chimique, la couleur, la force rayon- |471| nante et l’évaporation du sol; la direction deschaînes de montagnes qui agissent, soit en fa-vorisant le jeu des courans descendans, soiten abritant contre certains vents; la forme desterres, leur masse et leur prolongement versles pôles; la quantité de neige qui les couvrependant l’hiver; leur élévation de température,et leur réverbération en été; enfin, ces glacesqui forment comme des continens circompo-laires, variables dans leur étendue, et dont lesparties détachées, entraînées par les courans,modifient sensiblement le climat de la zonetempérée. En distinguant, comme on l’a fait depuislongtems, le climat solaire du climat réel, ilne faut pas oublier que les causes locales etmultipliées qui modifient l’action du soleil surun seul point du globe, ne sont elles-mêmes quedes causes secondaires, des effets du mouvementque l’astre calorifiant produit dans l’atmos-phère, et qui se propage à de grandes dis-tances. Si l’on considère séparément (et il seraitutile de le faire dans une discussion purementthéorique) la chaleur produite par le soleil,la terre supposée en repos et sans atmosphère,et la chaleur due à d’autres causes regardéescomme perturbatrices, on trouve que cette |472| dernière partie de l’effet total n’est pas entiè-rement étrangère au soleil. L’influence despetites causes ne disparaîtra guère en prenantle résultat moyen d’un grand nombre d’obser-vations: car cette influence n’est pas restreinteà une seule région. Par la mobilité de l’océanaérien, elle se propage d’un continent à l’autre.Partout, dans les régions voisines des cerclespolaires, les rigueurs des hivers sont dimi-nuées par le déversement des colonnes d’airchaud, qui, s’élevant au-dessus de la zonetorride, se porte vers les pôles; partout dansla zone tempérée, la fréquence des vents occi-dentaux, en transportant la température (1) d’unelatitude à une autre parallèle, modifie les cli-mats. Qu’on réfléchisse, de plus, à l’étenduedes mers, à la configuration et au prolonge-ment des continens, soit dans les deux hémis-phères, soit à l’est et à l’ouest des méridiensde Canton et de la Californie; et l’on verra quele nombre d’observations sur la températuremoyenne, fût-il infini, la compensation n’au-rait pas lieu. C’est donc à la théorie seule qu’il appartient
(1) Ramond, Mémoire sur la Formule barométr., p. 108et 113.
|473| de déterminer la répartition de la chaleursur le globe, autant qu’elle dépend de l’actionimmédiate et instantanée du soleil. Elle n’in-dique pas les degrés de température expriméepar la dilatation du mercure dans un ther-momètre, mais les rapports entre la chaleurmoyenne annuelle à l’équateur, au parallèlede 45°, et sous le cercle polaire; elle déter-mine les rapports entre les chaleurs solsticialeset équinoxiales dans les différentes zones. Encomparant les résultats du calcul, non à lamoyenne tirée d’observations faites par différenteslongitudes, mais à la température moyenne d’unseul point de la surface de la terre, on ferait ledépart de ce qui est dû à l’action immédiate dusoleil et à l’ensemble des autres influences so-laires et non solaires, locales ou propagées àde grandes distances. Cette comparaison de lathéorie à l’expérience offrirait un grand nombrede rapports intéressans.
Longtems avant que l’on eût des thermomètrescomparables, et une idée précise de la tem-pérature moyenne d’un lieu, en 1693, Halleyjeta les premiers fondemens d’une théorie del’action calorifiante du soleil, à différens degrésde latitude (1). Il prouva que la durée de l’ac-
(1) Phil. Tr., 1693, p. 878.
|474| tion pouvait compenser l’effet de l’obliquité desrayons. Les rapports qu’il indique expriment,non la chaleur moyenne des saisons, mais lachaleur d’un jour d’été à l’équateur et sous lecercle polaire, rapport qui est comme 1.834 à2.310. Déjà chez les Grecs, d’après le rapportde Geminus (1), Polybe avait entrevu la causepar laquelle il y a moins de chaleur à l’équateurque sous le tropique. Aussi, l’idée d’une zonetempérée, habitable et très-élevée, au milieu dela zone torride, fut admise par Eratosthène,Polybe et Strabon.
Dans deux mémoires (2) publiés à de longsintervalles, en 1719 et 1765, Mairan essaya derésoudre les problêmes de l’action solaire, enles traitant d’une manière beaucoup plus étendueet plus générale. Il compara, le premier, lesrésultats de la théorie à ceux de l’observation;et comme il trouvait la différence entre les cha-leurs d’été et d’hiver beaucoup moins grandequ’elle ne devait l’être d’après le calcul, il re-connut la chaleur permanente du globe, et les
(1) Isag. in Aratum, cap. 13; Strabo Geogr., lib. II,p. 97.(2) Mém. de l’Acad. 1719, p. 133; et 1765, p. 145et 210.
|475| effets du rayonnement. Sans se méfier des ob-servations qu’il employait, il imagina la théoriebizarre des émanations centrales qui ajoutentdepuis l’équateur jusqu’au pôle, à la chaleurde l’atmosphère. Il suppose que ces émanationsdécroissent jusqu’au parallèle de 74°, où lesétés solaires atteignent leur maximum et qu’ellesaugmentent de 74° au pôle.
Lambert, avec la sagacité qui le distinguedans toutes ses recherches physico-mathémati-ques, a relevé dans sa Pyrométrie (1) les erreursde la théorie de Mairan. Il aurait pu ajouterque ce géomètre confond les quantités dechaleur que reçoit un point du globe, sous le60° de latitude, pendant les trois mois d’été,avec le maximum auquel les habitans de cesrégions boréales voient de tems en tems monterles thermomètres par un jour serein. Les tem-pératures moyennes des étés, loin de décroîtredu pôle au tropique, sont sous l’équateur, sousle parallèle de 45°, et sous celui de Stockholm,d’Upsal ou de Pétersbourg, 27°.7, 21° et 16°.2.Réaumur avait envoyé ses nouveaux thermo-mètres à la zone torride, en Syrie et dans le
(1) Pyrometrie oder vom Maasse des Feuers, 1779, p. 342.
|476| Nord. Comme on se contenta alors de noter lesjours les plus chauds, on s’était formé l’idéed’un été universel, qui est le même dans toutesles parties du globe. On avait remarqué, etavec raison, que les chaleurs extrêmes sontplus fréquentes, et même plus fortes dans lazone tempérée, par de hautes latitudes, quesous la zone torride. Sans avoir égard à la tem-pérature moyenne des mois, on supposait va-guement que dans ces régions septentrionales,les étés suivaient le rapport des extrêmes ther-mométriques. Ce préjugé s’est encore propagéde notre tems, quoiqu’il soit bien prouvé que,malgré la longueur des jours dans le Nord, lestempératures moyennes des mois les plus chaudsà Pétersbourg, à Paris et sous l’équateur, sontde 18.°7, 20.°8 et 28° du thermomètre centi-grade. Au Caire, d’après les observations deNouet, les trois mois d’été sont de 29.3, parconséquent, de 14° plus chauds qu’à Péters-bourg, et de 10° plus chauds qu’à Paris. Leschaleurs d’été du Caire sont presque égales àcelles que j’ai éprouvées à Cumana et à la Guayra,entre les tropiques.
Quant à l’émanation centrale du système deMairan, ou à la quantité de chaleur que la terredonne à l’air ambiant, il est aisé de concevoir |477| qu’elle ne peut agir dans toutes les saisons. Latempérature du globe, aux profondeurs quenous atteignons, est en général peu différentede la chaleur moyenne annuelle de l’atmos-phère. Son action est d’une grande importancepour la conservation des végétaux; mais ellene devient sensible dans l’air que là où lasurface du globe ne se couvre pas entièrementde neige, et pendant les seuls mois dont la tem-pérature moyenne est au-dessous de celle del’année entière. Dans la France méridionale,par exemple, le rayonnement de la terre peutagir sur l’atmosphère dans les cinq mois quiprécèdent le mois d’avril. Nous parlons icide la chaleur propre du globe, de celle quiest invariable à de grandes profondeurs, et nonde ce rayonnement de la surface du globe quia lieu, même au solstice d’été, et dont les effetsnocturnes ont offert à M. Prevost une mesureapproximative de l’action solaire directe (1). Mairan avait trouvé que, dans la zone tem-pérée, la chaleur de l’été solaire est à celle de l’hiver solaire, comme 16 à 1. M. Prevost admetpour Genève, 7 à 1. De bonnes observations medonnent pour la température moyenne des étés
(1) Du calorique rayonnant, p. 271, 277, 292.
|478| et des hivers, pour Genève, 1°.5 et 18°.3; pourPétersbourg, 8°.3 et 16°.7 des thermomètrescentigrades. Ces nombres n’expriment ni des rap-ports, ni des quantités absolues, mais des diffé-rences thermométriques, regardées comme effettotal des influences calorifiantes: les rapportsfournis par la théorie, dégagent la chaleur solairede tout autre effet indirect. Euler ne fut pas plusheureux que Mairan dans ses Essais théoriquessur la chaleur solaire. Il suppose que les sinusnégatifs de la hauteur du soleil pendant la nuit,donnent la mesure du refroidissement noc-turne, et il obtient le résultat (1) extraordinaireque, sous l’équateur, à minuit, le froid doitêtre plus rigoureux que pendant l’hiver sous lepôle. Heureusement ce grand géomètre attachelui-même peu d’importance à ce résultat et à lathéorie dont elle découle. Le second mémoirede Mairan, sans ajouter aux problêmes que l’ontâchait de résoudre depuis Halley, offre dumoins l’avantage de renfermer quelques vuesgénérales sur la véritable distribution de la cha-leur dans les différens continens. Il est vrai queles températures extrêmes y sont confondues sanscesse avec les températures moyennes, mais avant
(1) Coment. Petrop., t. II, p. 98.
|479| les ouvrages de Cotte et de Kirwan, c’est lapremière fois qu’on ait essayé de grouperles faits, et de comparer les climats les pluséloignés.
Peu content de la marche suivie par sesprédécesseurs, Lambert, dans son Traité dePyrométrie, a dirigé ses travaux vers deux butstrès-différens: il a cherché des expressions ana-lytiques pour les courbes qui expriment les va-riations de la température dans un lieu où ilavait observé, et il a repris, dans la plus grandegénéralité, le théorème de l’action solaire. Ildonne des formules d’après lesquelles on doittrouver la chaleur d’un jour sous une latitudedonnée; mais embarrassé de déterminer la dis-persion nocturne de la chaleur acquise, ou lessous-tangentes des refroidissemens nocturnes (1),il donne des tables sur la distribution de lachaleur sous différens parallèles et dans diffé-rentes saisons (2), qui s’éloignent à tel point desrésultats de l’observation, qu’il serait bien dif-ficile d’attribuer ces déviations à l’influence dela chaleur rayonnante du globe et aux causes
(1) Pyrom., p. 141, 179.(2) L. c., p. 318, 339.
|480| perturbatrices. On est frappé de la petite dif-férence que la théorie indique entre les tem-pératures moyennes annuelles des lieux situéssous l’équateur et sous le cercle polaire, entreles étés de la zone torride et ceux de la zoneglaciale. On ne demande pas à l’analyse de dé-terminer la répartition de la chaleur telle qu’elleexiste à la surface du globe. Nous savons que,sans employer des lois empiriques, sans puiserdes données dans les résultats de l’observation,la théorie ne peut soumettre au calcul qu’unepartie de l’effet total, celle qui appartient àl’action immédiate des rayons solaires: maisdepuis les heureuses et récentes applications del’analyse, soit aux phénomènes du rayonne-ment des surfaces, soit au passage du calo-rique dans l’intérieur des corps solides, soitenfin au refroidissement de ces corps dans desmilieux, dont la température n’est pas uni-forme, on peut espérer que l’on parviendraenfin à perfectionner la théorie de l’actionsolaire, et à calculer la distribution de la cha-leur acquise dans l’enveloppe extérieure de notreplanète.
En discutant ce que l’on peut attendre destravaux purement théoriques des géomètres, jen’ai point parlé d’un mémoire célèbre, mais |481| très-concis, de Mayer, le réformateur destables lunaires. Ce travail, rédigé en 1755, aété inséré, vingt ans plus tard, dans les Operainedita (1). C’est une méthode et non unethéorie; c’est un essai essentiellement différentde ceux que nous venons de citer, et, commele dit son savant auteur lui-même, une détermi-nation de la chaleur moyenne, trouvée em-piriquement par l’application des coefficiens quefournissent les observations. La marche deMayer est analogue à celle que les astronomessuivent avec tant de succès, lorsqu’ils corrigentpeu à peu le lieu moyen d’une planète de l’effetdes inégalités de son mouvement: elle ne pré-sente pas le résultat de l’action solaire dégagéede l’influence des circonstances étrangères; elleévalue, au contraire, les températures tellesqu’elles sont distribuées sur le globe, quelle que
(1) De variationibus therm. accuratius definiendis. (Operained., vol. I, p. 3—10.) M. D’Aubuisson, dans une noteinsérée dans le Journal de Physique, t. LXII, p. 449, adonné une formule qui satisfait aux observations mieuxque celle de Mayer. Il admet que la température aug-mente du pôle à l’équateur, comme les cosinus de lalatitude élevée à la puissance 2 \( \frac{1}{2} \); mais il ajoute judicieuse-ment que cette formule n’est applicable qu’à une bande del’Ancien Continent, voisine de l’Océan atlantique boréal.
|482| soit la cause de cette distribution. La chaleurmoyenne de deux endroits placés sous diffé-rentes latitudes étant donnée, on trouve par uneéquation très-simple la température de tout autreparallèle. Les calculs de Mayer, d’après lesquelsles températures décroissent de l’équateur aupôle, comme les carrés des sinus de la latitude,donnent des résultats assez précis, lorsqu’on nes’éloigne pas beaucoup, en longitude, des régionsqui ont fourni les coefficiens empiriques. Maissans sortir de l’hémisphère boréal, dès que l’onapplique les formules à des lieux placés 70 ou80 degrés à l’est ou à l’ouest du méridien deParis, les calculs ne s’accordent plus avec lesobservations. La courbe qui passe par les pointsdont la température moyenne est zéro, ne coïn-cide pas avec un parallèle terrestre: si, dans lapéninsule scandinave, nous ne rencontronscette courbe que par les 65° ou 68° de latitude,elle descend, au contraire, dans le nord del’Amérique et dans l’Asie orientale jusqu’au pa-rallèle de 53°-58°. Or, la direction et les in-flexions de cette courbe de température zéro, influent sur les lignes isothermes voisines, de lamême manière que les inflexions de l’équateurmagnétique modifient les lignes d’inclinaison.Demander quelle température moyenne ou |483| quelle inclinaison de l’aiguille aimantée appar-tient à tel ou tel degré de latitude, c’est pro-poser des problêmes également indéterminés.Quoique, même par de hautes latitudes, leslignes magnétiques et les lignes isothermes nesoient pas rigoureusement parallèles à l’équa-teur magnétique et à la courbe de température zéro, c’est pourtant la distance d’un lieu à cettecourbe qui détermine la température moyenne,comme le degré d’inclinaison de l’aiguille dé-pend de la latitude magnétique.
Ces considérations suffisent pour prouver queles formules empiriques de Mayer exigent l’in-troduction d’un coefficient qui dépend de la lon-gitude, et par conséquent de la direction deslignes isothermes et de leurs nœuds avec les pa-rallèles terrestres. Mayer n’a point eu l’intentionde dégager les résultats qu’il obtient, de l’in-fluence de toutes les causes perturbatrices: ils’est borné à déterminer les effets de la hauteur au-dessus du niveau de la mer, ceux des saisons etde la longueur du jour. Il a voulu indiquer laroute que les physiciens doivent suivre en imi-tant la méthode des astronomes. Son mémoiredate d’une époque où l’on ne connaissait pas latempérature moyenne de trois points sur leglobe; et les corrections que je propose, d’après |484| le tracé des lignes isothermes, loin d’être incom-patibles avec la méthode de Mayer, sont au con-traire du nombre de celles que ce géomètresemble avoir vaguement prévues. Kirwan, dans son ouvrage sur les climatset dans un savant mémoire météorologique,inséré dans le huitième volume des Mémoiresd’Irlande, essaye d’abord de suivre la marcheproposée par Mayer; mais, plus riche en ob-servations que tous ceux qui l’ont précédé, ils’aperçoit bientôt qu’après de longs calculsles résultats obtenus s’accordent mal avec l’ex-périence (1). Pour tenter une méthode nouvelleil choisit dans la vaste étendue des mers, deslieux dont la température n’éprouve de change-gement que par des causes permanentes: ce sontla partie du grand Océan appelé vulgairement Océan pacifique, de 40° sud à 45° nord, etla partie de l’Océan atlantique entre les paral-lèles de 45° et 80°, depuis les côtes de l’Angle-terre jusqu’au Gulf-Stream, dont sir CharlesBlagden a fait connaître le premier la hautetempérature. Kirwan essaie de déterminer,mois par mois, la température moyenne de cesmers à différens degrés de latitude, et ces résul-
(1) Kirwan, Estim. of the temp., chap. III.
|485| tats lui offrent des termes de comparaison avecles températures moyennes observées sur la par-tie solide du globe terrestre. Il est aisé de con-cevoir que cette méthode n’a d’autre but quede distinguer dans les climats, c’est-à-dire dansl’effet total des influences calorifiques, ce qui estdû à l’action que le soleil exerce immédiatementsur un seul point du globe. Kirwan considèred’abord la terre comme uniformément couverted’une couche d’eau très-épaisse; et puis il com-pare les températures de cette eau, à différenteslatitudes, avec ce que l’on observe à la surfacedes continens hérissés de montagnes, et inégale-ment prolongés vers les pôles.
Ce travail intéressant peut faire apprécierl’influence des causes locales, l’effet qui pro-vient de la position des mers, à cause de l’iné-gale capacité de l’eau et de la terre pour absorberla chaleur; il est même plus propre à conduire àce but, que la méthode des moyennes tiréesd’un grand nombre d’observations faites surdifférens méridiens, mais dans l’état actuel denos connaissances physiques, la route proposéepar Kirwan ne peut être suivie. Un petit nombred’observations, faites loin des côtes pendantle cours d’un mois, fixe sans doute la tempé-rature moyenne annuelle de la mer à sa sur- |486| face, et, à cause de la lenteur avec laquelleune grande masse d’eau suit les changemensde température de l’air ambiant, l’étenduedes variations, pendant l’espace d’un mois,est plus petite dans l’Océan, que dans l’atmos-phère: mais il s’en faut de beaucoup (1) quenous puissions indiquer, par l’expérience di-recte, dans la zone tempérée, parallèle parparallèle et mois par mois, les températuresmoyennes de l’Océan. Le grand tableau queKirwan a formé pour l’étendue des mers, quidoit servir de terme de comparaison, est fondéen petite partie sur les observations des voya-geurs, en très-grande partie sur la théorie deMayer. On y a confondu de même les expé-riences faites sur la chaleur de l’Océan à sa sur-face, avec les résultats des journaux météorolo-giques ou avec les indications de la températurede l’air qui repose sur la mer. On a commis uncercle vicieux, en modifiant, soit d’après dessuppositions théoriques, soit d’après des obser-vations faites sur l’air qui baigne les côtes descontinens, la table de la température de l’Océanpour comparer après, à ces mêmes résultatsà moitié hypothétiques, ceux que l’observation
(1) Voyez ma Relation historique, t. I, p...
|487| seule fournit dans l’intérieur des terres. Aprèsles ouvrages de Kirwan, il me reste a nommerceux de Cotte. Ce sont de simples compilations,laborieuses et souvent utiles, mais dont onne peut se servir qu’avec beaucoup de circons-pection. L’esprit de critique a rarement présidéà leur rédaction, et elles ne sont pas disposéesde manière à pouvoir conduire à des résultatsgénéraux.
En exposant l’état actuel de nos connaissancessur la répartition de la chaleur, j’ai fait voircombien il est dangereux de confondre les ré-sultats tirés des observations, avec ceux quel’on déduit d’idées théoriques. La chaleur d’unpoint quelconque sur le globe depend de l’obli-quité des rayons solaires et de la durée de leuraction, de la hauteur de la station, de la chaleurintérieure et du rayonnement de la terre dansun milieu de température variable; enfin del’ensemble des causes qui elles-mêmes sont leseffets de la rotation de la terre, et de la disposi-tion inégale des continens et des mers. Avantde jeter les bases d’un système, il faut grouperles faits, fixer les rapports numériques, et,comme je l’ai indiqué dès le commencementde ce Mémoire, soumettre les phénomènes dela chaleur, comme Halley l’a fait avec ceux dumagnétisme terrestre, à des lois empiriques. En |488| suivant cette marche, j’ai d’abord examiné laquestion de savoir, si la méthode employée parles physiciens pour déduire les températuresmoyennes de l’année, des mois et des jours, estsujette à des erreurs sensibles. Rassuré sur laprécision des moyennes numériques, j’ai tracésur une carte les lignes isothermes analogues auxlignes d’inclinaison et de déclinaison magné-tique: je les ai considérées à la surface de la terredans un plan horizontal, et sur la pente desmontagnes dans un plan vertical. J’ai examinél’accroissement de la température du pôle àl’équateur, inégal sous différens méridiens; lepartage d’une même quantité de chaleur entreles différentes saisons sur un même parallèleisotherme et à différentes latitudes; la courbedes neiges perpétuelles, qui n’est point une ligned’égale chaleur; la température de l’intérieur dela terre, un peu plus grande vers le Nord etsur les hautes montagnes que la températuremoyenne de l’atmosphère sous le même paral-lèle; enfin la répartition de la chaleur dansl’Océan et la position de ces bandes, que l’onpeut désigner par le nom de bandes des eauxles plus chaudes. Les bornes de cet extrait neme permettant pas d’entrer dans le détail de cesdiscussions diverses, je ne consignerai ici queles principaux résultats. |489| Anciennement on prenait le maximum et le minimum de température observés dans le cou-rant d’une année, et l’on regardait la demi-somme comme la température moyenne del’année entière. C’est ainsi que firent Maraldi,Lahire, Muschenbrœk, Celsius et même Mairan,lorsqu’il voulurent comparer l’année très-chaudede 1718 avec les années excessivement froidesde 1709 et 1740. Lahire fut frappé de l’identitéde la température constante des caves de l’Ob-servatoire de Paris, avec celles que lui donnaientles extrêmes annuels observés. Il paraît avoireu le premier, en 1719, l’idée de la quantitémoyenne de chaleur que reçoit un point duglobe; et il ajoute «que l’on peut regarderl’air des caves comme l’état moyen du climat (1)».Réaumur suivit également la méthode des maxi-mum, quoiqu’il avouât qu’elle était inexacte (2).Il reconnut les heures auxquelles il fallait obser-ver; et, depuis 1735, il publia, dans les Mé-moires de l’Académie, les extrèmes de tempé-rature de chaque jour; il compara même déjàle produit de deux récoltes à la somme des
(1) Mém. de l’Acad., 1719, p. 4.(2) L. c. 1735, p. 559.
|490| degrés de chaleur auxquels, pendant deux an-nées consécutives, les céréales avaient été expo-sées; cependant lorsqu’il s’agissait de la tempéra-ture moyenne des mois, il se contenta, commeDuhamel le fit encore trente ans plus tard, d’in-diquer, 3 ou 4 extrêmes thermométriques. Pourapprécier les erreurs auxquelles expose cetteméthode incomplète, je rappelerai que jusqu’en1777 la température moyenne de Toulon futévaluée par Cotte (1) à 15° 6, tandis que plustard, en employant la masse de toutes lesobservations, le même savant réduisit cettetempérature à ce qu’elle est effectivement,à 15° 7.
Pour diminuer les erreurs de la méthode desextrêmes annuels, on a conçu, bien tard il estvrai, qu’il fallait subdiviser la courbe qui exprimeles variations de la température. Vingt-quatreextrêmes répartis parmi les douze mois de l’an-née, donnent déjà une moyenne annuelle plusexacte que deux extrêmes pris sur l’ensemble detoutes les observations. Les ordonnées n’aug-mentent pas uniformément et sans interruptionjusqu’au maximum de l’année: il y a des in-flexions partielles assez régulières. Plus on sub-
(1) Mém. de la Soc. royale de Méd., 1777, p. 104.
|491| divise et plus on connaîtra de termes dans la série;plus ces termes seront rapprochés, et moins il yaura d’erreur dans la supposition d’une progres-sion arithmétique, et dans celle de l’équidistancedes différens maximum et minimum de tempéra-ture. Ces considérations font apprécier les troisméthodes auxquelles les observations sont assujet-ties de nos jours: 1°. On observe trois fois parjour, au lever et au coucher du soleil, et à deuxheures après midi. C’est ainsi qu’on a fait à Genèvependant les trois années 1796, 1797 et 1798.Dans les Observatoires, on préfère l’heure demidi à celle du coucher du soleil. 2°. On observeà deux époques du jour, que l’on croit celles du maximum et du minimum, au lever du soleil età deux heures après midi; 3°. on observe uneseule fois par jour, à une heure que, dans lesdifférentes saisons, on a trouvé représenter latempérature moyenne du jour. C’est ainsi queM. Ramond, par une induction judicieuse, aprouvé que la hauteur du baromètre, à l’heurede midi, donne pour nos climats, la moyennepression atmosphérique corrigée de la variationdiurne (1).
J’ai trouvé, en calculant un grand nombre
(1) De la Formule barom., p. 213.
|492| d’observations faites entre les parallèles de 46°à 48°, que la seule époque du coucher du soleildonne une température moyenne qui ne diffèrede celle qui a été conclue des observations dulever et de deux heures, que de quelquesdixièmes de degrés. Les écarts des différens moisn’excèdent pas 1°, et ils sont très-régulièrementpositifs ou négatifs, d’après l’ordre des saisons.M. Arago (1) a examiné pour sept ans les ob-servations de midi. Elles donnent, pour Paris,3° de plus que la température moyenne del’année entière. Sur les hautes montagnes, dela zone tempérée la différence est à peine d’undegré (2). On peut conclure, en appliquant descoefficiens variables selon les latitudes et leshauteurs, les températures moyennes vraies,d’observations faites à telle ou telle époque dujour, à peu près comme des hauteurs du soleilprises hors du méridien, on peut déduire lalatitude d’un lieu.
Si l’on ne s’arrête pas à deux observations
(1) Moyennes des observations à midi, à Paris, 13°.8;à Clermont en Auvergne (411m.), 13°.5; à Strasbourg(138m.), 12°.9. Bullet. de la Soc. phil., 1814, oct. p. 95.(2) A l’hospice de Saint-Gothard. (Ephèm., Soc. Pal. 1785, p. 47.)
|493| du maximum et du minimum et que l’on ajouteune troisième observation, on commet une er-reur plus ou moins grave en divisant simplementpar trois la somme des observations, sans avoirégard à la durée des températures partielleset à la place qu’occupe la troisième obser-vation, entre les derniers termes de la sé-rie (1). L’expérience prouve que les températuresmoyennes de l’année, obtenues par deux ou troisobservations, ne diffèrent pas sensiblement, sil’observation intermédiaire est assez éloignée(de quatre ou cinq heures) des observations dumaximum et du minimum. Chaque fois doncque l’on ne calcule pas, en ayant égard à la duréedes températures intermédiaires, on doit préfé-rer comme plus sûre la méthode qui n’emploie
(1) Exemple. Le 13 juin, à 4h du matin 8°, à 2h aprèsmidi 13°, à 11h du soir 8°. En calculant par la durée, ontrouve:
10°.5 pour 10h d’intervalle ... 105°;
11°.5 9 103°;
9°.0 5 45°.
Vraie moyenne 10°.5. Les trois époques employées de lamanière que l’on suit communément, donnent 10°.3. Sil’on s’arrête aux deux températures extrêmes, on aurapar la demi-somme, 10°.5.
|494| que deux observations de température extrême,et qui est aussi le plus généralement adoptée.Il suffira d’indiquer la source des erreurs qu’ellepeut offrir. Les deux termes extrêmes, dans nosclimats, ne partagent pas la série de vingt-quatre heures en deux parties égales. Le maxi-mum est une époque à peu près fixe; le lever dusoleil retarde ou avance de trois heures. Commeon devrait avoir égard à la durée de la tempéra-ture partielle pour trouver la quantité de chaleurpartagée entre la nuit et le jour, il faudrait ac-coupler le maximum du jour précédent avec leminimum du jour suivant, et non se contenterde prendre la demi-somme de tous les maximumet minimum d’un mois. Dans le calcul ordinaire,on ne détermine que la température moyennede la partie du jour qui est comprise entre lelever du soleil et deux heures de l’après-midi; onsuppose tacitement que la température moyenneest la même (1), depuis deux heures jusqu’aulever du soleil, le jour suivant. Cette doubleerreur de manque d’équidistance et d’accouple-ment d’observations, ne produit généralementque des erreurs de quelques dixièmes de degrés,
(1) Exemple. Lever du soleil à 6h, 10°; à 2h après midi,17°. Lever du soleil, 11°; à 2h, 19°. Lever du soleil, 10°.
|495| tantôt en moins, tantôt en plus, puisque lesjours chauds et froids sont mêlés (1).
Mais tous les calculs seront en défaut, si lestrois cent soixante-cinq ordonnées, par les-quelles passe la courbe de l’année, n’exprimentpas une progression arithmétique, et si les ir-régularités partielles ne se compensent pas sen-siblement les unes les autres. Ce n’est que danscette supposition que l’on peut juger, par lestermes extrêmes de la série, de la somme destermes, c’est-à-dire des températures partielles.On voit au premier coup d’œil que, près dumaximum, l’accroissement doit être plus lentque dans d’autres points de la courbe, et quecet accroissement de la température de l’air doit
Les vraies moyennes seront pour les premières 24 heures,13°.8, pour les secondes 14°.6; car on aura
pour 8h.... 108°, pour 8.h... 120°,
16h.... 224°, 16h.... 232°.
La méthode vulgairement employée donne \( \frac{1}{2} \) (10 + 17)= 13°.5, et \( \frac{1}{2} \) (11 + 19) = 15°. L’erreur de 0°.3 a ététantôt positive, tantôt négative.
(1) L’erreur disparaît lorsque des jours d’égale tempéra-ture se succèdent. Elle s’élève à 1°, si (ce qui arrive rare-ment) les températures moyennes de deux jours qui sesuivent immédiatement diffèrent de 4 à 5 degrés.
|496| dépendre et du sinus de la hauteur du soleil etde l’émission de la chaleur rayonnante du globe.
Il m’a paru très-important de constater par debonnes observations faites heure par heure, àdifférentes époques de l’année, sous différenteslatitudes, jusqu’à quel point on peut se fier àces résultats, que l’on désigne par le nom de températures moyennes. On a choisi à Paris,dans les registres de l’Observatoire royal, desjours sereins et calmes qui offraient au moins dixà douze observations. Sous l’équateur, j’avaispassé des journées entières à déterminer l’ac-croissement et le décroissement horaire de latempérature, en notant les thermomètres àl’ombre et au soleil, la marche de l’évaporationet de l’humidité. Pour éviter les calculs, j’avais me-suré au quart de cercle les hauteurs du soleil à cha-que observation partielle. J’avais choisi des jourset des nuits entièrement calmes, et où le ciel étaitsans aucune trace de nuages, parce que les amas devapeurs vésiculaires interrompent le jeu du rayon-nement de la terre. Le résultat de ce travail a ététrès-rassurant: il a prouvé ce qu’annonçait déjàl’harmonie entre la température de la terre et lamoyenne des observations journalières, commeaussi la marche si régulière des températuresmoyennes des mois dans différentes années, que |497| les effets des petites causes perturbatrices se com-pensent dans un grand nombre d’observations (1).J’ai obtenu des résultats analogues, en prenantpour plusieurs mois les moyennes de neuf heuresdu matin, du coucher du soleil, et de minuit. J’aicalculé les températures par la distance du maximum, exprimée en tems, et dans la sup-position d’une progression arithmétique. J’aitrouvé que, sous la zone torride, la courbe dumatin, depuis le lever du soleil jusqu’au maxi-mum, différait très-régulièrement de la courbe du
(1) Du 3 au 8 septembre 1811. Lat. 48°. 50′.
Sommesdes températurespendant24 heures. Moyennevraie ayantégard à ladurée. Demi-somme de deuxtempératuresextrêmes.
347°.6 14°.4 14°.6
373.6 15.5 16.6
463.7 19.3 18.4
463.7 19.3 20.0
464.1 19.3 17.5
17°.5 17°.4.
Les derniers trois jours offrent une êgalité de tempéra-ture bien surprenante et qui ne se manifeste que dans lesmoyennes vraies.
|498| soir. Le matin la vraie chaleur moyenne, celleque l’on trouve ayant égard à la durée, est un peuplus grande que la demi-somme des extrêmes (1).Le soir l’erreur est en sens contraire, et la sériedes températures se rapproche plus d’une pro-gression par quotiens. Les différences n’excèdentgénéralement pas un demi-degré, et le calculprouve qu’il y a une compensation régulière. Ilserait curieux d’examiner la part qu’a le rayon-nement de la terre à ces effets horaires, leschangemens de la température de la surface nesuivant la progression géométrique qu’autant
(1) Exemple. Latitude 10°.25′.
Calculd’une vraiemoyenne.par ladurée. Suppositiond’une pro-gressionarithmét.
Avant le maximum. 11 sept. 1799. 21°.4 20°.8
14 20.7 20.0
18 21.8 21.3
Après le maximum. 18 août. 20.4 21.0
20 21.2 21.8
27 20.4 20.7
Avant le maximum. 17 août. 20.7 20.0
Après le maximum. 17 août. 18.6 18.9
Effet total....... 17 août. 19°.6 19°.5.
|499| qu’ils se font dans un milieu de températureconstante.
Les astronomes, pour éviter l’emploi detoute mesure d’une dénomination arbitraire,expriment les diamètres des planètes en prenantpour unité celui de la terre. J’exprime de mêmeles températures moyennes, non en parties dela chaleur équatoriale, mais par les rapportsarithmétiques qu’il y a entre cette chaleur etcelles des autres parallèles. Cette méthode faitdisparaître le manque d’uniformité qui naît del’emploi de différens thermomètres. Au lieu dedire qu’en Europe, sous le parallèle de 45°,la température moyenne est de 13°.4 du ther-momètre centigrade, ou de 56° Fahrenheit,nous dirons qu’elle est = 1.0°,48; sous les 55°de latitude, elle est = 1.0°,29. Ces rapportsarithmétiques nous rappellent ce qui intéressela théorie de la distribution de la chaleur, que,d’après un thermomètre dont le zéro est lepoint de la glace fondante, les températuresmoyennes sous les 45° et les 55° de latitude,sont, dans nos régions, la moitié et le tiers dela température équatoriale que je suppose de27°.5 centésimaux. Après avoir discuté la manière de prendredes moyennes et de réduire les températures |500| à des expressions générales, nous allons don-ner un exemple du tracé des lignes isothermesà la surface du globe au niveau des mers. Unelégère attention, portée sur les variations desclimats, a fait remarquer depuis plus d’un siècle,que les températures ne sont pas les mêmes surles mêmes parallèles, et qu’en avançant 70° versl’est et vers l’ouest, on voit diminuer sensible-ment la chaleur atmosphérique. Il s’agit, d’aprèsla méthode que nous suivons, de réduire cesphénomènes à des rapports numériques, et deprouver que des lieux placés sous les mêmeslatitudes ne diffèrent pas, en Amérique et enEurope, du même nombre de degrés de tem-pérature, comme on l’a avancé vaguement.Cette assertion ferait supposer que, dans lazone tempérée, les lignes isothermes sont pa-rallèles entr’elles.
Latit. Tempér.moyenne.
I. Parallèles de laGéorgie, du Territoiredu Mississipi, de laBasse-Egypte et de l’îlede Madère. Natchez...... 31°.28 18°.2
Funchal...... 32.37 20.4
Orotava...... 28.25 21.0
Rome........ 41.53 15.8
Alger........ 36.48 21.1
Différence.. 7°.0′ 2°.3.
II. Parallèles de laVirginie, du Kentucky,de l’Espagne et de laGrèce méridionale. Williambourg. 38°.0′ 14°.5
Bordeaux..... 44.50 13.6
Montpellier... 43.36 15.2
Rome........ 42.53 15.8
Alger........ 36.48 21.1
Différence.. 7°.0′ 4°.3
|501|
III. Parallèles de laPensylvanie, du Jersey,du Conecticut, du La-tium et de la Romélie. Philadelphie .. 39°.56′ 12°.7
New-York... 40.40 12.1
St.-Malo..... 48.39 12.5
Nantes....... 47.13 12.6
Naples....... 40.50 17.4
Différence.. 7°.0′ 5°.3
Ipswich...... 42°.38′ 10°.0
Cambridge.... 42.25 10.2
Vienne....... 48.12 10.3
Manheim..... 49.29 10.7
Toulon ...... 43.7 16.7
Rome........ 41.53 15.8
Différence.. 6°.30′ 6°.1
IV. Parallèles du Ca-nada, de la Nouvelle-Ecosse, de la France etde l’Allemagne méri-dionale. Quebec...... 46°.47′ 5°.5
Upsal........ 59.51 5.5
Padoue ...... 45.24 13.7
Paris ........ 48.50 10.8
Différence.. 13°.0′ 7°.0
V. Parallèles du La-brador, de la Suèdeméridionale et de laCourlande. Nain........ 57°.0′ —3°.1
Okak........ 57.20 —1.2
Umeo ....... 63.50 +0.7
Enontikies.... 68.30 —2.8
Edimbourg... 55.57 +8.8
Stokholm..... 59.20 +5.7
Différence.. 11°.0′ 9°.5
Ce tableau (1) indique la différence des climats,exprimée par celle des températures moyenneset par le nombre de degrés en latitude, qu’il
(1) Voyez mes Prolegomena de distributione geographicaplantarum, secundum cœli temperiem et altitudinem mon-tium, p. 68.
|502| faudrait remonter vers le nord, en Europe, pourtrouver la même quantité de chaleur annuellequ’en Amérique. Lorsqu’on n’a pu trouver,dans l’Ancien Continent, un lieu d’observationdont la température moyenne fut de 14°.5,comme celle de Williamsbourg, on a suppléepar une interpolation, entre les latitudes dedeux points, dont les températures moyennessont 13°.6 et 15°.2. Par une méthode analogue,et en n’employant que de bonnes observations,j’ai trouvé que:
La ligne ou bande isotherme de 0° passe entreUleo et Enontekies en Laponie (latitude 66°-68°,longitude 17°-20° or.) et Table-Baie, dans leLabrador (latitude 54° 0′, longitude 60° oc.); La ligne ou bande isotherme de 5° passe prèsde Stockholm (latitude 60°, longitude 15° or.),et la baie Saint-George, en Terre-Neuve (lati-tude 48° 0′, longitude 61° oc.); La ligne ou bande isotherme de 10° passepar la Belgique (latitude 51°, longitude 0°)et près de Boston (latitude 42° 30′, longi-tude 73° 30′ oc.); La ligne ou bande isotherme de 15° passeentre Rome et Florence (latitude 43° 0′, lon-gitude 9° 20′), et près de Raleigh, dans la |503| Caroline septentrionale (latitude 36° 0′, lon-gitude 78° 50′ or.). La direction de ces lignes d’égale chaleurdonne, pour les deux systèmes de températureque nous connaissons par des observations pré-cises, celui de l’Europe moyenne et occiden-tale, et celui de l’Amérique orientale, les diffé-rences suivantes:
Latitude. Temp. moy.Ouest de l’Anc.Contin. Temp. moy.Est du Nouv.Contin. Différ.
30°. 21°.4. 19°.4. 2°.0.
40 17.3 12.5 4°.8.
50 10.5 3.3 7°.0.
60 4.8 4.6 9°.4.
En prenant pour unité la température moyenneéquatoriale, on trouve, d’après l’observationmême, la moitié de cette température dansl’Ancien-Continent, à 45°, dans l’est du Nou-veau-Continent, à 39° de latitude. Les tem-pératures moyennes décroissent:
de 0°—20° dans l’Anc. Cont. 2°; dans le Nouv. de
20°—30°
30°—40°
40°—50°
50°—60° 5°.5 7°.4.
0°—60° 22°.5. 31°.4.
|504| Dans les deux mondes, la zone dans laquellele décroissement de la température moyenneest le plus rapide, se trouve comprise entre lesparallèles de 40° et 45°. L’observation offre unrésultat entièrement conforme à la théorie,car la variation du carré du cosinus, qui ex-prime la loi de la température, est, la plusgrande possible, vers les 45° de latitude. Cettecirconstance doit influer favorablement sur lacivilisation et l’industrie des peuples qui habitentles pays voisins du parallèle moyen. C’est lepoint où les régions des vignes touchent à cellesdes oliviers et des citronniers. Nulle part ail-leurs sur le globe, en avançant du Nord auSud, on ne voit accroître plus sensiblement lestempératures; nulle part aussi, les productionsvégétales et les objets variés de l’agriculture ne sesuccèdent avec plus de rapidité. Or, une grandedifférence dans les productions des pays limi-trophes, vivifie le commerce et augmente l’in-dustrie des peuples agriculteurs. Nous avons tracé la direction des bandes iso-thermes, depuis l’Europe jusqu’aux provincesatlantiques du Nouveau-Monde; nous les voyonsse rapprocher du parallélisme vers le Sud, con-verger vers le Nord, sur-tout entre les courbesthermométriques des 5° et 10°. Tâchons, à |505| présent, de poursuivre ces courbes vers l’Ouest.L’Amérique septentrionale offre deux chaînesde montagnes, dirigées du N. E. au S. O., etdu N. O. au S. E., faisant des angles presqueégaux avec les méridiens, et à peu près paral-lèles aux côtes qui sont opposées à l’Europe età l’Asie: la chaîne des Alleghanys et celle des Montagnes-Rocheuses, qui partagent les eaux duMissoury et du Colombia. Entre ces deux chaînesde montagnes s’étendent le vaste bassin du Missis-sipi, de même que les plaines de la Louisiane, duTennésée et de l’état de l’Ohio, centre d’unenouvelle civilisation. L’idée est généralementrépandue dans le Nouveau-Monde, qu’à l’ouestdes Alléghanys le climat est plus doux sur lesmêmes parallèles que dans les états atlantiques.M. Jefferson a évalué la différence à trois de-grés de latitude: c’est de cette quantité quel’on voit avancer les mêmes productions végé-tales, le Gleditsia Monosperma, le Catalpa, l’Aristolochia Sypho, plus au Nord dans lebassin de l’Ohio, que sur les côtes de l’Atlan-tique (1). M. de Volney a tâché d’expliquer cesphénomènes par la fréquence des vents du S. O.,
(1) Voyez mon Essai sur la Géographie des plantes,p. 154.
|506| qui refoulent l’air chaud du golfe du Mexiquevers ces régions. Une série de bonnes observa-tions faites, pendant sept ans, par le colonelMansfield, à Cincinnati, sur les bords de l’Ohio,et récemment publié par M. Drake, dans unexcellent Traité de Météorologie américaine (1),a levé les doutes qui enveloppaient ce phéno-mène. Les moyennes thermométriques prouventque les lignes isothermes ne se relèvent pas dansces régions de l’Ouest. La quantité de chaleurque reçoit chaque point du globe sous les mêmesparallèles, est à peu près égal à l’est et à l’ouestdes Alléghanys; la différence consiste seulementen ce que les hivers, dans l’Ouest, sont plusdoux, et les étés un peu moins chauds (2). Les
(1) Natur. and stat. view, or picture of Cincinnati andthe Miamy country, 1815.(2) Voici la comparaison des températures moyennesdéduites avec le plus grand soin:
Cincinnati. Philadelphie.
(Lat. 36°′, long. 86° 44′ oc.) (Lat. 39° 56′, long. 77° 36′ oc.)
Hiver. + 0°.5 cent. + 0°.1
Print. 12°.3 10°.8
Eté... 22°.7 23°.3
Aut.. 12°.7 13°.6
12°.1. 11°.9.
J’ai pris pour Philadelphie, le milieu entre les observa-
|507| migrations des végétaux vers le Nord sont favo-risées, dans le bassin du Mississipi, par la formeet la direction de la vallée qui s’ouvre du Nordau Sud. Dans les provinces atlantiques, au con-traire, les vallées sont transversales, et opposentde grandes difficultés aux plantes, qui ont àpasser d’une vallée à une autre.
Si les lignes isothermes restent parallèles oupresque parallèles à l’équateur terrestre, de-puis les côtes atlantiques du Nouveau-Monde,jusqu’à l’est du Mississipi et du Missoury, iln’est pas douteux qu’elles se relèvent au delà desMontagnes-Rocheuses, sur les côtes opposées àl’Asie, entre les 35° et 55° de latitude. Auxconsidérations que j’ai indiquées dans mon ou-vrage sur le Mexique (1), se joignent aujour-d’hui les observations du capitaine Lewis et dequelques autres voyageurs anglo-américains quiont passé l’hiver sur les bords du Colombia.
tions de MM. Coxe et Rush; j’ai aussi eu égard, pour lescorrections, aux observations que M. Legaux a faites àSpringmill, sur le Schuylkill, au nord de Philadelphie.Comme Cincinnati est élevé de 156 mètres au-dessus du ni-veau de l’Océan, sa température moyenne est de 0°.8 tropbasse.(1) Essai polit. sur la Nouvelle-Espagne, t. II, p. 440,478, 509.
|508| Dans la Nouvelle-Californie, on cultive, avecsuccès, l’olivier le long du canal de Santa-Bar-bara, et la vigne depuis Monterey jusqu’au norddu parallèle de 37°, qui est celui de la baie deChesepeak. A Noutka, dans l’île de Quadra etde Vancouver, presque dans la latitude du La-brador, les plus petites rivières ne gèlent pasavant le mois de janvier. Le capitaine Lewis nevit près de l’embouchure du Colombia, sous leparallèle de 46°, les premières gelées que le7 janvier. Le reste de l’hiver fut pluvieux. Parles 125° de longitude occidentale, la ligne iso-therme de 10° paraît passer, presque comme dansla partie atlantique de l’Ancien-Continent, à 50° delatitude. Les côtes occidentales des deux mondesse ressemblent jusqu’à un certain point (1). Maisces relèvemens des lignes isothermes ne s’éten-dent pas au delà des 60°; la courbe de 0° detempérature se trouve déjà au sud du lac desEsclaves, et elle est encore plus australe en s’ap-prochant du lac Supérieur et de l’Ontario.
En avançant de l’Europe vers l’Est, les lignes
(1) A cause de l’influence des vents ouest et sud-ouest.(Dalton, Meteor. Obs. p. 125.)
|509| isothermes s’abaissent de nouveau (1): le nombrede points fixes est rare. Nous ne pouvons em-ployer que celles qui sont faites dans des lieuxdont l’élévation du sol est assez connu pour ré-duire les moyennes au niveau des mers. Le peude bons matériaux que nous avons, nous a rendupossible de tracer les courbes de 0° et de 13°.Nous connaissons même les nœuds de la dernièrecourbe autour du globe entier: elle passe aunord de Bordeaux (latitude 45°-46°, longitude2° 57′ O.), près de Pékin (latitude 39° 54′,longitude 114° 7′ E.), et le cap Fowlweather,au sud de l’embouchure du Colombia (lati-tude 44°40′, longitude 106° 20′ O.): ses nœudssont éloignés au moins de 162° en longitude.
(1) En comparant des lieux placés de l’ouest à l’est,à peu près sur un même parallèle, on trouve:
Températ. moy.
St.-Malo, (lat. 48°.39′) . 12°.5′ Vienne, (48°11′) . 10°.3
Amsterdam, (lat.52°.22′) . 11°.9′ Varsovie, (52°.14′) . 9°.2′
Naples, (lat. 40°.50′) . 17°.4′ Pékin, (39°.54′) . 12°.7′
Copenhague, (lat. 55°.41′) . 7°.6′ Moskou, (55°.45′) . 4°.5′
Upsala, (lat. 59°.51′) . 5°.5′ Pétersbourg, (59°.56′) . 3°8′
L’élévation absolue de Pékin est peu considérable;celle de Moskou, de 300 mètres. La température absoluede Madrid, placé à l’ouest de Naples, est de 15°.0; maisla ville est élevée de 603 mètres au-dessus du niveau desmers.
|510| Nous n’indiquons ici que les lois empiriques souslesquelles se rangent les phénomènes générauxet les variations de température qui embrassentà la fois une vaste étendue du globe. Il existedes inflexions partielles des lignes isothermesqui forment pour ainsi dire des systèmes parti-culiers, modifiés par de petites causes locales:telles sont les inflexions bizarres des courbesthermométriques sur les côtes de la Méditer-ranée, entre Marseille, Gènes, Lucques etRome (1); telles sont celles qui déterminent ladifférence que l’on observe entre le climat descôtes occidentales et de l’intérieur de la France.Ces dernières tiennent encore beaucoup moins àla quantité de chaleur que reçoit un point duglobe pendant l’année entière, qu’à la distribu-tion inégale de la chaleur entre l’hiver et l’été.Il sera utile un jour de tracer sur des cartesspéciales, ces inflexions partielles des lignes iso-thermes qui sont analogues aux lignes de sondeou d’égale pente. L’emploi des moyens graphi-ques jettera beaucoup de jour sur des phéno-mènes qui sont du plus haut intérêt pour l’agri-
(1) Bologne (lat. 44°.29′), temp. moy. 13°.5; Gènes(44°.25′), 15°.9; Marseille (43°.17′), 14°.9; Rome(41°.53′), 15°.8.
|511| culture et pour l’état social des habitans. Si,au lieu de cartes géographiques, nous ne pos-sédions que des tables renfermant les coor-données de latitude, de longitude et de hau-teur, un grand nombre de rapports curieux,qu’offrent les continens dans leur configurationet leurs inégalités de surface, seraient restés àjamais inconnus.
Nous avons trouvé jusqu’ici que, vers le Nord,les lignes isothermes ne sont ni parallèles àl’équateur, ni parallèles entre elles, et c’est pré-cisément à cause de ce manque de parallélisme,que, pour simplifier l’aperçu de phénomènes sicompliqués, nous avons cherché autour duglobe entier les traces des courbes d’égale cha-leur. La position de la ligne 0° agit commel’équateur magnétique, dont les inflexions dansla mer du Sud modifient les inclinaisons à degrandes distances. On pourrait même croireque, dans la distribution des climats, la ligne0° détermine la position de la courbe de laplus grande chaleur, qui est, pour ainsi dire,l’équateur isotherme, et qu’en Amérique et enAsie, par les 80° O. et 100° E. de longitude, lazone torride commence, pour ainsi dire, plusau sud du tropique du Cancer, ou qu’elle yoffre des chaleurs moins intenses. Un examen |512| attentif des phénomènes prouve qu’il n’en estpoint ainsi. Partout l’on approche de la zonetorride, au-dessous du parallèle de 30°, leslignes isothermes deviennent peu à peu paral-lèles entre elles et à l’équateur terrestre. Lesgrands froids du Canada et de la Sibérie n’é-tendent pas leur action jusqu’aux plaines équato-riales. Si, pendant longtems, on a regardél’Ancien-Continent comme plus chaud entre lestropiques que le Nouveau, c’est 1°. parce que,jusqu’à l’année 1760, les voyageurs se sont fré-quemment servi du thermomètre à esprit de vincoloré et photoscopique; 2°. parce qu’ils ontobservé, soit dans le reflet d’un mur ou tropprès du sol, et au moment où l’atmosphèreétait rempli de sable; 3°. parce qu’au lieu decalculer les vraies moyennes, on a jugé de larépartition de la chaleur d’après les maximum et les minimum thermométriques. Les bonnesobservations donnent:
Sanagambia .... 26°.5 Cumana ..... 27°.7
Madras ..... 26°.9 Antilles ..... 27°.5
Batavia ...... 26°.9 Véracruz ..... 25°.6
Manille ...... 25°.6 Havanne ..... 25°.6
La température moyenne de l’équateur ne doitpas être fixée au delà de 27°.5. Kirwan l’évalueun degré centésimal plus haut; mais on ne con- |513| naît que deux endroits de la terre, Chandernagoret Pondichéry, auxquels d’anciens voyageursattribuent des températures annuelles au-dessusde 27°,5. A Chandernagor (1), le jésuite Boudierne marquait que les jours où le thermomètres’élevait au-dessus de 37° et au dessous de 14°;à Pondichéry (2), M. de Cossigny observa avecun thermomètre à esprit-de-vin. La répartition de la chaleur entre les diffé-rentes parties de l’année differe, non-seule-ment selon le décroissement des tempéra-tures moyennes annuelles, mais aussi sur unemême ligne isothermé. C’est ce partage inégalqui caractérise les deux systèmes de climatsde l’Europe et de l’Amérique atlantique. Sousla zone torride, un petit nombre de moissont plus chauds dans l’Ancien-Continent quedans le nouveau. A Madras, par exemple, selonRoxbourgh, la température moyenne du moisde juin est de 31°,9; à Abushœr, de 34°,0; àCumana, je ne l’ai trouvée que de 29°,2. Quant à la zone tempérée, l’on sait depuislong-temps que, du parallèle des îles Cana-
(1) Latit. 21°.6′. Tempér. moy., selon Cotte, 33°,3.(2) Latit. 11°.55′. Tempér. moy., selon Cotte, 29°,6;selon Kirwan, 31°.
|514| ries au cercle polaire, la rigueur des hiversaugmente dans une progression beaucoup plusrapide que les étés ne diminuent de chaleur. Ilest également connu que le climat des îles etdes côtes differe du climat de l’intérieur descontinens, en ce que le premier est caractérisépar des hivers plus doux et des étés moinschauds. Or, c’est la chaleur d’été surtout quiinflue sur la formation de la matière amylacée etsucrée dans les fruits, et sur le choix des plantessoumises à la culture. Comme le but principalde ce Mémoire est de fixer, d’après de bonnesobservations, les rapports numériques entre lesquantités inégales de chaleur distribuées sur leglobe, il nous reste à comparer les températuresmoyennes de trois mois d’hiver et d’été, à diffé-rentes latitudes, et à développer comment lesinflexions des lignes isothermes modifient cesrapports. En suivant les courbes d’égale chaleurde l’O. à l’E., depuis le bassin du Mississipijusques aux côtes orientales de l’Asie, sur unelongueur de 4000 lieues, on est surpris de lagrande régularité qui se manifeste dans les va-riations de la température hivernale.
|515|

I. Différences des saisons, de l’équateur aucercle polaire.

A. Bande cisatlantique. (Long. 3° Oc., et 15° Or.) B. Bande transatlantique. (Long. 60° — 74° Oc.)
Température moyenne Différence. Température moyenne Différence.
del’hiver. del’été. del’hiver. del’été.
Lig. isoth. de 20° 15° 27° 12° 12° 27° 15°
15 7 23 16 4 26 22
10 2 20 18 — 1 22 23
5 — 4 16 20 — 10 19 29
0 — 10 12 22 — 17 13 30
Ce tableau offre l’accroissement de la diffé-rence entre les étés et les hivers, depuis les 28°et 30° jusqu’aux parallèles de 55° et 65°. L’ac-croissement est plus rapide dans la bande trans-atlantique, où les lignes isothermes de 0° à20° se trouvent rapprochées dans un espaceplus étroit; mais il est remarquable que dansles deux bandes qui forment deux systèmes declimats différens, le partage de la températureannuelle entre l’hiver et l’été se fait de manièreque, sur la ligne isotherme de 0°, la différencedes deux saisons est presque double de celleque l’on observe sur la ligne isotherme de 20°. |516|
LIEUX. BANDE CISATLANTIQUE.(Long. 29° E., et 20° O.) LIEUX. BANDE TRANSATLANTIQUE.(Long. 67° E., et 97° O.)
Latitude. Température moyenne Latitude. Température moyenne
del’année. del’hiver. del’été. del’année. del’hiver. del’été.
(Pondichéry) ..... 11°.55′ 29°.6 25° 32°.5 Cumana.......... 10°.27′ 27°.7 27°.6 28°.7
Caire ............. 30. 2 22.6 14.3 29.3 Havane........... 23.10 25.6 21.8 28.5
Funchal (Madère). 32.37 20.3 17.7 22.5 Natchez.......... 31.28 18.2 9.2 26.2
Rome ............ 41.53 15.8 7.7 24.0 Cincinnati........ 39. 6 12.0 0.5 22.7
Bordeaux ......... 44.50 13.6 5.6 21.5 Philadelphie...... 39.56 11.9 0.1 23.3
Paris ............. 48.50 11.0 3.5 19.0 New-York........ 40.40 12.1 — 1.2 26.2
Coppenhague ..... 55.41 7.6 — 0.7 17.0 Cambridge........ 42.25 10.2 + 1.1 21.4
Stockolm ......... 59.20 5.7 — 3.6 16.6 Quebec.......... 46.47 5.4 — 9.9 20.0
Drontheim ........ 63.24 4.4 — 4.6 16.3 Nain............. 57.10 — 3.1 —18 9.1
Uméo ............ 63.50 0.7 —10.6 12 7 Fort Churchill.... 59. 2 —3.7 —14 11.2
|517| Si, au lieu des températures moyennes dessaisons, l’on considère, je ne dis pas les joursdes maximums et des minimums de l’année,qui sont les ordonnées des sommets concaveset convexes de la courbe entière, mais les tem-pératures moyennes du mois le plus chaud etdu mois le plus froid, l’accroissement des dif-férences devient beaucoup plus sensible encore.Nous engageons le lecteur à ne comparer, dansle tableau suivant, que les endroits qui appar-tiennent à des bandes limitées par les mêmesméridiens, et par conséquent à un même sys-tème de climat, comme à la bande de l’Amériqueorientale, à celle de l’Europe occidentale et del’Asie orientale. Il faut aussi avoir égard auxchangemens de température produits par lesmoussons dans une partie de la région équi-noxiale, et distinguer, sous la zone tempérée,entre le climat de l’intérieur ou climat continen-tal, et celui des îles et des côtes. |518|
LIEUX. Température moyennedu mois Différence. OBSERVATIONS.
le plusfroid. le pluschaud.
Cumana, lat. 10°.27′...... 26°.7 29°.1 2°.4 Vents alizés, non interrompus.
Pondichéry, lat. 11°.55′.. 24.5 33.0 8.5 Moussons. Rayonnement des sables.
Manille, lat. 14°.36′...... 20.0 30.5 10.5 Moussons.
Vera Cruz, lat. 19°.11′.... 21.1 27.6 6.5 Vents du N. en hiver.
Cap-Français, lat. 19°.46′. 25.0 30.0 5.0 Vents alizés, non interrompus.
Havane, lat. 23°.10′...... 21.1 28.8 7.7 Vents du N. en hiver.
Funchal, lat. 32°.37′..... 17.8 24.2 6.4 Climat des îles.
Natchez, lat. 31°.28′..... 8.3 26.0 17.7 Bande transatlantique. Intérieur.
Cincinnati, lat. 39°.6′.... — 0.8 23.6 24.4 Même systême de climats.
Pékin, lat. 39° 54′....... — 4.0 29.0 33.0 Bande de l’Asie orientale.
Philadelphie, lat. 39°.56′. — 1.2 25.0 26.2 Bande transatlantique, côtes orientales.
New-Yorck, lat. 40°.40′... — 3.7 27.1 30.8 Idem.
Rome, lat. 41°.53′....... + 5.6 25.0 19.4 Bande cisatlantique.
Milan, lat. 45°.28′....... + 1.0 24.0 23.0 Intérieur des terres.
Bude, lat. 47°.29′........ — 2.4 22.0 24.4 Idem.
Paris, lat. 48°.50′........ + 1.7 21.0 19.3 Plus près des côtes occidentales.
Quebec, lat. 46°.47′...... —10.0 23.0 33.0 Bande transatlantique. Côtes orientales.
Dublin, lat. 53°.21′....... + 3.1 15.7 12.6 Bande de l’Europe occident. Climat des îles.
Edimbourg, lat. 55°.57′... + 3.5 15.2 11.7 Idem.
Varsovie, lat. 52°.14′..... — 2.7 21.3 24.0 Intérieur des terres.
Pétersbourg, lat. 59°.56′.. —13.0 18.7 31.7 Europe orientale.
Cap-Nord, lat. 71°....... — 5.5 8.1 13.6 Climat des côtes et des îles.
|519| En général, pour un lieu donné sur lescourbes qui expriment les températures annuel-les, les ordonnées des sommets concaves et con-vexes diffèrent d’autant plus entre elles, que lestempératures sont plus petites. Dans le Nouveau-Continent, sous les 40° de latit., on trouve déjàplus de différence entre le mois le plus chaud etle mois le plus froid de l’année, que dans l’An-cien-Continent (à Copenhague et à Stockholm),par les 56°.—59° de lat. A Philadelphie, le ther-momètre descend tous les ans à 10° ou 15° cent.au-dessous du point de la congélation, quand,sous le même parallèle en Europe, on observeà peine —2°. J’ai tâché de prouver dans unautre ouvrage combien cette circonstance, quicaractérise les régions que Buffon désigne parle nom de climats excessifs, influe sur la cons-titution physique des habitans. Aux Etats-Unis,les Européens, et l’on dirait presque les natifsmêmes du pays, éprouvent une grande difficultéà s’acclimater. Après des hivers très-rigoureux,non sous le rapport de la température générale,mais sous celui des abaissemens extrêmes, l’irri-tabilité du système nerveux se trouve éminem-ment exaltée par les fortes chaleurs de l’été. C’està cette cause sans doute que l’on doit attribuer, engrande partie, la différence que l’on observe dans |520| la propagation de la fièvre jaune, et dans lesformes particulières que présentent les typhusmiasmatiques sous l’équateur, et dans la zone tem-pérée du Nouveau-Monde (1). Sur les hautes mon-tagnes, dans les îles de peu d’étendue, et le longdes côtes, les lignes de température annuelleprennent à peu près la même forme que dansles climats chauds: elles sont moins courbées.La différence entre les saisons devient plus petite.Au Cap-Nord, sous les 71° de latitude, sur laligne isotherme de 0°, elle est presque de 6°moins grande qu’à Paris, par les 49° de lati-tude, sur la ligne isotherme de 10°. Les vents demer, et les brouillards qui rendent les hivers sitempérés, diminuent en même tems les ardeursde l’été (2). Ce qui caractérise un climat, n’est pasla différence entre les hivers et les étés expriméeen degrés thermométriques; c’est cette diffé-rence comparée aux quantités absolues que pré-sentent les températures moyennes des saisons.

(1) Essai polit. sur la Nouv.-Espagne, T. IV, p. 528.(2) Léop. de Buch. Voyage en Laponie, T. II, p.
|521|

II. Différence des hivers et des étés, en sui-vant de l’Ouest à l’Est une même ligneisotherme.

Les différences entre les saisons de l’annéesont moins grandes près les sommets convexesdes courbes isothermes, là où ces courbes serelèvent vers le pôle nord, que près des som-mets concaves. Les mêmes causes qui influentsur le relèvement ou la plus grande courburedes lignes isothermes, tendent aussi à égaliserles températures des saisons. L’Europe entière,comparée aux parties orientales de l’Amériqueet de l’Asie, a un climat des îles, et sur unemême ligne isotherme, les étés deviennent pluschauds et les hivers plus froids, à mesure que,du méridien du Mont-Blanc, on avance versl’E. ou vers l’O. L’Europe peut être regardéecomme le prolongement occidental de l’Ancien-Continent, et les parties occidentales de tousles continens ne sont pas seulement plus chaudesà égales latitudes géographiques, que les partiesorientales, mais même dans les zones d’égaletempérature annuelle les hivers sont plus ri-goureux, et les étés plus chauds sur les côtesorientales, que sur les côtes occidentales des |522| deux continens. La partie septentrionale dela Chine, comme la bande atlantique des États-Unis, offre des climats excessifs, des saisonsfortement contrastées; tandis que les côtes dela Nouvelle-Californie, et l’embouchure duColombia ont des hivers et des étés presqueégalement tempérés. La constitution météorolo-gique de ces contrées du N. O. ressemble, jus-qu’au parallèle de 50° à 52°, à celle de l’Europe;et sans vouloir attribuer les grandes révolu-tions de notre espèce uniquement à l’influencedes climats, on peut affirmer cependant que ladifférence que l’on observe entre les côtes orien-tales et occidentales des continens, a favorisél’antique civilisation des Américains de l’ouest,facilité leurs migrations vers le sud et multipliéces rapports avec l’Asie orientale, qui se mani-festent dans les monumens, les traditions reli-gieuses et la division de l’année. En comparantdeux systèmes de climats, les sommets concaveset les sommets convexes des mêmes lignes iso-thermes, on trouve à New-Yorck l’été de Romeet l’hiver de Copenhague; à Quebec, l’été deParis et l’hiver de Pétersbourg. En Chine, parexemple à Pékin, où la température moyennede l’année est celle des côtes de Bretagne, lesardeurs de l’été sont plus fortes qu’au Caire, etles hivers aussi rigoureux qu’à Upsal. |523| La température moyenne de l’année étantégale au quart de la somme thermométriquedes températures hivernales, vernales, esti-vales et automnales, nous aurons sur une mêmeligne isotherme de 12°:
  • Au sommet conc., en Amérique (77° de long. Oc. de Paris) \( 12^\circ=\frac{0^\circ+11^\circ.3+24^\circ.2+12^\circ.5}{4} \)
  • Près du somm. conv., en Europe (dans le mérid. de Paris) \( 12^\circ=\frac{4^\circ.5+11^\circ+20^\circ.2+12^\circ.3}{4} \)
  • Au sommet conc., en Asie (114° de long. Or. de Paris) \( 12^\circ=\frac{-4^\circ+12^\circ.6+27^\circ+12^\circ.4}{4} \)
Cette analogie entre les côtes orientales del’Asie et de l’Amérique, prouve suffisammentque les inégalités des saisons, dont nous tâchonsde fixer les rapports numériques, dépendent duprolongement et de l’élargissement des conti-nens vers le pôle, du gisement des mers parrapport aux côtes, et de la fréquence des ventsN. O. qui sont les vents de remous de la zonetempérée, et non de la proximité de quelqueplateau, ou de l’élévation des terres voisines.Les grands plateaux de l’Asie ne dépassent pasles 52° de latitude, et, dans l’intérieur duNouveau-Continent, tout l’immense bassin li-mité par les Alleghanys et par les montagnes Ro-cheuses, et couvert de formations secondaires,n’a (d’après les nivellemens faits dans le Ken- |524| tucki, sur les rives du Monongahela et au lacErié) pas 200 à 250 mètres de hauteur au-dessus du niveau de l’Océan (1). Le tableau suivant indique, pour toute la zonetempérée habitable, le partage d’une mêmequantité de chaleur annuelle entre les deux sai-sons de l’été et de l’hiver. Les rapports qu’ilrenferme sont, ou le résultat d’observations di-rectes, ou le résultat d’interpolations entre ungrand nombre d’observations faites dans des lieuxtrès-voisins et situés sur un même méridien.On a suivi chaque courbe isotherme de l’ouestà l’est, en donnant la préférence aux endroitsplacés près des sommets de la courbe, commeprésentant en même temps les plus grandes dif-férences dans la distribution de la chaleur an-nuelle. Les longitudes sont comptées dans cetableau, non d’après le méridien du Mont-Blanc,mais, selon l’usage commun, d’après le méri-dien de l’Observatoire de Paris.
(1) Drake, Nat. and, stat. view of Cincinnati, 1815,pag. 63.
|525|
Lignes isothermes de 0° — 20°. Température moyenne de
l’hiver. l’été.
Ligne isoth.de 20° ..... Longitude 84°.30′ Ouest.; Latitude 29°.30′.(Floride) .............................. 12° 27°
Long. 19°.16′ O.; Lat. 32°.37′. (Madere) .... 17.5 22.2
Long. 0°.40′ E.; Lat. 36°.48′. (Afrique septen-trionale) ................................ 15 27
Ligne isoth.de 17°.\( \frac{1}{2} \)... Long. 92° O.; Lat. 32°.30′. (Mississipi) ..... 8 25
Long. 11°.51′ E.; Lat. 40°.50′. (Italie) ....... 10 25
Ligne isoth.de 15° ..... Long. 86°.30′ O.; Lat. 35°.30′. (Bassin del’Ohio) ................................. 4 25.5
Long. 1° — 2° E.; Lat. 43°.30′. (Midi de laFrance) ................................ 7 24
Ligne isoth.de 12°.\( \frac{1}{2} \)... Long. 87° O.; Lat. 38°.30′. (Amérique à l’O.des Alleghanys)........................ + 1.5 24
Long. 76°.30′ O.; Lat. 40°. (Amérique à l’E.des Alleghanys)........................ + 0.3 25
Long. 3°.52′ O.; Lat. 47°.10′. (France occi-dentale)............................... + 5 20
Long. 7° E.; Lat. 45°.30′. (Lombardie)...... + 1.5 23
Long. 114° E.; Lat. 40°. (Asie orientale).... — 3.0 28
Ligne isoth.de 10°..... Long. 86°.40′ O.; Lat. 41°.20′. (Amérique àl’O. des Alleghanys) ...................... — 0.5 22
Long. 73°.30′ O.; Lat. 42°.30′. (Amérique àl’E. des Alleghanys)..................... — 1.0 23
Long. 9° O.; Lat. 52° 30′. (Irlande)........ + 4.0 15.3
Long. 3° O.; Lat. 53°.30′. (Angleterre) ..... + 3.0 17
Long. 0°; Lat. 51°. (Belgique) ............. + 2.5 17.5
Long. 16°.40; Lat. 47°.30°′. (Hongrie) ...... — 0.5 21
Long. 114° E.; Lat. 40°. (Asie orientale) .... — 5.0 26
Ligne isoth.de 7°.\( \frac{1}{2} \).... Long. 73°.20′ O.; Lat. 44°.42′. (Amérique àl’E. des Alleghanys)..................... — 4.5 22
Long. 4°.30′ O.; Lat. 57°. (Ecosse) ......... + 2.3 13.6
Long. 10°.15′ E.; Lat. 55°.40′. (Dannemarck). — 0.7 17
Long. 19° E.; Lat. 53°.5′. (Pologne) ....... — 2.2 19
Ligue isoth.de 5° ..... Long. 73°.30′ O.; Lat. 47°′. (Canada) ....... — 10 20
Long. 7° E.; Lat. 62°.45. (Norwège occid.). — 4 17
Long. 15° E.; Lat. 60°.30. (Suède) ......... — 4 16
Long. 22° E.; Lat. 60°. (Finlande) ......... — 5 17.5
Long. 34° E.; Lat. 58°.30′. (Russie centrale). — 10.5 20
Ligne isoth.de 2°.\( \frac{1}{2} \)..... Long. 74° O.; Lat. 50°. (Canada) .......... — 14 16
Long. 15°. 45 E.; Lat. 62°30. (Côtes occident.du golfe de Botnie) ...................... — 8 14
Long. 20° E.; Lat. 62°.50. (Côtes orient. dugolfe de Botnie)........................ — 8.5 15
Ligne isoth.de 0° ..... Long. 60° O.; Lat. 53°. (Labrador) ........ — 16 11
Long. 17°.30 E.; Lat. 65°. (Suède) ........ —11.5 12
Long. 23° E.; Lat. 71°. (Extrémité septen-trion. de la Norwège) .................... — 4.5 6.5
|526| En se rappelant que la température annuelled’un lieu n’est autre chose que l’expressionnumérique de la moyenne des ordonnées, onpeut imaginer une infinité de courbes entière-ment dissemblables, dont les douze ordonnéesdes mois offrent exactement la même moyenne.Cette considération ne doit pas nous porter àcroire qu’un endroit qui a l’hiver du midi de laFrance, c’est-à-dire, dont la température moyennede l’hiver est de 7°, puisse, par la compensationd’un été et d’un automne beaucoup moins chauds,avoir la température moyenne de Paris. Il estvrai que le rapport constant et uniforme qu’onobserve, sur un même parallèle, entre les hau-teurs solstitiales du soleil et la grandeur des arcssemi-diurnes, est diversement modifié par laposition d’un lieu au centre d’un continent, ousur les côtes, par la fréquence de certains vents,et par la constitution d’une atmosphère plus oumoins favorable à la transmission de la lumièreet du calorique rayonnant de la terre: mais cesvariations, dont l’imagination des voyageurs asouvent augmenté l’étendue réelle, ont un maxi-mum que la nature ne dépasse point. Il est im-possible de jeter les yeux sur le tableau précédent,sans reconnaître que le partage de la chaleur an-nuelle entre l’hiver et l’été suit, sur chaque ligne |527| isotherme, un type déterminé; que les dévia-tions de ce type sont renfermées entre de cer-taines limites, et qu’elles sont soumises à unemême loi sur les bandes qui passent par les som-mets concaves ou convexes des lignes isother-mes; par exemple, par les 60° — 70° de longi-tude occidentale; par les 3° — 6°, et par les 114°de long. orientale. Voici les oscillations, ou les maximumset les minimums observés dans le partagede la chaleur entre les saisons. J’ai ajouté leshivers et les étés moyens que l’on trouve àdifférens degrés de longitude, sur une mêmeligne isotherme.
Degrés delongitudeexaminés. OSCILLATIONS observées dans les moyennes MOYENNES. calculées.
deshivers. desétés. deshivers. desétés.
Lignesisothermesde....... 83° —16° à — 4° 11° à 12° — 10° 11.5
5 107 — 10 à — 4 17 à 20 — 7 18.5
10 200 — 5 à + 3 17 à 26 — 1 21.5
15 87 + 4 à + 7 24 à 25 + 5.5 24.0
20 84 + 12 à + 15 22 à 27 + 13.5 25.5
|528| Les écarts autour de la moyenne, c’est-à-dire,l’inégalité des hivers sur une même ligne isother-me, augmentent à mesure que la chaleur an-nuelle diminue, depuis Alger jusqu’en Hollande,et depuis la Floride jusqu’en Pensylvanie. Les hi-vers de la courbe de 20° ne se trouvent pas surcelle de 15°; les hivers de la courbe de 15° ne serencontrent pas sur celle de 10°. En considérantisolément ce que l’on peut appeler un même sys-tème de climat, par exemple, la bande européen-ne, la bande transatlantique, ou celle de l’Asieorientale, les limites des variations deviennentplus étroites encore. Partout où en Europe,sur 40° de longitude, la température moyennes’élève:
à 15° les hivers sont de + 7° à + 8° ; les étés de 23° à 24°
12.\( \frac{1}{2} \) + 2.5 à + 5; 20 à 23
10 — 0.5 à + 3; 17 à 21
7.\( \frac{1}{2} \) — 2.0 à + 2.3; 14 â 20
5 — 6.5 à — 4; 13 à 19
En traçant 5 lignes isothermes, entre les pa-rallèles de Rome et de Pétersbourg, l’hiver le plusfroid, qu’offre une de ces lignes, ne se retrouvepas sur la ligne précédente. Dans cette partie duglobe, les lieux dont la température annuelle estde 12°,5, n’ont pas un hiver au-dessous de 0°,qui déjà se fait sentir sur la ligne isother. de 10°. |529| Si, au lieu de s’arrêter à l’hiver le plus rigoureuxqu’offre chaque courbe, on trace les lignes d’égaletempérature hyémale (lignes isochimènes); ceslignes, loin de coincider avec les lignes d’égalechaleur annuelle (lignes isoth.), font des oscilla-tions autour d’elles. Comme les lignes isochimè-nes réunissent des points placés sur différenteslignes isoth., on peut examiner jusqu’où s’éten-dent leurs sommets. En ne considérant toujoursqu’un même système de climats, par exemple,la bande européenne, on reconnaît que les lignesd’égal hiver, dans le maximum de leurs oscilla-tions, coupent des lignes isot. qui diffèrent de 5°.En Belgique (1) (lat. géogr. 52°; lat. isoth. 11°),
(1) Dans toute la Hollande, 90 jours d’hiver ont la tem-pérature moyenne de 2°,6 à 3°,7. A Milan, à Padoue et àVérone, cette même saison n’est que de 1°,5 à 2°,6. Lesobservations thermométriques, faites en Belgique et enHollande, offrent d’ailleurs un exemple bien remarquablede l’égale quantité de chaleur répandue, dans l’espace d’uneannée, sur une vaste étendue de terrain. Les températuresmoyennes varient peu sensiblement depuis le parallèle deParis à celui de Franecker, sur 3° 1/2 de latitude, qui, dansl’intérieur des terres, produiraient déjà une différence dechaleur annuelle de 1°,8. Le canal de la Manche s’ouvre àmesure qu’il se prolonge vers le N. Les vents d’O. y soufflent
|530| et même en Ecosse (lat. géogr. 57°; lat.isoth. 7°.5), les hivers sont plus doux qu’àMilan (lat. géogr. 45°. 28′; lat. isoth. 13°.2), etdans une grande partie de la Lombardie. Plus auN., dans la péninsule Scandinave, on rencontre
sur une plus grande partie de l’Océan, et pendant la longuedurée d’un hiver éminemment pluvieux, par un ciel presquetoujours couvert, la surface de la terre se refroidit moinspar rayonnement que plus à l’E. dans l’intérieur des terres,où l’atmosphère est pure et sèche.
Moy.ann. Moy.hiv. Moy.estiv.
Franecker, lat. 52°.36′...... 11°.0 2°.6 19°.6
Amsterdam, lat. 52°.22′.... 11.9 2.7 18.8
La Haye, lat. 52°.3′........ 11.0 3.5 18.6
Rotterdam, lat. 51°.54′..... 10.6 2.7 18.3
Middelbourg, lat. 51°30′.... 9.7 2.3 17.8
Dunkerque, lat. 51°2′...... 10.3 3.6 17.8
Bruxelles, lat. 50°.50′...... 11.1 2.6 19.0
Arras, lat. 50°.17′.......... 10.2 2.1 17.4
Cambrai, lat. 50°.10′....... 11.1 3.9 19.2
La moyenne de la durée des observations pour chaque en-droit a été de 8—9 ans, et 52,000 observations partiellesont été employées pour obtenir 9 températures moyennes.Une harmonie semblable dans les résultats se retrouve en-core dans la Lombardie: Milan, températ. moyenne 13°,2;Padoue, 13°,5; Vérone, 13°,2; Bologne, 13°,5; Venise,13°,6.
|531| trois systèmes de climats très-différens, savoir:1°. la bande des côtes occidentales de la Norwègeà l’ouest des montagnes; 2°. la bande des côtesorientales de la Suède, à l’est des montagnes;3°. la bande des côtes occidentales de la Finlande,le long du golfe de Bothnie. M. de Buch nous afait connaître la constitution atmosphérique deces trois bandes, dans lesquelles l’accroissementle plus lent du froid hivernal se fait sentir, deDrontheim au Cap-Nord, sur les côtes de l’O.et du N.-O. A l’île de Magerœ (latitude iso-therme 0°), à l’extrémité boréale de l’Europe,sous-parallèle de 71°, les hivers sont encore de 4°plus doux qu’à Pétersbourg (latit. isoth. 3°.8);mais la chaleur moyenne des étés n’y atteint pascelle des hivers de Montpellier (lat. isoth. 15°.2).Aux îles Ferroe, sous les 62° de lat. géographique,les lacs se couvrent très-rarement de glaces; et àun hiver si tempéré succède un été, pendant le-quel il tombe souvent de la neige dans les plaines.Nulle part, hors des tropiques, le partage de lachaleur annuelle entre les saisons n’est plus égal.Dans la zone tempérée, sous des parallèles plusrapprochés des nôtres, l’Irlande offre un exempleplus frappant encore de la réunion d’hivers émi-nemment doux, et d’étés froids et humides. |532| Malgré la différence de 4° de latitude, les hiversy sont aussi doux qu’en Bretagne, tandis que latempérature moyenne des étés y est de 3° moinsélevée; c’est là un véritable climat maritime. Lemois d’août qui, sur la même ligne isotherme,dans l’E. de l’Europe (1), (en Hongrie), estde 22°, n’atteint à Dublin que 16°; le moisde janvier, dont la température moyenne àMilan, et dans une grande partie de la Lom-bardie, n’est que de 2°, s’élève, en Irlande,à 3° ou 4°. Aussi, sur les côtes de Glenarm,(latit. 54°.56′), sous le parallèle de Kœnigs-berg, en Prusse, le myrte végète avec la mêmeforce qu’en Portugal (2): il y gèle à peine en hi-ver; mais les chaleurs d’été ne suffisent pas pourfaire mûrir la vigne.
Ces exemples suffisent pour prouver que leslignes isochimènes s’écartent bien plus des pa-rallèles terrestres, que les lignes isothermes.Dans le système des climats européens, leslatitudes géographiques de deux endroits quiont la même température annuelle, ne peuventdifférer que de 4° à 5°: tandis que deux lieux,dont la température moyenne de l’hiver est la
(1) Wahlenberg, Flora Carpath., p. 90.(2) Irish. Trans., T. VIII. p. 116. 203. 269.
|533| même, peuvent, en latitude géographique,différer de 9° à 10°. Plus on avance vers l’Est, etplus ces différences s’accroissent rapidement.
Les lignes d’égal été (courbes isothères)suivent une direction exactement contraire àcelles des courbes isochimènes. Nous trouvonsune même température d’été à Moskou, aucentre de la Russie, et vers l’embouchure de laLoire, malgré la différence de 11° en latitude.Tel est l’effet du rayonnement de la terre dansun vaste continent dépourvu de montagnes. Ilest assez remarquable que les inflexions deslignes isothères, et la répartition des terres etdes mers sont telles sur le globe, que partout,dans l’Amérique septentrionale, en Europe etdans l’Asie orientale, la température moyennedes étés ne s’écarte pas de 20° sur les parallèlesde 45° à 47°. Les mêmes causes qui, en Canadaet dans le N. de la Chine, rabaissent les courbesd’égale chaleur annuelle, ou lignes isothermes(celles de 11°—12° correspondant aux parallèlesde 45° et 47°), tendent à relever les lignesd’égal été ou courbes isothères. Quelque grande que soit l’influence du par-tage inégal de la chaleur entre les saisons surl’état physique des peuples, le développementde leur industrie agricole et le choix des plantes |534| soumises à la culture, je ne conseillerais pasde tracer sur la même carte des lignes iso-thermes, la courbe des hivers et celle des étés.Cette réunion ne serait pas plus heureuse quela réunion des lignes de déclinaison, d’incli-naison et d’égale intensité de forces magné-tiques, qui cependant toutes dépendent les unesdes autres. Au lieu de multiplier l’entrelace-ment de ces courbes, on se contentera d’ajou-ter aux lignes isothermes près de leurs sommets,l’indication des températures moyennes d’été etd’hiver. C’est ainsi qu’en suivant la ligne de 10°,on trouvera marqué en Amérique, à l’ouest de
  • Boston \( \left(\frac{-1.^\circ}{+23^\circ}\right) \), en Angleterre \( \left(\frac{+ 3.^\circ}{+17^\circ}\right) \), enHongrie \( \left(\frac{-0^5\circ}{+21^\circ}\right) \), et en Chine \( \left(\frac{-5^\circ}{+26^\circ}\right) \).
D’après ce que nous venons d’exposer sur lesproportions fixes ou les limites plus ou moinsétroites, entre lesquelles se fait le partage de lachaleur annuelle sur une même courbe isotherme,on peut juger jusqu’à quel point il est permis dedire que le cafier, l’olivier et la vigne, pour être bienproductifs, exigent des températures moyennesde 18°, 16° et 12°. Ces expressions ne sont précisesqu’autant qu’il est question d’un même système |535| de climats; par exemple, de la partie de l’Ancien-Continent qui se prolonge à l’O. du méridiendu Mont-Blanc; parce que, dans une bande peuétendue en longitude, tout en fixant les tem-pératures annuelles, on détermine aussi lanature des étés et des hivers. On sait d’ailleursque l’olivier, la vigne, les céréales et les arbresfruitiers exigent des constitutions atmosphéri-ques entièrement différentes. Parmi nos plantescultivées, les unes, peu sensibles aux rigueursde l’hiver, demandent des étés très-chauds,mais peu longs; d’autres, exigent des étés pluslongs que chauds: encore d’autres, assez in-différentes à la température de l’été, ne peuventrésister aux grands froids de l’hiver. Il résulte delà que, sous le rapport de la culture des végé-taux utiles à l’homme, il faut discuter trois chosespour chaque climat, la température moyennede l’été entier, celle du mois le plus chaud, etcelle du mois le plus froid. J’ai publié les résultats numériques de cettediscussion dans mes Prolegomena de distri-butione geographica plantarum secundum cœlitemperiem; et je me bornerai ici à offrir commeexemples, les limites de la culture de l’olivieret de la vigne. Le premier est cultivé sur notrecontinent, entre les parallèles de 36° et 44°, |536| partout où la température annuelle est de 17°à 14°,5; où la température moyenne du moisle plus froid n’est pas au-dessous de 5° à 6°,celle de l’été entier de 22° à 23°. Dans le Nou-veau-Monde, la répartition de la chaleur entreles saisons est telle que, sur la ligne isothermede 14°,5, le mois le plus froid est de 2°, et quele thermomètre y baisse même pendant plu-sieurs jours à — 10° et — 12°. La région desvins potables s’étend en Europe entre les lignesisothermes de 17° et 10°, qui correspondentaux latitudes de 36° et 48°. La culture de lavigne s’étend même, quoique avec moins d’avan-tage, jusqu’aux contrées dont la températureannuelle descend à 9° et à 8°,6; celle d’hiverà + 1°; celle d’été à 19° et 20°. Ces conditionsmétéorologiques se trouvent remplies en Eu-rope jusqu’au parallèle de 50°, et un peu au-delà; en Amérique, elles ne le sont plus au N. duparallèle de 40°. On a commencé, en effet, de-puis quelques années, à faire du très-bon vinrouge à l’O. de Washington, au-delà de la pré-mière chaîne de montagnes, dans des vallées quine dépassent pas les 38°.54′. Sur le continent del’Europe occidentale, les hivers dont la tempéra-ture moyenne est zéro, ne commencent que surdes lignes isother. de 9° à 10°, par les 51° — 52° |537| de latitude; en Amérique, on les trouve déjàsur des lignes isothermes de 11° à 12°, parles 40° — 41° de latitude. Si, au lieu de considérer les inflexions géné-rales des lignes isothermes, c’est-à-dire, cellesqui se propagent progressivement à de grandesdistances en longitude, nous fixons nos regardssur les inflexions partielles, ou sur les systèmesparticuliers de climats répandus sur une étenduede terrain peu considérable, nous retrouvonsencore les mêmes variations dans le partage dela chaleur annuelle entre les différentes saisons.Ces inflexions partielles sont les plus remar-quables: 1°. en Crimée, où le climat d’Odessacontraste avec celui des côtes S.-O. du Cher-sonnèse abritées par les montagnes, et propresà la culture de l’olivier et de l’oranger; 2°. lelong du golfe de Gènes, depuis Toulon et lesîles d’Hières vers Nice et Bordighera (1), où lepetit palmier maritime, Chamærops, est sau-vage, et où le dattier est cultivé en grand, nonpour en obtenir des fruits, mais des palmes oufeuilles étoilées; 3°. en Angleterre, sur les côtesdu Devonshire, où le port de Salcombe a étéappelé, à cause de son climat tempéré, le Mont-
(1) Annales du Musèum, T. XI, p. 219.
|538| pellier du nord, et où (dans les South-Hams)des myrtes, le Camellia japonica, le Fuchsiacoccinea, et le Buddleja globosa (1) passentl’hiver, sans abri, en pleine terre; 4°. en France,sur les côtes occidentales de la Normandie etde la Bretagne. Dans le département du Finis-tère, l’arbousier, le grenadier, les Jucca glo-riosa et aloïfolia, l’Erica mediterranea, l’Hor-tensia, le Fuchsia, le Dahlea, résistent en pleineterre à l’intempérie d’un hiver qui dure à peinequinze ou vingt jours, et qui succède à unété peu chaud. Pendant cet hiver si court, lethermomètre baisse quelquefois jusqu’à — 8°:la sève monte dans les arbres dès le mois defévrier; mais, il gèle souvent encore au milieude mai. Le Lavatera arborea se trouve sauvageà l’île des Glenans, comme vis-à-vis de cetteîle, sur le continent, l’Astragalus bajonensis et le laurier-franc (Laurus nobilis) (2).

(1) Knight, Tr. of the Hort. Soc., T. I, p. 32. En 1774,un Agave a fleuri à Salcombe, après avoir passé 28 ans sansêtre couvert en hiver. Sur cette côte de l’Angleterre, leshivers sont si doux qu’on y voit des orangers en espalier,que l’on n’abrite, comme à Rome, que par le moyen desestères.(2) Bonnemaison, Géogr. botan. du dép. du Finistère. (Journal de Botan., Vol. III, p. 118.)
|539| D’après les observations faites en Bretagne,pendant 12 années, à Saint-Malo, à Nantes et àBrest, la température moyenne de cette pénin-sule est au-dessus de 13°,5. Dans l’intérieur de laFrance, en ne considérant toujours que des ré-gions peu élevées au-dessus du niveau de l’Océan,il faut descendre 3° de latitude pour retrouvercette même température annuelle. L’on sait par les recherches d’Arthur Young,que malgré le relèvement considérable des deuxlignes isothermes de 12° et 13° sur les côtesoccidentales de la France (1), les lignes deculture (celles de l’olivier, du maïs et de lavigne) se dirigent (2) dans un sens tout opposédu S.-O. au N.-E. Ce phénomène a été attri-bué (3) avec raison au peu de chaleur qu’at-teignent les étés le long du littoral, mais sans
(1) Young, Voyage en France, T. II, p. 91.(2) La ligne qui limite la culture de la vigne se dirigede l’embouchure de la Loire et de la Vilaine par Pontoise,au confluent du Rhin et de la Moselle. La ligne des olivierscommence à l’O. de Narbonne, passe entre Orange etMontelimart, et se porte au N.-E. dans la direction duGrand-Saint-Bernard.(3) De Candolle, Flor. Franç. (3e. édit.), T. II, Pl. VIII,XI. — Lequinio, Voy. dans le Jura, T. II, p. 84-91.
|540| que l’on ait tenté jusqu’ici de réduire à des expres-sions numériques les rapports entre les saisonsdans l’intérieur et sur les côtes. Pour préparer cetravail, j’ai choisi huit lieux, dont les uns sontplacés sur les mêmes parallèles géographiques,les autres, sur le prolongement d’une mêmeligne isotherme. J’ai comparé les températuresde l’hiver, de l’été et du mois le plus chaud: car,un été d’une chaleur égale excite moins la forcede la végétation, qu’une grande chaleur pré-cédée par une saison froide. Les termes decomparaison ont été le long de l’Atlantique,les côtes de Bretagne (depuis Saint-Malo etSt.-Brieux jusqu’à Vannes et Nantes); les Sables-d’Olonne, l’île d’Oléron, l’embouchure de laGaronne, et Dax dans le département desLandes; dans l’intérieur, correspondant auxmêmes parallèles, Châlons-sur-Marne, Paris,Chartres, Troyes, Poitiers et Montauban. Plusau S. des 44° 1/2 de latitude, les comparaisonsdeviennent inexactes, parce que la France,rétrécie entre l’Océan et la Méditerranée, offrele long de ce dernier bassin, dans la belle régiondes oliviers, un système de climat particulieret très-différent de celui des côtes occiden-tales.
|541|
LIEUX de l’intérieur. Latitude. température moyenne. LIEUX des côtes. Latitude. température motenne.
del’année. del’hiver. del’été. dumoisle pluschaud. del’année. del’hiver. del’été. dumoisle pluschaud.
Châlons-sur-Marn. 48°.57′ 10°.3 2°.3 19°.2 19°.7 Saint-Malo .. 48°.39′ 12°.5 5°.8 19°.4 19°.7
Paris............ 48 50 10.6 3.7 18.5 19.7 Saint-Brieux.. 48.31 11.3 5.4 18.0 19.5
Chartres......... 48.26 10.4 2.8 18.1 18.7 Vannes...... 47.39 11.0 4.3 18. 18.8
Troyes.......... 48.18 11.2 3.5 19.6 20.2 Nantes...... 47.13 12.6 4.7 20.3 21.4
Chinon........... 47.26 11.9 3.7 20.6 21.2 La Rochelle.. 46.14 11.7 4.6 19.2 19.5
Poitiers......... 46.39 12.4 4.3 19.5 20.7 Oleron...... 45.56 14.5 7.0 20.3 22.3
Vienne.......... 45.31 12.8 3.7 22. 23. Bordeaux.... 44.50 13.6 5.6 21.6 21.9
Montauban...... 44.1 13.1 5.9 20.7 21.9 Dax......... 43.42 12.3 6.9 19.6 20.5
|542| Ces résultats sont tirés de cent vingt-septmille observations thermométriques, faites avecseize thermomètres d’une précision sans doutetrès-inégale. En supposant, comme on peut lefaire d’après la théorie des probabilités, quedans des observations si multipliées les erreursde la construction des instrumens, de leur ex-position et des heures de l’observation, se dé-truisent en grande partie les unes des autres,on peut déterminer par interpolation, soit pourun même parallèle, soit par une même ligneisotherme, l’hiver et l’été moyen de la côte etde l’intérieur. Cette comparaison donne:
I. Ligneisot. de. 11°.5 côtes; hiv. 4°.8; été 18°.4.
intér.; 3.6; 20.0.
12.6 côtes; 5.2; 19.6.
intér.; 4.0; 20.2.
I. Paral.de.... 47° à 49° côtes; 5.0; 19.3. Temp. ann. 11°.8.
intér.; 3.2; 19.2. 10.9.
45° à 46° \( \frac{1}{2} \) côtes; 5.7; 19.9. 13.2.
intér.; 4.0; 20.7. 12.6.
Comme les lignes isothermes se relèvent versles côtes occidentales de la France, c’est-à-dire,comme la température moyenne de l’année yest plus grande que sous la même latitude dansl’intérieur des terres, on devait s’attendre qu’enavançant de l’E. à l’O., sur un même parallèle, |543| on ne verrait point diminuer la chaleur des étés.Mais le relèvement des lignes isothermes et laproximité de la mer tendent également à augmen-ter la douceur des hivers; et chacune de ces deuxcauses agit en sens contraire sur les étés. Si lepartage de la chaleur entre ces saisons étaitégal, en Bretagne et dans l’Orléanais, dans le climat des côtes, et le climat continental, ondevrait trouver à la fois plus chauds, à mêmelatitude, le long du littoral, et les hivers etles étés. En suivant les mêmes lignes isother-mes, on reconnaît facilement dans le tableauprécédent, les hivers plus froids dans l’intérieurdes terres, et les étés plus tempérés sur les côtes.Ces observations thermométriques, confirmenten général, l’opinion populaire sur le climatdu littoral; mais en se rappelant les cultures etle développement de la végétation sur les côtes etdans l’intérieur de la France, on s’attendrait à desdifférences de températures beaucoup plus gran-des. On est frappé de ne trouver ces différences,pour les hivers et les étés, que de 1°, c’est-à-dire,d’un quart de celle qui existe entre les tempéra-tures moyennes des hivers, ou des étés de Mont-pellier et de Paris. J’exposerai plus bas, en par-lant des limites qu’atteint la culture des plantessur les montagnes, la véritable cause de cette |544| contradiction apparente. Il suffit de rappeler ici,que nos instrumens météorologiques n’évaluentaucunement la quantité de chaleur que, par unair sec et pur, la lumière directe produit dansle parenchyme plus ou moins coloré des feuilleset des fruits. Par une même températuremoyenne de l’atmosphère, le développementde la végétation est retardé ou accéléré, selonque le ciel est brumeux ou serein; selon que,pendant des semaines entières, la surface de laterre ne reçoit que la lumière diffuse ou qu’elleest frappée par les rayons directs du soleil. C’estde la transparence de l’atmosphère et du degréd’extinction de la lumière, que dépendent engrande partie ces phénomènes de la vie végétale,dont les contrastes nous surprennent dans lesîles, et dans l’intérieur des continens, dans desplaines, et sur le sommet des montagnes. Ennégligeant les considérations photométriques,en n’appréciant pas, et la production de la cha-leur dans l’intérieur des corps, et l’effet durayonnement nocturne par un ciel serein oucouvert, on aurait de la peine à reconnaître,dans les seuls rapports numériques des tempé-ratures observées en hiver et en été, à Londreset à Paris, les causes de la différence frappantequi se manifeste en France et en Angleterre, |545| dans la culture de la vigne, dans celle du pêcheret de plusieurs autres arbres fruitiers (1). Lors-qu’il s’agit de la vie organique des plantes et desanimaux, il faut examiner tous les stimulus ouagens extérieurs qui modifient leurs actions vita-les. Les rapports entre les températures moyen-nes des mois ne suffisent pas pour caractériser leclimat. Son influence se compose de l’actionsimultanée de toutes les forces physiques, et elledépend à la fois de la chaleur, de l’humidité,de la lumière, de la tension électrique des va-peurs et de la pression variable de l’atmosphère.C’est cette dernière qui, sur le sommet des mon-tagnes, modifie la transpiration des plantes, etjusqu’à l’accroissement des organes exhalans. Enfaisant connaître les lois empiriques de la ré-partition de la chaleur sur le globe, telles qu’onpeut les déduire des variations thermométriquesde l’air, nous sommes loin de considérer ces loiscomme les seules propres à résoudre l’ensembledes problêmes climatériques. La plupart desphénomènes de la nature, offrent deux partiesdistinctes: l’une qu’on peut soumettre à uncalcul exact; l’autre qu’on ne peut atteindre quepar la voie de l’induction et de l’analogie.
(1) Arthur Young, Voyage en France, T. II, p. 195.
|546| Nous venons de discuter le partage de lachaleur entre l’hiver et l’été sur une même ligneisotherme; il nous reste à indiquer les rapportsnumériques entre les températures moyennes duprintemps et de l’hiver, entre celles de l’annéeentière et du mois le plus chaud. Depuis le pa-rallèle de Rome jusqu’à celui de Stokholm, parconséquent entre les lignes isothermes de 16°et 5°, la différence des mois d’avril et de mai estpartout de 6° ou 7°; et de tous les mois qui se succédent immédiatement, ce sont ceux quioffrent l’accroissement de température le plusrapide. Or, comme dans les régions boréales,par exemple en Suède, le mois d’avril n’est quede 3°, les 6 ou 7 degrés qu’ajoute le mois demai (1), y produisent nécessairement un effetbien plus grand sur le développement de la vé-gétation que dans le midi de l’Europe, où latempérature moyenne d’avril est de 12° à 13°.C’est par une cause analogue qu’en passant de
(1) En calculant en Europe, par les 46°—48° de lati-tude, pour dix ans, les températures moyennes de dix àdix jours, on trouve que les décades qui se succèdent dif-fèrent, près des sommets de la courbe annuelle, seulementde 0°,8; tandis que les différences s’élèvent, en automne,de 2° à 3°; au printems, de 3° à 4°.
|547| l’ombre au soleil, soit dans nos climats en hiver,soit entre les tropiques sur le dos des Cordi-lières (1) , nous sommes plus affectés de la diffé-rence de température qu’en été et dans les plaines,quoique dans les deux cas la différence thermo-métrique soit la même, par exemple, de 3° à 4°.Près du cercle polaire, l’accroissement de la cha-leur vernale est non-seulement plus sensible en-core, mais il se prolonge également jusqu’aumois de juin. A Drontheim, en Norwège, lestempératures d’avril et de mai, comme cellesde mai et de juin, diffèrent, non de 6° ou 7°,mais de 8° à 9°.
En distinguant sur une même ligne isothermeles endroits qui s’approchent des sommets con-caves ou convexes de cette ligne, et dans unmême système de climats les régions boréales etaustrales, on trouve 1°. que l’accroissement dela température vernale est grand (de 7° à 8° dansl’espace d’un mois), et également prolongé,partout où le partage de la chaleur annuelleentre les saisons est très-inégal, comme dans lenord de l’Europe, et dans la partie tempéréedes Etats-Unis; 2°. que l’accroissement vernal
(1) Bouguer, Figure de la Terre, pl. LIII.
|548| est grand (au moins au-dessus de 5° à 6°),mais peu prolongé dans l’Europe tempérée;3°. que l’accroissement de la température ver-nale est petit (à peine de 4°), et égalementprolongé partout où règne le climat des îles;4°. que dans chaque système de climats, dansdes bandes renfermées entre les mêmes méri-diens, l’accroissement vernal est plus petit etmoins également prolongé dans les basses quedans les hautes latitudes. La seule bande iso-therme de 12° à 13° peut servir d’exemplepour constater ces diverses modifications duprintemps. Dans l’Asie orientale, près du som-met concave, les différences de températureentre les quatre mois de mars, d’avril, demai et de juin sont très-grandes et très-égales(de 8°, 7; 7°,4; 7°,7). En avançant à l’O., versl’Europe, la ligne isotherme se rélève; et dansl’intérieur des terres, près du sommet convexe,l’accroissement est encore très-grand, mais peuprolongé, c’est-à-dire, que des quatre mois quise succèdent, il n’y en a que deux dont la diffé-rence s’élève à 7°: on trouve 5°,2; 7°,4; 2°,3.Plus loin à l’Ouest, vers les côtes, les différencesdeviennent petites et égales: 2°,0; 3°,6; 3°,1.En traversant l’Atlantique on s’approche dusommet concave occidental de la ligne iso- |549| therme de 12°. L’accroissement de la tempéra-ture vernale se montre de nouveau presque aussigrand et aussi prolongé que près du sommetconcave asiatique; on trouve pour la différencedes quatre mois: 5°,8; 7°,7; 6°,0. Dans lacourbe de la température annuelle, le printempset l’automne désignent les passages du minimum et du maximum. Les accroissemens sont natu-rellement plus lents près des sommets, que dansla partie intermédiaire de la courbe. Dans celle-ci, ils sont d’autant plus grands et ont d’autantplus de durée, que les ordonnées extrêmes dela courbe diffèrent davantage. Le décroissementautomnal de la température est moins rapideque l’accroissement vernal, parce que la surfacede la terre acquiert le maximum de chaleurplus tard que l’atmosphère, et que, malgré lasérénité de l’air qui règne en automne, la terrene perd que lentement, par l’effet du rayon-nement, la chaleur qu’elle a acquise. Le tableausuivant prouvera combien les lois que je viensd’établir sont uniformes:
|550|
LIEUX. Mars. Avril. Mai. Juin. DIFFERENCES de température des quatre mois. TEMPERATURE moyenne de l’année.
1er. Groupe. Sommets concavesen Amérique.
Natchez, lat. 31°.28′ ...... 14°.4 19°.0 22°.6 26°.4 4°.6 3°.4 4°.0 18°.2
Williamsburg, lat. 37°.18′ .. 8.0 16.2 19.2 25.4 8.2 3.0 6.2 14.5
Cincinnati, lat. 39°.0′ ..... 6.5 14.1 16.2 21.6 7.6 2.0 5.4 12.1
Philadelphie, lat. 39°.56′ .... 6.7 12.0 16.7 22.4 5.3 4.7 5.7 12.0
New-Yorck, lat. 40°.40′ .... 3.7 9.5 18.8 26.8 5.8 9.3 8.0 12.1
Cambridge. lat. 42°.25′ .... 1.4 7.5 13 8 21.2 6.1 6.3 7.4 10.2
Québec, lat. 46°.47′ ...... –5.0 4.2 12.6 17.7 9.2 8.4 5.1 5.4
Nain, lat. 57°.0′ ........ —14.0 —2.5 2.8 6.3 11.5 5.3 4.5 — 3.1
2e. Groupe. Sommets convexesen Europe.
(a) Climat continental.
Rome, lat. 41°.53′ ....... 10.2 13.0 19.4 22.4 2.8 6.4 3.0 15.8
Milan, lat. 45°.28′ ....... 8.8 10.6 18.4 21.4 4.3 5.3 3.0 13.2
Genève, lat. 46°.12′ ...... 4.2 7.6 14.5 16.8 3.4 6.9 2.3 9.6
Bude, lat. 47°.29′ ....... 3.5 9.5 18.2 20.2 6.0 8.7 2.0 10.6
Paris, 48°.50′ ......... 5.7 9.0 15.6 18.0 4.7 6.6 2.4 10.6
Gottingue. lat 51°.32′ ..... 1.2 6.8 14.3 16.8 5.6 7.5 2.5 8.3
Upsal, lat. 59°.51′ ...... —1.4 4.3 9.3 14.4 5.7 5.0 5.1 5.5
Pétersbourg, lat. 59°.56′ ... —2.5 2.8 10.1 15.2 5.3 7.3 5.1 3.8
Uméo, lat. 63°.50′ ....... —5.0 1.2 6.5 12.8 6.2 5.3 6.3 0.7
Uléo, lat. 65°.0′ ........ —10.0 —3.2 5.0 12.8 6.8 8.2 7.8 0.6
Enontekies, lat. 68°.30′ .... —11.4 —3.0 2.5 9.7 8.4 5.5 7.2 — 2.8
(b) Climat des côtes.
Nantes, lat. 47°.13′ ...... 10.0 12.0 15.6 18.7 2.0 3.6 3.1 12.6
Londres, lat. 51°.30′ ...... 6.8 9.9 13.6 17.3 3.1 3.7 3.7 10.9
Dublin, lat. 53°.21′ ...... 5.5 7.4 11.0 13.2 1.9 3.6 2.2 9.1
Edimbourg, lat. 55°.57′ .... 5.2 8.5 10.3 14.0 3.2 1.8 3.7 8.8
Cap Nord, lat. 71° ...... —4.0 —1.1 + 1.1 4.5 2.9 2.2 3.4 0.0
3e. Groupe. Sommet concaved’Asie.
Pékin, lat, 39°.54′ ....... 5.2 13.9 21.3 29.0 8.7 7.4 7.7 12.7
|551| Dans tous les lieux dont la températuremoyenne est au-dessous de 17°, le réveil de lanature a lieu au printemps, dans le mois dont latempérature moyenne atteint 6° à 8°. Lorsqu’un mois atteint
  • 5°,5, on voit fleurir le pêcher (Amygdalus persica);
  • 8°,2, ........ le prunier (Prunus domestica);
  • ,°0, on voit pousser les feuilles du bouleau (1) (Betula alba).
A Rome c’est le mois de mars, à Paris le com-mencement de mai, à Upsal le milieu de juinqui atteignent la température moyenne de 11°.Près de l’hospice du Saint-Gothard, le bouleaune peut végéter, parce que le mois le pluschaud de l’année y atteint à peine 8°. L’orge,pour être cultivée avec quelque avantage, de-mande (2) pendant quatre-vingt-dix jours unetempérature moyenne de 8°.5 à 9°. En addi-tionnant les températures moyennes des moisau-dessus de 11°, c’est-à-dire, les températuresde ceux dans lesquels végétent les arbres qui sedépouillent de leurs feuilles, on a une mesureassez exacte de la force et de la durée de la
(1) Cotte, Meteor., p. 448. — Wahlenberg, Flor. Lap. pl. LI.(2) Playfair, dans les Edimb. Trans., Vol. V, p. 202.— Wahlenberg, dans Gilbert, Annales, T. XLI, p. 282.
|552| végétation. A mesure qu’on avance vers le Nordla vie végétale est restreinte à un plus courtespace de temps. Dans le midi de la France il ya deux cent soixante-dix jours de l’année dontla température moyenne dépasse 11°, c’est-à-dire,celle qu’exige le bouleau pour développer ses pre-mières feuilles. A Saint-Pétersbourg le nombrede ces jours n’est que de cent-vingt. Ces deux cycles de végétation si inégaux ont une tem-pérature moyenne qui ne diffère que de 3°, etmême ce manque de chaleur est compensé parles effets de la lumière directe, qui agit sur leparenchyme des plantes dans le rapport de lalongueur des jours. En comparant dans le ta-bleau suivant l’Asie orientale, l’Europe et l’Amé-rique, on reconnaîtra, par l’accroissement de lachaleur pendant le cycle de végétation, les pointsoù les lignes isothermes ont leurs sommets con-caves. La connaissance exacte de ces cycles ré-pand plus de jour sur les problêmes de la Géographie agricole, que l’examen des seulestempératures d’été.
|553|
BANDESd’égale chaleur. LIEUX. Température moyennede l’année. SOMMEdes températures moyennesdes mois quiatteignent 11°. NOMBREde ces mois. Température moyennedes jours quiatteignent 11°. Température moyennedu moisle plus chaud. OBSERVATIONS.
Ligne isot.de 15° .... Rome, lat. 41°.53′ ......... 15°.8 164° 9 18°.2 25°.0 Bassin de la Méditerranée.
Nismes, lat. 43°.50′ ....... 15.7 170 9 18.8 25.7 Idem.
Ligne isot.de 12° .... Pekin, lat. 39°.54′ ......... 12.7 153 7 21.8 29.0 Sommet concave oriental.
Poitiers, lat. 46°.34′ ...... 12.4 113 7 16.0 20.7 Sommet convexe.
Nantes, lat. 47°.13′ ........ 12.6 119 7 17.0 21.0 Idem côtes.
Saint-Malo, lat 48°.39′ ... 12.1 115 7 16.4 20.2 Idem.
Philadelphie, lat. 39°.56′. 11.9 133 7 19.0 25.0 Sommet conc. occidental.
Cincinnati, lat. 39°.6′ .... 12.1 130 7 18.6 23.5 Idem.
Ligne isot.de 10° .... Londres, lat. 51°.30′ ...... 11.0 95 6 15.9 18 Climat des îles.
Paris, lat. 48°.50′ .......... 10.6 100 6 16.6 18.5 Assez près des côtes.
Bude, lat. 47°.29′ .......... 10.6 110 5\( \frac{2}{3} \) 18.1 22.2 Intérieur.
Ligne isot.de 9° ..... Genève, lat. 46°.12′ ....... 9.6 84 5 16.8 19.2 Intérieur.
Dublin, lat. 53°.21′ ........ 9.3 68 5 13.6 16.0 Climat des côtes.
Edimbourg, lat. 55°.57′ .. 8.8 66 5 13.2 15.2 Idem.
Ligne isot.de 5° ..... Upsala, lat. 59°.51′ ........ 5.5 56 4 14.0 16.6 Sommet convexe.
Québec, lat. 46°.47′ ....... 5.4 88 5 17.6 23.0 Sommet concave occid.
Ligne isot.de 0° .... Pétersbourg, lat. 59°.56′. 3.8 60 4 15.0 18.7 Europe orientale.
Uméo, lat. 53°.50′ ......... 0.7 30 2 15.0 17.0 Côtes or. du golfe de Botnie.
Cap Nord, lat. 71°′ ........ 0.0 0 0 0 8.1 Climat des îles.
Enontekies, lat. 68°.30′ .. —2.8 29 2 14.5 15.3 Climat continental.
|554| Dans le système des climats européens, de-puis Rome jusqu’à Upsal, entre les lignes iso-thermes des 15° et 5°, le mois le plus chaudajoute 9° à 10° à la température moyenne del’année. Plus au Nord, de même que dansl’Asie orientale et en Amérique où les lignesisothermes se replient vers l’équateur, les ac-croissemens sont plus considérables encore. De même que deux heures du jour indiquentla température de la journée entière, il y a néces-sairement aussi deux jours de l’année ou deux dé-cades dont la température moyenne égale cellede l’année entière. D’après les moyennes de 10années d’observations, cette température del’année se trouve à Bude en Hongrie, du 15 au20 avril et du 15 au 25 oct., à Milan, du 10 au15 avril et du 18 au 23 octob. Les ordonnées desautres décades peuvent être regardées commefonctions des ordonnées moyennes. En considé-rant les températures des mois entiers, on trouveque jusqu’à la bande isotherme de 2°, la tem-pérature du mois d’octobre coïncide (générale-ment à moins d’un dégré) avec celle de l’année.Le tableau suivant prouve que ce n’est pas commel’affirme Kirwan (1), le mois d’avril qui approchele plus souvent de la chaleur annuelle.
(1) Estim., p. 166.
|555|
LIEUX. température moyenne LIEUX. température moyenne.
del’année. d’Octobre. d’Avril. del’année. d’Octobre. d’Avril.
Caire .......... 22°,4 22°,4 25,5 Gottingue ....... 8°,3 8°,4 6,°9
Alger .....,... 21,0 22,3 17,0 Franecker ....... 11,3 12,7 10,0
Natchez ........ 18,9 20,2 19,1 Coppenhague ..... 7,6 9,3 5,0
Rome ......... 15,8 16,7 13,0 Stockholm ....... 5,7 5,8 3,6
Milan ......... 13,2 14,5 13,1 Christiania ....... 5,9 4,0 5,9
Cincinnati ....... 12,0 12,7 13,8 Upsala ......... 5,4 6,3 4,3
Philadelphie ...... 11,9 12,2 12,0 Quebec ........ 5,5 6,0 4,2
New-Yorck ...... 12,1 12,5 9,5 Pétersbourg ...... 3,8 3,9 2,8
Pékin ......... 12,6 13,0 13,9 Abo .......... 5,2 5,0 4,9
Bude ......... 10,6 11,3 9,5 Drontheim ....... 4,4 4,0 1,3
Londres ........ 11,0 11,3 9,9 Uléo .......... 0,6 3,3 1,2
Paris .......... 10,6 10,7 9,0 Uméo ......... 0,7 3,2 1,1
Genève ........ 9,6 9,6 7,6 Cap-Nord ....... 0,0 0,0 —1,0
Dublin ........ 9,2 9,3 7,4 Enontekies ...... —2,8 —2,5 —3,0
Edimbourg ...... 8,8 9,0 8,3 Nain .......... —3,1 +0,6 —2,5
|556| Comme il est rare que les voyageurs puissentfournir des observations propres à donner im-médiatement la température de l’année entière, ilest utile de faire connaître les rapports constansqu’il y a, dans chaque système de climats, entreles températures vernales ou automnales et latempérature annuelle. Quant à la quantité de chaleur que reçoitun même point du globe, elle est beaucoup pluségale pendant une longue suite d’années, qu’onne serait tenté de le croire d’après le témoignagede nos sensations et le produit variable des ré-coltes. Dans un lieu donné, le nombre de jourspendant lesquels soufflent les vents nord-est ousud-ouest, conserve un rapport assez constant,parce que la direction et la force de ces ventsqui amènent de l’air plus froid ou plus chaud,dépendent de causes générales, de la déclinai-son du soleil, de la configuration des côtes, etdu gisement des continens voisins. C’est moinssouvent une diminution dans la températuremoyenne de l’année entière, qu’un changementextraordinaire dans la répartition de la chaleurentre les différens mois qui cause les mauvaisesrécoltes. En examinant, par les parallèles des 47°et 49°, des séries de bonnes observations météo-rologiques, faites pendant dix ou douze années |557| on trouve que les températures annuelles ne va-rient généralement que de 1° — 1°,5; celles deshivers et des étés de 2° à 3°; celles des moisd’été et d’automne de 3° à 4°; celles des moisd’hiver, de 5° à 6°. A Genève, les températuresmoyennes de vingt années (1796-1815) ont étéde 9°,6; 10°,3; 10°,0; 9°,3; 10°,3; 10°,6;10°,5; 10°,2; 10°,6; 8°,8; 10°,8; 9°,6; 8°,3;9°,4; 10°,6; 10°,9; 8°,8; 9°,2; 9°,0; 10°,0:moyenne de ces vingt années, 9°,8. Si, dans nosclimats, les oscillations thermométriques sontun sixième de la température annuelle, sous lestropiques elles ne sont pas d’un vingt-cinquième.J’ai calculé pour Paris, pendant 11 années, lesvariations thermométriques de l’année, de l’hi-ver, de l’été, du mois le plus froid, du mois leplus chaud, et du mois qui représente à-peu-prèsla température moyenne annuelle. Voici les ré-sultats que j’ai obtenus: |558|
Observations de MM. Bouvard, Aragoet Mathieu. Températures moyennes
del’année. del’hiver. del’été. dejanvier. d’août. d’oc-tobre.
Paris. .... 1803 10°,6 2°,6 19°,8 1°,3 19°,8 10°,3
—— ..... 1804 11,1 5,0 18,6 6,6 18,1 11,5
—— ..... 1805 9,7 2,2 17,3 1,6 18,2 9,6
—— ..... 1806 11,9 4,8 18,5 6,1 18,1 11,0
—— ..... 1807 10,8 5,7 19,9 2,3 21,4 12,4
—— ..... 1808 10,3 2,6 19,0 2,4 19,2 9,0
—— ..... 1809 10,5 4,7 16,9 4,9 17,9 9,8
—— ..... 1810 10,5 2,5 17,4 —0,8 17,6 11,6
—— ..... 1811 11,5 4,2 18,4 —0,3 17,6 14,2
—— ..... 1812 9,9 4,2 17,3 1,5 17,9 10,6
—— ..... 1813 9,9 2,3 16,5 0,3 17,0 11,7
Moyenne de ces11 années. ..... 10,6 3,6 18,1 2,2 18,4 10,4
A Genève, les températures moyennes desétés ont été, de 1803 à 1809, de 19°,6; 18°,9;16°,8; 18°,7; 20°,1; 17°,1; 17°,2: moyenne,18°,3. M. Arago (1) a trouvé que, dans les deuxannées 1815 et 1816, dont la dernière a été sifuneste aux récoltes dans une grande partie de
(1) Annales de Chimie et de Phys., Tom. III, p. 441.
|559| la France, la différence de la températuremoyenne annuelle n’a été que 1°,1; celle desétés de 1°,8. L’été de 1816 a été, à Paris,de 15°,5, donc, de 2°,8 au-dessous de la moyennedes étés. De 1803 à 1813, les oscillations au-tour de la moyenne n’avaient pas dépassé — 1°,6et + 1°,9.
En comparant les endroits qui appartiennentà un même système de climats, quoique éloi-gnés entr’eux de plus de 80 lieues, on recon-naît que les variations se font sentir assez uni-formément en plus et en moins (sans offrircependant les mêmes quantités thermométri-ques), tant dans la température de l’année en-tière que dans celle des saisons. |560|
Années. Paris. Genève. Paris. Genève. Paris. Genève.
Températuremoyenne an-nuelle. Différ. avecla moy. de 12ans (10°,6.). Températuremoyenne an-nuelle. Différ. avecla moy. de 12ans (9°.8.). Températuremoyenne del’hiver. Différ. avecl’hiver moyen(3°,7.) Températuremoyenne del’hiver. Différ. avecl’hiver moyen(1°,6.) Températuremoyenne del’été. Différ. avecl’été moyen(18°,1.) Tempèraturemoyenne del’été. Différ. avecl’été moyen(18°,3.)
1803 10°,6 10°,2 +0°,4 2°,6 —0,9 0°,1 —1°,5 19°,8 +1°,7 19°,8 +1°,5
1804 11,1 +0,5 10,6 +0,8 5,0 +1,3 3,5 +1,9 18,6 +0,5 19.0 +0,7
1805 9,7 —0,9 8,8 —1,0 2,2 —1,5 1,0 —0,6 17,3 —0,8 17.2 —1,1
1806 11,9 +1,3 10,8 +1,0 4,8 +1,1 3,6 +2,0 18,5 +0,4 18.1 —0,2
1807 10,8 +0,2 9,6 —0,2 5,7 +2,0 2,1 +0,5 19,9 +1,8 20.1 +1,7
1808 10,3 —0,3 8,2 —1,6 2,6 —1,1 1,0 —0,6 19,0 +0,9 17.6 —0,7
1809 10,5 —0,1 9,3 —0,5 4,7 +1,0 1,7 +0,1 16,9 —1,2 17.3
1810 10,5 —0,1 10,6 +0,8 2,5 —1,2 17,4 —0,7 —1,0
1811 11,5 +0,9 11,0 +1,2 4,0 +0,3 18,4 +0,3
1812 9,9 —0,7 8,8 —1,0 4,2 +0,5 17,3 —0,8
1813 9,9 —0,7 9,2 —0,6 2,3 —1,4 16,5 —1,6
|561| avons fixés jusqu’ici, appartiennent à cette par-tie des basses couches de l’atmosphère qui re-posent sur la surface solide du Globe dans l’hé-misphère boréal. Il me resterait à discuter icila température de l’hémisphère austral; mais,ayant récemment traité cet objet dans un autreouvrage, je me bornerai à la simple indica-tion de quelques résultats numériques. Peu departies de la philosophie naturelle, offrentl’exemple d’une variation aussi grande dans lesopinions des physiciens. Dès le commencementdu 16e siècle, et dès les premières navigationsautour du Cap-Horn, l’idée se répandit en Eu-rope que l’hémisphère austral était considéra-blement plus froid que l’hémisphère boréal.Mairan et Buffon (1) combattirent cette idée pardes raisonnemens théoriques peu exacts. Æpi-nus (2) l’établit de nouveau; les découvertes deCook firent connaître la vaste étendue des glacescircompolaires australes; mais on exagéra dès-lors l’inégalité de la température des deux hé-misphères. Le Gentil, et surtout Kirvan (3),
(1) Théorie de la terre, T. I, p. 312. — Mémoire del’Acad., 1765, p. 174.(2) De distributione caloris, 1761.(3) Kirwan, Estimation de la Tempèrature, p. 60. —
|562| ont eu le mérite d’avoir démontré les premiers,que l’influence des glaces circompolaires sur lesclimats s’étend moins loin dans la zone tempé-rée australe, qu’on ne l’avait admis générale-ment. La moindre distance du soleil au solticehiémal, et le plus long séjour de cet astre dansles signes septentrionaux, agissent dans un sensopposé (1) sur la chaleur dans les deux hémis-phères; et comme (d’après le théorème de Lam-bert) la quantité de lumière qu’une planète re-çoit du soleil, croît proportionnellement àl’anomalie vraie, l’inégalité de température entreles deux hémisphères n’est pas l’effet d’une irra-diation inégale. L’hémisphère austral reçoit lamême quantité de lumière; mais l’accumulationde la chaleur y est moindre (2), à cause del’émission de la chaleur rayonnante qui a eu lieupendant un hiver plus long. Cet hémisphèreétant de plus, en grande partie, aquatique,les extrémités pyramidales des continens y ontle climat des îles. Des étés d’une température
Irish. Trans., Vol. VIII, p. 423. — Le Gentil, Voyagedans l’Inde, Vol. I, p. 73.(1) Mairan, dans les Mém. de l’Acad., 1765, p. 166.— Lambert, Pyromètrie, p. 310.(2) Prevost, de la Chaleur rayonnante, 1809, p. 329et 367, §. 280-306.
|563| très-basse sont suivis jusqu’au 50° de latitudeaustrale par des hivers peu rigoureux: aussi, lesformes végétales de la zone torride, les fougèresen arbres et les orchidées parasites, avancent auSud jusque vers les 38° et 42° de latitude. Lepeu d’étendue des terres dans l’hémisphère aus-tral (1), ne contribue pas seulement à égaliser lessaisons, il contribue aussi à diminuer, d’unemanière absolue, la température annuelle decette partie du globe. Je pense que cette causeest beaucoup plus active que celle de la petiteexcentricité du mouvement planétaire. Les con-tinens, pendant l’été, rayonnent plus de chaleurque les mers, et le courant ascendant qui portel’air des zones équinoxiales et tempérées versles régions circompolaires, agit moins dansl’hémisphère austral que dans l’hémisphère bo-réal. Aussi, voyons-nous cette calotte de glacequi entoure le pôle jusque vers les 71e et 68e de-grés de latitude Sud, avancer davantage versl’Equateur, partout où elle trouve une merlibre, c’est-à-dire, là où les extrémités pyrami-dales des grands continens ne leur sont pas op-posées. On a lieu de croire que ce manque de
(1) Les terres dans les deux hémisphèrés sont dans lerapport de 3 : 1.
|564| terres fermes, produirait un effet beaucoup plussensible encore si la répartition des continensétait aussi inégale dans les régions équinoxialesque dans les zones tempérées (1).
La théorie et l’expérience prouvent que la dif-férence de température entre les deux hémis-phères, ne peut pas être grande près de la limitequi les sépare (2). Le Gentil a déjà observé quele climat de Pondichéry n’est pas plus chaud quecelui de Madagascar à la baie d’Antongil, parles 12° de latitude australe. Sous les parallèlesde 20°, l’île de France a la même températureannuelle (26°,7) que la Jamaïque et Saint-Do-mingue. La mer de l’Inde, entre les côtes orien-tales de l’Afrique, les îles de la Sonde et la Nou-velle-Hollande, forme une espèce de golfe qui estfermé au Nord par l’Arabie et par l’Indostan. Leslignes isothermes paraissent s’y relever vers lepôle sud: car, plus à l’Ouest dans la mer libre,entre l’Afrique et le Nouveau-Continent, le froidde l’hémisphère austral se fait déjà sentir, quoiquefaiblement, dès les 22°. Je ne citerai pas, à cause
(1) Les terres placées entre les tropiques sont, dans lesdeux hémisphères, = 5 : 4; celles placées hors des tro-piques, = 13 : 1.(2) Prevost, p. 343.
|565| de ses montagnes isolées et ses localités particu-lières, l’île Sainte-Hélène (lat. 15°.55′), dontla température moyenne ne s’élève, d’aprèsM. Beatson, au bord de la mer, qu’à 22° ou 23°.Ce sont les côtes orientales de l’Amérique, qui,grâce au zèle infatigable d’un astronome portu-gais, M. Benito Sanchez Dorta (1) , nous offrent,par les 22°.54′ de latitude australe, presque surla limite de la région équinoxiale, un endroitdont on connaît le climat par plus de 3500 ob-servations thermométriques et barométriques,faites dans le cours de chaque année pour cons-tater les variations horaires dans la chaleur etla pression de l’air. La température moyennede Rio Janeiro n’est que de 23°,5, tandis que,malgré les vents nord qui amènent l’air froid duCanada pendant l’hiver dans le golfe du Mexique,les températures moyennes de La Veracruz (la-titude 19°.11′) et de la Havane (lat. 23°.10′),sont de 25°,5. Les différences des deux hémis-phères deviennent plus sensibles dans les moisles plus chauds.
|Spaltenumbruch|
  • Rio Janeiro.
  • Juin, temp. moyen.. 20°,0.
  • Juillet......... 21,2.
  • Janvier......... 26,2.
  • Février......... 27,0.
|Spaltenumbruch|
  • Havane.
  • Décemb., temp. moy. 22°,1.
  • Janvier......... 21,2.
  • Juillet......... 28,5.
  • Août.......... 28,8.

(1) Mém. de l’Acad. de Lisbonne, T. II, p. 348, 369.
|566| On doit être surpris de la grande égalité quirègne dans la répartition de la chaleur annuelle,par les 34° de latitude Nord et Sud. En fixantles yeux sur les trois continens de la Nouvelle-Hollande, de l’Afrique et de l’Amérique, noustrouvons que la température moyenne du portJackson (lat. 33°.51′) est, d’après les observa-tions de MM. Hunter, Peron et Freycinet,de 19°,3; celle du Cap de Bonne-Espérance(lat. 33°.53′), 19°,4; celle de la ville de Buenos-Ayres (lat. 34°.36′), de 19°,7: dans l’hémis-phère boréal, 16° ou 21° de température an-nuelle correspondent à cette même latitude,selon qu’on compare le système de climats amé-ricains (1) ou méditerranéens, les parties con-caves ou convexes des lignes isothermes. AuPort-Jackson, où le thermomètre descend quel-quefois au-dessous du point de la congélation, lemois le plus chaud est de 25°,2; le mois le plusfroid de 13°,8: on y trouve l’été de Marseille,et l’hiver du Caire (2). Dans la Louisiane, 2° et
(1) Natchez (latit. 31°.28′), températ. moy. 18°,2;Cincinnati (latitude 39°.6′.), tempér. moy. 12°,1.(2) Caire (latitude 30°.2′), temp. moy. 22°,4; Fun-chal (lat. 32°.37′), temp. moy. 20°,3; Alger (lat. 36°.48′),températ. moy. 21°,1.
|567| demi de latitude plus près de l’équateur, lemois le plus chaud est de 26°,5; le mois leplus froid de 8°,3. La terre Van-Diémen cor-respond à peu près à la latitude de Rome:les hivers y sont plus doux qu’à Naples; maisla fraîcheur des étés (1) est telle que la tempéra-ture moyenne du mois de février y paraît êtreà peine de 18° à 19°, lorsqu’à Paris, sous unelatitude plus éloignée de l’équateur de 7°, latempérature moyenne du mois d’août est aussi18° à 19°, et à Rome au-dessus de 25°.
Sous le parallèle de 51°.25′ sud, nous connais-sons assez bien la température moyenne des îlesMalouines: elle est de 8°,5. A cette même la-titude, dans l’hémisphère boréal, on trouve enEurope 10°—11°, en Amérique à peine 2°—3°;les mois les plus chauds et les plus froids sont,à Londres, de 19° et 2°; aux îles Malouines, de13°,2 et 3°. A Québec, la températ. moyenne-de l’hiver est de —10°; aux îles Malouines,
(1) A la terre Van-Diémen, le thermomètre descend,en février, le matin, jusqu’à 7°,5. La moyenne, à midi,est de 16°. A Paris, elle est en août de 23°. A la terre Van-Diémen, en févr., moyenne des maximum 26°, des mi-nimum 12°,5. A Rome, ces moyennes sont 30° et 18°. (D’Entrecasteaux, Voyage, T. I, p. 265 et 542.)
|568| de +4°,2, quoique ces îles soient de 4° delatitude plus éloignées de l’équateur que Qué-bec. Ces rapports numériques prouvent que,jusqu’aux parallèles de 40° et 50°, les lignes iso-thermes correspondantes sont à peu près éga-lement distantes du pôle dans les deux hé-misphères; et qu’en ne considérant (1) que lesystème de climats transatlantiques entre les70°—80° de longitude occident., les tempéra-tures moyennes de l’année sur les parallèlesgéographiques correspondans, sont même plusgrandes dans l’hémisphère austral que dansl’hémisphère boréal.
Ce qui donne aux climats méridionaux un ca-ractère particulier, c’est la répartition de la cha-leur entre les différentes parties de l’année. Dansl’hémisphère austral, sur les lignes isothermesde 8° et de 10°, on trouve des étés qui, dansnotre hémisphère, n’appartiennent qu’à deslignes isothermes de 2° et 5°. On ne connaît,avec précision, aucune température moyennede l’année au-dessus du 51° de latitude sud; lesnavigateurs ne fréquentent pas ces parages, lors-que le soleil est dans les signes septentrionaux,et l’on aurait tort de juger de la rigueur des hi-
(1) Humboldt, De distributione geogr. plant., p. 79-86.
|569| vers par la basse température des étés. Les neigeséternelles qui, par 71° nord, se soutiennentencore à 700 mètres de hauteur au-dessus duniveau de l’Océan, descendent jusque dans lesplaines, tant à la Géorgie australe (1) qu’à laterre Sandwich, par les 54° et 58° de latit. sud:mais ces phénomènes, quelques frappans qu’ilsparaissent, ne prouvent aucunement que la ligneisotherme 0° est de 5° plus près du pôle sud quedu pôle nord. Dans le système de climat trans-atlantique, la limite des neiges éternelles n’estpas à la même hauteur qu’en Europe; et pourcomparer les deux hémisphères, il faut avoirégard à la différence des longitudes. De plus,une égale hauteur des neiges n’annonce pas du
(1) On est d’autant plus surpris de trouver à l’île de laGéorgie la neige au rivage de l’Océan, que 2°.39′ plus prèsde l’équateur, aux Malouines, la température moyennedes étés est encore 11°,7 ou de 5° plus grande qu’au point oùdans notre hémisphère, par les 71°, la limite des neigesperpétuelles se maintient à 700 mèt. d’élévation absolue.Mais il faut se rappeler, 1°. que les îles Malouines sont rap-prochées d’un continent qui s’échauffe en été; 2°. que laGéorgie est hérissée de montagnes, et qu’elle est placée àla fois dans une mer libre au Nord, et sous l’influence desglaces éternelles de la terre Sandwich; 3°. qu’en Laponie,2° de latitude produisent, dans de certaines circonstanceslocales, 6° de différence dans les températures des étés.
|570| tout une égale température moyenne de l’année.Cette limite dépend surtout (1) du peu de chaleurd’été, et celle-ci de ces condensations brusquesde la vapeur causées par le passage des glaces flot-tantes. Près des pôles, l’état brumeux de l’air di-minue en été l’effet de l’irradiation solaire, enhiver celui du rayonnement du globe. Au détroitde Magellan, MM. de Churruca et Galeano ontvu tomber de la neige par les 53° et 54° de latit.sud au milieu de l’été; et, quoique le jour futde 18 heures, le thermomètre s’éleva rarementau-dessus de 6° ou 7°, jamais au-dessus de 11°.
La température inégale des deux hémisphères,qui, comme nous l’avons prouvé plus haut, estmoins l’effet de l’excentricité des orbites plané-taires, que de l’inégale répartition des continens,détermine (2) la limite entre les vents alisés nord-est et sud-est. Or, cette limite se trouvant dansl’Océan atlantique beaucoup plus au nord del’équateur que dans la mer du sud, on peut enconclure que sur une bande comprise entre les130° et 150° de longitude occidentale, la diffé-rence de température entre les deux hémisphères
(1) Léop. de Buch, Voyage en Laponie, Vol. II,p. 393-420.(2) Prevost, Journ. de Phys., T. XXXVIII, p. 369. — Irish. Trans., Vol. VIII, p. 374.
|571| est moins grande, que plus à l’est par les 20° et 50°de longitude. C’est en effet sur cette bande, dansle grand Océan, que, jusqu’au parallèle de 60°,les deux hémisphères sont également couvertsd’eau, également dépourvus de terres fermes,qui rayonnant de la chaleur pendant l’été, en-voient de l’air chaud vers les pôles. La ligne quisert de limite entre les vents alisés nord-est et sud-est, s’approche de l’équateur partout où la tem-pérature des hémisphères est moins différente,et si, sans diminuer le froid de l’hémisphère aus-tral, on pouvait augmenter l’inflection des ban-des isothermes dans le système des climats tran-satlantiques, on rencontrerait les vents sud-estpar les 20° et 50° de longit. occidentale au nord,par les 130° et 150° au sud de l’équateur (1).
Les basses couches de l’atmosphère qui re-posent sur la surface pelagique du globe, re-çoivent l’influence de la température des eaux.La mer rayonne moins de chaleur absorbée queles continens; elle refroidit l’air sur-marin parl’effet de l’évaporation; elle renvoie les molé-cules d’eau refroidies et devenues plus pesantesvers le fond; elle se réchauffe ou se refroidit parles courans dirigés de l’équateur vers les pôles,
(1) Humboldt, Relat. histor., T. I, p. 225 et 237.
|572| ou par le mélange des couches supérieures etdes couches inférieures sur les accores des bancs.C’est par la réunion de ces causes diverses qu’entreles tropiques, et peut-être jusqu’au 30° de lati-tude, les températures moyennes de l’air sur-marin sont de 2° à 3° plus basses que celles del’air continental. Par de hautes latitudes, dansdes climats où l’atmosphère se refroidit en hiverbeaucoup au-dessous du point de la congéla-tion, les lignes isothermes se relèvent vers lespôles ou deviennent convexes lorsque des con-tinens elles passent au‒dessus des mers (1).Quant à la température de l’Océan même, ilfaut distinguer entre quatre phénomènes très-dif-férens: 1°. la température de l’eau à sa surfacecorrespondante à différentes latitudes, l’Océanétant considéré en repos, dépourvu de bas-fonds et de courans; 2°. le décroissement ducalorique dans les couches d’eau superposéesles unes aux autres; 3°. l’effet des bas-fonds surla chaleur des eaux de la surface; 4°. la tempé-rature des courans qui font passer avec une vî-tesse acquise, les eaux d’une zone à travers leseaux immobiles d’une autre zone. La bande deseaux les plus chaudes coïncide aussi peu avec
(1) L. c., p. 67, 230 et 242.
|573| l’équateur, que la bande sur laquelle les eauxatteignent le maximum de salure. En passantd’un hémisphère dans l’autre, on trouve les eauxles plus chaudes entre 5°.45′ de latitude bo-réale, et 6°.15′ de latitude australe. Perrinsles a trouvées de 28°,2; Quevedo de 28°.6;Churruca de 28°,7; Rodman de 28°,8: je lesai trouvées dans la mer du sud, à l’est des îlesGalapagos, de 29°,3. Les variations autour dela moyenne ne s’élèvent par conséquent pas audelà de 0°,7. Il est assez remarquable que,sur ce parallèle des eaux les plus chaudes, latempérature de l’Océan à la surface est indu-bitablement de 2° à 3° plus élevée que la tem-pérature de l’air qui repose sur l’Océan. Cettedifférence provient-elle du mouvement des mo-lécules refroidies qui se portent vers le fond,ou de l’absorption de la lumière qui n’est passuffisamment compensée par une émission libredu calorique rayonnant? A mesure que l’onavance de l’équateur vers la zone tempérée,l’influence des saisons sur la température de lamer à sa surface, devient très-sensible; maiscomme une grande masse d’eau ne suit qu’avecune lenteur extrême les changemens de la tem-pérature de l’air, les moyennes des mois ne cor-respondent pas, à la même époque, dans |574| l’Océan et dans l’air. De même, l’étendue desvariations est moindre dans l’eau que dans l’at-mosphère, parce que les accroissemens ou lesdiminutions de la chaleur de la mer ont lieudans un milieu de température variable, desorte que les minimum et les maximum de lachaleur qu’atteint l’eau, sont modifiés par latempérature atmosphérique des mois qui sui-vent le mois le plus froid, et le mois le pluschaud de l’année. C’est par une cause analogueque, dans les sources qui ont une tempéra-ture variable, par exemple, près d’Upsal (1),l’étendue des variations de chaleur n’est que 11°lorsque cette même étendue des variations dansl’air, depuis le mois de janvier jusqu’au moisd’août, est de 22°. Sur le parallèle des îles Cana-ries, M. de Buch a trouvé le minimum de la tem-pérature de l’eau de 20°, le maximum de 23°,8.Les températures de l’air, dans les mois lesplus chauds et les plus froids, sont, dans cesparages, de 18° et 24°. En avançant vers lenord, on trouve plus grandes les différencesde température hyémale entre la surface de lamer et l’air sur-marin. Les molécules d’eau re-froidie vont au fond aussi longtems que leur
(1) Gilbert, Annalen der Physik., 1812, p. 129.
|575| refroidissement n’a pas atteint 4°. C’est ainsique, par les 46° et 50° de latitude dans la partiede l’Océan atlantique qui avoisine l’Europe, les maximum et les minimum de la chaleur sont,dans l’eau de la mer à sa surface, 20° et 5°,5;dans l’air (en prenant les moyennes des moisles plus chauds et les plus froids), 19° et 2°.L’excès de la température moyenne des eauxsur celle de l’air atteint son maximum au-delàdu cercle polaire, là où la mer ne gèle pointau large. L’atmosphère se refroidit à tel pointdans ces parages (de 63° à 70° de latitude parle 0° de longitude), que la température moyennede plusieurs mois d’hiver descend sur les conti-nens à 10° ou 12°, sur les côtes à 5° et 6° au-dessous du point de la congélation, tandis quela température de la mer à sa surface ne setrouve abaissée que jusqu’à 0° ou—1°. S’il est vraique, même par ces hautes latitudes, le fond dela mer renferme des couches d’eau qui, au maximum de leur pesanteur spécifique, ont4° à 5° de chaleur, l’on doit supposer que leseaux du fond contribuent à diminuer le refroi-dissement de la surface. Ces circonstances ontune grande influence sur l’adoucissement deshivers, dans des continens séparés du pôle parune vaste mer.
|576| Nous avons considéré jusqu’ici la distributionde la chaleur à la surface du globe, au niveaude l’Océan; il nous reste à discuter, pour com-pléter ce Mémoire, les rapports numériquesqu’offrent les variations de la température dansles régions élevées de l’atmosphère, et dansl’intérieur de la terre. Le décroissement du calorique dans l’atmos-phère dépend de plusieurs causes, dont la prin-cipale (d’après l’observation de MM. Leslie (1) etde Laplace) est la propriété de l’air d’augmenterde capacité pour la chaleur en se raréfiant. Si leglobe n’était pas enveloppé d’un mélange defluides élastiques et aériformes, il ne ferait passensiblement plus froid à 8000 mètres de hau-teur qu’à la surface de l’Océan. Chaque point duglobe rayonnant en tout sens, l’intérieur d’uneenveloppe sphérique qui reposerait sur la cimedes plus hautes montagnes du globe, recevraitla même quantité de calorique rayonnant queles couches inférieures de l’atmosphère. Le calo-rique, il est vrai, serait réparti sur une surfaceun peu plus grande; mais la différence de tempé-rature serait insensible, puisque le rayon de
(1) On Heat and Moisture, 1813, p. 11; et Elementsof Geometry, 1811, p. 495.
|577| l’enveloppe sphérique serait à celui de la terre,comme 1,001 à 1. Dès que nous considérons laterre entourée d’un fluide atmosphérique, ledécroissement de la température s’établit. L’air,chauffé à la surface du globe, s’élève, se dilate etse refroidit, soit par sa dilatation, soit par unrayonnement plus libre à travers d’autres coucheségalement raréfiées. Ce sont les courans ascen-dans et descendans de l’air qui conservent la tem-pérature décroissante de l’atmosphère (1).
Le froid des montagnes est l’effet simultané,1°. de la distance verticale plus ou moins grandedes couches d’air à la surface des plaines et del’Océan; 2°. de l’extinction de la lumière quidiminue avec la densité des couches d’air su-perposées (2); 3°. de l’émission du caloriquerayonnant, qui est favorisée par un air très-sec (3), très-froid et très-serein. La températuremoyenne de nos plaines actuelles serait abaisséesi les mers éprouvaient une diminution d’eauconsidérable; les plaines des continens devien-
(1) Leslie on Moisture and Heat, p. 11; et Elem. ofGeometry, ed. sec., p. 495-496.(2) Humb., sur les réfractions. au‒dessous de 10°.(Observations astronomiques, T. I, p. 126.)(3) Wells on Dew, p. 50.
|578| draient alors des plateaux, et l’air qui repose surces plateaux, serait refroidi par les couchesd’air circonvoisines qui, au même niveau, nerecevraient qu’une moindre portion de la cha-leur, émise par le fond désséché des mers.
Le tableau suivant renferme les résultats desobservations que j’ai faites, près de l’équateur,dans les Andes de Quito et vers l’extrémité bo-réale de la zone torride, dans les Cordilièresdu Mexique. Ces résultats sont les vraiesmoyennes, telles que les donnent, soit les ob-servations stationnaires faites pendant plusieursannées, soit les observations isolées. On a euégard dans ces dernières à l’heure du jour, à ladistance des solstices, à la direction du vent etaux effets de la réverbération des plaines. |579|
HAUTEURSau-dessusdu niveaude l’océan. CORDILIÈRES DES ANDES,de 10° de latitude boréaleà10° de latitude australe. MONTAGNES du méxique de 17° à 21° de lat. boréale.
Température moyennede l’année. Exemples qui peuvent servirde type. Température moyennede l’année. Exemples qui peuvent servirde type.
0.(On a ajoutéde mille à millem. une hauteurcomparative.) 27°.5 Cumana (10 mèt.), dejour 26°—30°, de nuit22°—23°,5; max. 32°,7;min. 21°,2. Températ.moyenne 27°,7. 26°.0 Vera-Cruz (0 mèt.),de jour 27°—30°, denuit 25°,7—28° en été;19°—24°, et 18°—22°en hiv. Temp. m. 25°,4.
500 t.(974 mèt.)Vésuve 1180 m. 21°.8 Caracas (886 mèt.),de jour 18°—23°, denuit 16°—17°; max.25°,7; min. 12°,5. Tem-pérature moy. 20°,8.Guaduas (1149 mèt.);tempér moy. 19°,7. 19°.8 Xalapa (1320 mèt.),temp. moy. 18°,2 enhiver, de jour 14°—15;Chilpantzingo (1379mèt.), sur un plateauqui rayonne, tempér.moyenne 20°,6.
1000 t.(1949 mèt.)Hospice du St.-Gothard, 2075mètres. 18° Popayan (1773 mèt.),dejour 19°—24°, de nuit17°—18°; températuremoy. 18°,7. Santa ‒ féde Bogota (2659 mèt.);températ. moy. 14°,3,de jour 15°—18°, de nuit10°—12; min. + 2°,5. 18°,0 Valladolid de Mé-choacan (1950 mèt.),tempér. moy. 19°—20;Mexico (2277 mèt.), dejour 16°—21°, de nuit13°—15°; dans les moisles plus chauds: 11°.5—15°, et 0° à + 7° dansles mois les plus froids.Tempér. moy. 17°.
1500 t.(2923 mèt.)Canigou, 2780m. 14°.3 Quito (2908 mèt.),de jour 15°,6—19°,3,de nuit 9°—11°; max.22°; min. 6°. Tempér.moy. 14°.4 14°.0 Toluca (2690 mèt.);tempér. moy. 15°; auNevado de Toluca (3408mèt.); source 9°.
2000 t.(3898 mèt.)Pic de Téné-riffe, 3710 m 7°.0 Micuipampa (3618mèt.), de jour 5°—9°,de nuit + 2 à — 0°,4;les Paramos (3500 m.),en général t. m. 8°,4. 7°.5 Au Nivado de Toluca(3713 mèt.), en sept.,midi, 11°.5; au Coffrede Perote (3700 mèt.),en fév., à 9 h., 10°.2.
2500 t.(4872 mèt.)Mont-Blanc,4775 mèt. 1°.5 A la limite infér. desneiges perpét. (4800mèt.), de jour 4°—8°,de nuit — 2° à — 6°; auChimborazo (5880 m.),en juin, à 1 heure, j’aivu le therm. à — 1°,6. 1°.0 Au Pic del Fraile(4621 mèt.), j’ai vu letherm. en septembre,à midi, à + 4°,3.
|580| Les moyennes que donnent les observationsmexicaines, sont peu différentes de celles qu’of-frent les observations des Cordilières. Lorsqueles différences et les concordances atteignent undemi degré, elles peuvent être regardées commepurement accidentelles. La longueur des jours estplus inégale, par les 20° de latit., mais les neigesperpétuelles ne descendent, pas 200 mèt. plus basque sous l’équateur. Comme les Cordilières de laNouvelle-Grenade, de Quito et du Pérou, offrentun plus grand nombre de points où l’on a fait desobservations stationnaires, je réunirai ici les tem-pératures moyennes que nous avons fait con-naître avec quelque certitude, M. Caldas (1) etmoi, et qui appartiennent toutes à une zone com-prise entre les parallèles de 10° nord et 10° sud. Côtes de Cumana, 27°—28°; Tomependa(riv. des Amazones, haut. 390 mètres) 25°,8;Antioquia (508 mètres) 25°; Neiva (519 mèt.)25°; Tocayma (482 mètres) 27°,5; Caripe(902 mètres) 18°,5; Caracas (886 mètres)20°,8; La Plata (1048 mètres) 23°,7; Carthago(960 mètres) 23°,8; Guaduas (1150 mètres)
(1) Je me suis servi des températures moyennes et desmesures barométriques, publiées à Santa-Fé de Bogota,par MM. Caldas et Restrepo, dans le Semanario del N. R.de Granada, T. I, p. 273; T. II, p. 93-341.
|581| 19°,7; La Meza (1288 mètres) 22°,5; Medellin(1481 mètres) 20°,5; Estrella (1721 mètres)18°,8; Popayan (1773 mètres) 18°,7; Loxa(2090 mètres) 18°; Almaguer (2260 mètres)17°; Pamplona (2444 mètres) 16°,2; Alausi(2430 mètres) 15°; Pasto (2533 mètres) 14°,6;Santa-Rosa (2579 mètres) 14°,3; Santa-Fé deBogota (2659 mètres) 14°,3; Hambato (2698mètres) 15°,8; Cuenca (2632 mètres) 15°,6;Caxamarca (2860 mètres) 16°; Quito (2908mètres) 14°,4; Tunja (2903 mètres) 13°,7;Llactacunga (2888 mètres) 15°; RiobambaNuevo (2891 mètres) 16°,2; Plateau de losPastos (3079 mètres) 12°,5; Malbasa (3040mètres) 12°,5; les Paramos (3500 mètres dehauteur) 8°,5; et la limite inférieure des neigesperpétuelles (4800 mètres) + 1°,6.
Ces trente-deux points ne sont pas des pointsisolés, comme le seraient des ballons fixés dansl’Océan aérien sur une hauteur perpendiculairede 5000 mètres; ce sont des stations prises sur lapente des montagnes, sur cette partie de la massesolide du globe, qui, en forme de mur ou d’arête,s’élève dans les hautes régions de l’atmosphère.Or ces montagnes ont à chaque hauteur, outrele climat général, des climats particuliers mo-difiés par le rayonnement des plateaux, l’es- |582| carpement du terrain, la nudité du sol, l’hu-midité des forêts, les courans qui descendentdes cimes voisines. Sans connaître les localités, on remarqueraitl’effet de ces causes perturbatrices, en compa-rant, dans le tableau précédent, les tempéra-tures moyennes qui correspondent aux mêmeshauteurs: mais la discussion de ces observa-tions prouverait aussi que l’étendue des varia-tions est beaucoup moindre qu’on ne le croitcommunément. Lorsqu’on examine trente-deuxtempératures, d’après l’hypothèse qu’un degréde refroidissement correspond à 200 mètres, onretrouve, par la température des lieux élevés,vingt-six fois celle des plaines, qui est de 27° à28°. Six fois seulement les températures diffè-rent de plus de 2°, (et les erreurs d’évaluationsse combinent avec les effets des localités. L’airqui repose sur les plateaux des Andes se mêleà la grande masse de l’atmosphère libre, dansla quelle règne, sous la zone torride, une stabilitéde température surprenante. Quelque énormeque soit le massif des Cordilières, il ne peutagir que faiblement sur des couches d’air quise renouvellent sans cesse. D’un autre côté, siles plateaux s’échauffent pendant le jour, ilsrayonnent d’autant plus pendant la nuit; car |583| c’est justement sur ces plaines, élevées de 2700mètres au-dessus du niveau de la mer, que leciel est le plus pur et le plus constamment se-rein. Au Pérou, par exemple, le magnifiqueplateau de Caxamarca dans lequel le fromentdonne le 18e, l’orge le 60e grain, a plus de 12lieues carrées d’étendue; il est uni comme lefond d’un lac, et abrité par un mur circulairede montagnes dépourvues de neiges. Sa tempé-rature moyenne est de 16°: cependant, le fro-ment y gèle souvent de nuit; et dans une saisonoù le thermomètre descendait avant le lever dusoleil à 8°, je l’ai vu monter de jour à l’ombreà 25°. Dans les vastes plaines de Bogota, quisont de 200 mètres moins élevées que celle deCaxamarca, la température moyenne, constatéepar les belles observations de M. Mutis, s’élève àpeine à 14°,3. En comparant les villes situées sur des plateauxà celles qui sont placées sur l’escarpement desmontagnes, je trouve pour les premières uneaugmentation de température qui, à cause durayonnement nocturne, n’excède pas 1°,5 à 2°,3.Cette augmentation est un peu plus grande dansles basses régions des Andes, dans ces larges val-lées dont le fond uni atteint quatre à cinq centsmètres d’élévation absolue, principalement dansla vallée de la Madeleine entre Neiva et Honda. |584| On est frappé de trouver au milieu des montagnesdes chaleurs qui égalent celles des plaines, et quisont d’autant plus insupportables, que l’air de cesvallées n’est presque jamais agité par le vent. Ce-pendant, si l’on compare les températuresmoyennes de ces mêmes lieux à celles des couchesde l’atmosphère libre, ou de la pente des mon-tagnes, on les trouve seulement de 2°—3° plusélevées. D’après ces considérations, on peutajouter quelque confiance aux quatre résultatsque nous avons tirés d’un si grand nombre d’ob-servations pour les hauteurs normales de 1000,2000, 3000 et 4000 mètres. Je m’en suis tenu àune simple moyenne arithmétique, et à la com-pensation fortuite des irrégularités; car je n’au-rais pu éviter l’emploi d’une hypothèse sur le dé-croissement du calorique si j’avais voulu réduireà la hauteur normale les hauteurs qui en ap-prochent le plus. J’ai ajouté les observationsque m’a fournies la connaissance intime deslocalités.
Pour 1000 mt. de hauteur:
Couvent de Caripe (forêtsépaisses et humides) .... 902 mt. 18°.5.
Caracas (ciel brumeux, valléepeu étendue) ........ 886 20.8.
La Plata (vallée très-chaude,communiquant à celle del’Alto-Magdalena) ...... 1048 23.7.
Carthago (vallée très-chaudedu Cauca).......... 960 23.8.
949 mt. 21°.7.
|585|
Pour 2000 mt. de hauteur:
Loxa (plateau de peu d’éten-due.)............. 2090 mt. 18°.0
Almaguer (escarpemens cou-verts d’une épaisse végéta-tion)............. 2260 17.0
Popayan (petit plateau peuélevé au-dessus de la valléedu Cauca).......... 1773 18.7
2041 mt. 17.°9
Pour 3000 mt. de hauteur:
Caxamarca (plateau très-éten-du, ciel serein)....... 2860 mt. 16°.0
Quito (au pied de Pichincha,vallée étroite)........ 2908 14.4
Tunja (montagnes de la Nou-velle-Grenade)........ 2903 13.7
Malvasa (plaines élevées, re-froidies par les neiges duvolcan de Puracé)...... 3040 12.5
Los Pastos (plateau très-froid,sur lequel s’élèvent des cimescouvertes de neiges)..... 3079 12.5
Llactacunga (vallée tempérée). 2888 15.0
Riobamba Nuevo (plaine aridede Tapia, couverte de pierresponces)............ 2891 16.2
2938 mt. 14°.3.
Entre les tropiques, les Cordilières sont lecentre de la civilisation et de l’industrie desEspagnols-Américains: elles sont peuplées jus-qu’à plus de 4000 mètres de hauteur; et unpetit nombre d’observations faites sur le dosdes Andes, donne une idée suffisammentexacte de la température moyenne de l’année.En Europe, au contraire, dans la zone tempé-rée, les hautes montagnes sont en général peuhabitées. L’abaissement de la ligne isotherme 0° |586| y fait cesser la culture des céréales au point oùelle commence dans les Cordilières. Les habi-tations stationnaires sont rares au-delà de 2000mètres de hauteur; et, pour juger avec quelqueprécision de la température moyenne des couchesd’air superposées, il faut pouvoir réunir aumoins 730 observations thermométriques faitesdans le cours d’une année (1).
LIEUXsitués entre 46°—47°de latitude boréale. Elévations. Température moyenne
Mètres. Toises. del’année. du moisle plusfroid. du moisle pluschaud.
Niveau de la mer. 0 0 12°,0. + 2°,4. 21°,0.
Genève....... 359 180 9,8 + 1,2 19,2
Tégernsée...... 744 382 5,8 — 5,5 15,2
Peissenberg..... 995 511 5,0 — 6,2 13,9
Chamouni..... 1028 528 4,0 13,0
Hospice du Saint-Gothard..... 2076 1065 — 0,9 — 9,4 7,9
Col-de-Géant ... 3436 1763 — 6,0 2,5

(1) Des hauteurs de 400 mètres paraissent influer d’unemanière sensible sur la température moyenne, lors même
|587| En comparant la température moyenne descouches d’air superposées, je trouve que laligne isotherme de 5°, qui, sous le parallèlede 45°, se trouve à 1000 mètres de hauteur,atteint les montagnes équatoriales à l’élévationabsolue de 4250 mètres. On a cru pendant long-temps, d’après Bouguer, que la limite infé-rieure des neiges perpétuelles désignait partoutune couche d’air dont la température moyenneétait le point de la congélation, ou (pour nousservir d’une expression plus directe) que la
que de grandes portions de pays s’élèvent progressivement.Pour constater cette influence, j’ai examiné la tempéra-ture des lieux placés presque au niveau de l’Océan, sousles mêmes parallèles. Bude: latit. 47°.29′; haut. 156 mt.;tempér. annuelle 10°,6. Paris: lat. 48°.50′; haut. 34 mt.;temp. 10°,6. Vienne: lat. 48°.12′; haut. 171 mt.; tempé-rature 10°,3. Manheim: latit. 49°.20′; haut. 117 mètres;temp. 10°,1. Donc, presque au niveau de la mer, par leslongitudes de Paris et de Bude, entre 47° et 48° de latit.;temp. 10°,5 — 10°,8. Par ces mêmes longitudes: Genève (359 métres), 9°,6. Berne (535 mètres), 9°,6. Zurich (438 mètres), 8°,8. Coire (607 mt.), malgré les ventsd’Italie, 9°,4. Marschlinz (559 mt.) chauffé par cesmêmes vents, 11°,1. Munich (522 mt.), 10°,4. On nesaurait méconnaître, en prenant les moyennes de ces résul-tats, l’influence des petites hauteurs ou des plateaux très-étendus sur l’abaissement de la température moyenne.
|588| limite des neiges marquait la ligne isothermezéro; mais j’ai fait voir dans un mémoire (1),lu à l’Institut en 1808, que cette suppositionest contraire à l’expérience. On trouve par laréunion de bonnes observations, qu’à la limitedes neiges perpétuelles la température moyennede l’air est sous l’équateur (4800 mt.), +1°,5;dans la zone tempérée (2700 mt.), —3°,7;dans la zone glaciale, par les 68°—69° delatitude (1050 mt.), —6°. Comme la cha-leur des hautes régions de l’atmosphère dépenddu rayonnement des plaines, on conçoit quesous les mêmes parallèles géographiques onne peut trouver, dans le système de climatstransatlantiques (sur les pentes des MontagnesRocheuses), les lignes isothermes à la mêmehauteur au-dessus du niveau de l’Océan, quedans le système de climats européens. Les in-flexions qu’éprouvent ces lignes tracées à lasurface du globe, influent nécessairement surleur position dans un plan vertical, soit qu’onréunisse dans l’Océan aérien les points placéssur les mêmes méridiens, soit qu’on ne consi-dère que ceux qui ont une même latitude.
Nous avons essayé jusqu’ici de déterminer
(1) Observations astronomiques, T. I, p. 136.
|589| les températures moyennes qui correspondent,sous l’équateur et par les 45° ou 47°, à descouches de l’atmosphère également élevées. Cettedétermination se fonde sur des observations sta-tionnaires; elle indique l’état moyen de l’at-mosphère. La physique générale a ses élémensnumériques, comme le système du monde; etces élémens, si importans pour la théorie desmesures barométriques et pour celle des réfrac-tions, seront perfectionnés à mesure que lesphysiciens dirigeront leurs travaux vers l’étudedes lois générales.
HAUTEUR en Zone équatoriale de 0°. — 10°. Zone tempérée de 45°. — 47°.
Toises. Mètres. Températuremoyenne. Différences. Températuremoyenne. Différences.
0 0 27°.5. ... 5°.7. 12°. ...7°.0.
500 974 21.8 ... 3.4 5 ... 5.2
1000 1949 18.4 ... 4.1 —0.2 ... 4.6
1500 2923 14.3 ... 7.3 —4.8
2000 3900 7.0 ... 5.5
2500 4872 1.5
|590| Ce tableau prouve, comme la théorie seuleparaît déjà l’indiquer, que, dans l’état moyende l’atmosphère, la chaleur ne décroit pas uni-formément dans une progression arithmétique.Dans les Cordilières, et ce fait est extrêmementcurieux, on voit le décroissement se ralentirentre 1000 et 3000 mètres, surtout entre 1000et 2500 mètres de hauteur, et puis s’accélérerde nouveau de 3000 à 4000 mètres. Les couchesoù le décroissement atteint son maximum etson minimum, offrent des rapports comme 1 à 2.Depuis la hauteur de Caracas à celle de Popayanet de Loxa, 1000 mètres produisent une dif-férence de 3°.5; depuis Quito jusqu’à la hau-teur de Paramos, les mêmes 1000 mètres fontchanger la température moyenne de plus de 7°.Ces phénomènes tiennent-ils uniquement à laconfiguration des Andes, ou sont-ils l’effet del’accumulation des nuages dans l’Océan aérien?En se rappelant que les Andes forment unénorme massif de 3600 mètres de hauteur, surlequel s’élèvent des pics ou des dômes isoléset couverts de neiges éternelles, on conçoitcomment, depuis le point où la masse de lachaîne diminue si brusquement, la chaleur dé-croît aussi avec rapidité. Il n’est pas faciled’expliquer par une cause analogue pourquoi |591| le refroidissement progressif se ralentit entre1000 et 2000 mètres. Les grands plateaux desCordilières ne commencent qu’à 2600 ou 2900mètres de hauteur, et je pense que la lenteuravec laquelle décroît la chaleur dans la couched’air, entre 1000 et 2000 mètres, est le tripleeffet de l’extinction de la lumière ou de l’ab-sorption des rayons dans les nuages, de la for-mation de la pluie, et de l’obstacle que lesnuages opposent au libre passage du caloriquerayonnant. La couche d’air dont nous parlons, estla région dans laquelle sont suspendus les grosnuages, ceux que les habitans des plaines voientau-dessus de leur tête. Le décroissement de lachaleur, très-rapide depuis ces plaines jusqu’à larégion des nuages, se ralentit dans cette der-nière région; et si ce ralentissement se manifestebeaucoup moins dans la zone tempérée, c’estsans doute parce qu’à égale hauteur, l’effet durayonnement y est moins sensible qu’au-dessusdes plaines brûlantes de la zone équinoxiale.D’ailleurs, dans les deux zones, le refroidisse-ment paraît suivre la même loi dans des couchesd’air d’égale température: mais la force durayonnement varie avec la température des cou-ches rayonnantes. Les résultats que nous venons de discuter |592| méritent la préférence sur ceux que l’on déduitd’observations faites pendant des excursions àla cime de quelques hautes montagnes. Les pre-miers donnent pour la zone équinoxiale (de 0à 4900 mètres), un degré de refroidissementpar 187 mètres (1); pour la zone tempérée(de 0 à 2900 mètres), un degré par 174 mt.;les derniers donnent pour la zone équinoxiale,
(1) C’est le résultat moyen ou la mesure de la distributionde la chaleur dans toute la colonne d’air. Les résultats par-tiels sont pour le dos des Andes 1° de refroidissement, cor-respondant à 170 mètres, entre 0—1000 mèt. de hauteur;à 294 mètres, entre 1000 et 2000 mètres; à 232 mètres,entre 2000 et 3000 mt.; à 131 mt., entre 3000—4000 m.de hauteur; à 180 mètres, entre 4000—5000 mètres. Onreconnaît dans ces nombres, comme dans le tableau donnéci-dessus, l’influence de la région des nuages sur le décrois-sement du calorique. Pour prouver l’utilité de ces rap-ports numériques, je donnerai ici le calcul approximatif dela hauteur du plateau Thibetain, déduit de la températuremoyenne du seul mois d’octobre, qui est, d’après M. Tur-ner, de 5°,7. Comme, par la latitude de Tissoolumbo(latit. 29°), la température moyenne des plaines estde 21°, et qu’au Mont Saint-Gothard, la températuremoyenne du mois d’octobre est même un peu au-dessus decelle de l’année entière, il est probable que le plateau dugrand Thibet excède 2900 à 3000 mètres. Voyez mon Mé-moire sur les montagnes de l’Inde, dans les Annales deChimie et de Physique, 1817.
|593| un degré par 190 mètres; pour les parallèlesde 45° à 47°, un degré de refroidissement par160—172 mètres (1). Cette harmonie est sansdoute bien remarquable: elle l’est d’autantplus, qu’en comparant aux observations sta-tionnaires les observations isolées, on confondl’état moyen de l’atmosphère pendant le courantd’une année, avec le décroissement qui corres-pond à telle ou telle saison, ou à telle ou telleheure du jour. M. Gay-Lussac a trouvé dans sonmémorable voyage aérostatique de o à 7000 m.,un degré par 187 mètres, près de Paris, à uneépoque où la chaleur des plaines était à peu prèségale à celle de la région équinoxiale. C’est àcause de cette égalité observée dans le décroisse-ment du calorique en partant d’une même chaleurnormale des plaines, que les réfractions astrono-miques correspondant à des angles au-dessous de10°, ont été trouvées les mêmes sous l’équateuret dans les climats tempérés. Ce résultat, con-traire à la théorie de Bouguer, est confirmé parles observations que j’ai faites dans l’Amérique
(1) Saussure, pour l’été 160 mt., pour l’hiver 230 mt.,pour l’année entière 195 mètres. M. Ramond, 164 mètres.M. D’Aubuisson, 173 mètres. (Jour. de Phys., T. LXXI,p. 37; De la Form. baromètr., p. 189; et mon Recueild’Obs. astron., T. I, p. 129.)
|594| méridionale, et par celle de Maskelyne à l’îlede la Barbade, calculées par M. Oltmanns.
Nous venons de voir qu’entre les tropiques,sur le dos des Cordilières, on trouve à 2000 m.d’élévation, je ne dirai pas le climat, mais latempérature moyenne de la Calabre et de laSicile: dans notre zone tempérée, par les 46°de latitude, on rencontre à la même élévationla température moyenne de la Laponie (1).Cette comparaison nous conduit à la connais-sance exacte des rapports numériques entre leshauteurs et les latitudes, rapports que l’on trouveindiqués avec peu de précision dans les ouvragesde géographie-physique. Voici les résultats queje trouve d’après les données les plus exactes:dans la zone tempérée, depuis les plaines jus-qu’à 1000 mètres de hauteur, chaque centainede mètres d’élévation perpendiculaire diminuela température moyenne de l’année, de la même
(1) La température variant très-peu pendant l’annéeentière sous la zone équinoxiale, on peut se former uneidée assez précise des climats des Cordilières, en les com-parant à la température de certains mois en France ou enItalie. On trouve dans les plaines de l’Orénoque, le moisd’août de Rome; à Popayan (911 toises), le mois d’aoûtde Paris; à Quito (1492 toises), le mois de mai; dansles Paramos (1800 toises), le mois de mars de Paris.
|595| quantité qu’un changement d’un degré de lati-tude en avançant vers les pôles. Si l’on ne com-pare que les températures moyennes de l’été,les premiers 1000 mètres équivalent à 0°,45.De 40° à 50° de latitude, la chaleur moyennedes plaines décroît en Europe de 7° du ther-momètre centigrade, et ce même décroisse-ment de température a lieu, sur la pente desAlpes de la Suisse, de 0 à 1000 mètres dehauteur.
DIFFÉRENCES de latitude, comparées auxdifférences de hauteur. CHALEUR moyenne de l’année. CHALEUR moyenne de l’été. CHALEUR moyenne de l’automne.
I. Au niveau de la mer: a) Latitude, 40° ... 17°,3. 25° 17°
b) Latitude, 50°.... 10,3 18
II. A la pente des mon-tagnes: a) Au pied, par 46° delatitude....... 12 20 11
b) A 1000 mètres dehauteur........ 5 14,7 6
Ces rapports numériques sont déduits d’ob-servations faites sur la température de l’air.Nous ne pouvons mesurer la quantité de cha- |596| leur produite par les rayons solaires dans leparenchyme des plantes, ou dans l’intérieurdes fruits qui se colorent en mûrissant. Labelle expérience de MM. Gay-Lussac et The-nard, la combustion du chlore et de l’hydro-gène, prouve combien est puissante l’actionqu’exerce la lumière directe sur les moléculesdes corps. Or comme l’extinction de la lumièreest moindre sur les montagnes, dans un airsec et raréfié, le maïs, les arbres fruitiers et lavigne prospèrent encore à des hauteurs, que,d’après nos observations thermométriques faitesdans l’air et loin du sol, on devrait croire tropfroides pour la culture de ces plantes utiles àl’homme. En effet, M. De Candolle, auquel lagéographie des végétaux doit tant d’observationsprécieuses, a vu cultiver dans la France méri-dionale la vigne à 800 mètres de hauteur abso-lue, quand, sous le même méridien, cetteculture avançait à peine 4° de latitude vers leNord; de manière qu’en ne considérant que lesrapports de la physique agricole en France,une élévation de 100 mètres paraîtrait répondrenon à 1°, mais à 1/2 degré en latitude (1).
(1) Voyez mes Prolegomena de distrib. plant., p. 151-163. Les petites différences entre les nombres rapportés
|597| Je terminerai ce Mémoire par l’énumérationdes résultats les plus importans que nous avonsobtenus, MM. de Buch, Wahlenberg et moi, sur ladistribution de la chaleur dans l’intérieur de laterre, depuis l’équateur jusqu’à 70° de latitudenord, et depuis les plaines jusqu’à 3600 mètresd’élévation. Je me bornerai à énoncer des faits.La théorie qui lie ces phénomènes se trouveexposée dans le bel ouvrage analytique dontM. Fourier va bientôt enrichir la philoso-phie naturelle. On mesure la température in-térieure du globe, soit par la température dessouterrains, soit par celle des sources. Cegenre d’observations est très-susceptible d’er-reurs, si le voyageur ne donne pas l’attentionla plus minutieuse aux circonstances localesqui peuvent altérer les résultats (1). L’air re-froidi s’accumule dans les cavernes qui com-
dans les Prolegomena, et dans ce Mémoire rédigé posté-rieurement, doivent être attribués au désir constant que j’aide perfectionner les résultats moyens. (1) Léop. de Buch, dans la Bibliot. brit., T. XIX,p. 263. — Saussure, Voyages, §. 1418. — Wahlenberg, De Veget. Helvet., Pl. LXXVII-LXXXIV. — Gilbert, Annales, 1812, p. 150, 160, 277. — Lambert, Pyromét., p. 296. Le D. Roebuck paraît avoir eu, en 1775, les pre-
|598| muniquent avec l’atmosphère par des ouverturesperpendiculaires. L’humidité des rochers abaissela température par l’effet de l’évaporation. Descavernes peu profondes s’échauffent plus oumoins d’après la couleur, la densité et le mé-lange des couches pierreuses dans lesquelles lanature les a creusées. Les sources indiquent untrop grand abaissement de température, si ellesdescendent avec rapidité d’une hauteur considé-rable sur des couches inclinées. Il y en a sous lazone torride et dans nos climats, qui ne changentpas de température dans toute l’année de deuxou trois dixièmes de degrés: il y en a d’autres quin’indiquent la température moyenne de la terreque lorsqu’on les examine de mois en mois, etqu’on prend la moyenne de toutes les obser-vations.
On remarque que, du cercle polaire à l’équa-teur, et du dos des montagnes vers les plaines,l’accroissement progressif de la chaleur dessources diminue avec la température moyennede l’air ambiant. L’intérieur de la terre est àVadso en Laponie (latit. 70°), 2°,2; à Berlin
mières notions exactes sur la température des sources, etsur ses rapports avec la température moyenne de l’air. Phil.Trans., Vol. LXV, p. 461.)
|599| (lat. 52°.31′), 9°,6; à Paris (lat. 48°.50′),12°; au Caire (lat. 30°.2′), 22°,5. Dansl’Amérique équinoxiale, je l’ai trouvé, dans lesplaines, de 25° à 26°. Voici des exemples de dé-croissement du calorique dans l’intérieur de laterre, depuis les plaines jusqu’à la cime desmontagnes. En Suisse, près de Zurich, sourced’Utliberg (467 mètres), 9°,4. Source duRoffboden au Saint-Gothard (2136 mt.), 3°,5.Entre les tropiques, j’ai trouvé les sources prèsde Cumanacoa (350 mètres), 22°,5; à Mont-ferrate, au-dessus de Santa-Fé de Bogota(3256 mètres), 15°,5; dans la mine de Hual-gayoc, au Pérou (3585 mètres), 11°,8.
Dans les plaines, et jusqu’à 1000 mètres dehauteur, entre les parallèles de 40° à 45°, latempérature moyenne de la terre est à peu prèségale à celle de l’air ambiant; mais les observa-tions très-précises de MM. de Buch et Wahlen-berg, tendent à prouver que dans les hautes lati-tudes, comme vers la cime des Alpes de la Suisse,au-delà de 1400 à 1500 mèt. de hauteur, lessources et la terre sont de 3° plus chaudes quel’air. |600|
Zone de 30° — 55°. Temp. moy.de l’air. Intér. de laterre.
Caire, (lat. 30°.2′) ....... 22°,6. 22°,5.
Natchez, (lat. 31°.28′) ... 18,2 18,3
Charleston, (lat. 33°) ..... 17,3 17,5
Philadelphie, (lat. 39°.56′). 11,9 11,2
Genève, (lat. 46°.12′) ..... 9,6 10,4
Dublin, (lat. 53°.21′) .... 9,5 9,6
Berlin, (lat. 52°.31′) ..... 8,5 9,6
Kindal, (lat. 54°.17′) ..... 7,9 8,8
Keswick, (lat. 54°.33′) ... 8,9 9,2
Zone de 55° — 70°.
Carlscrone, (lat. 56°.6′) ... 7,8 8,5
Upsala, (lat. 59°.51′) ..... 5,5 6,5
Uméo, (lat. 63°.50′) ..... 0,7 2,9
Vadsoc, (lat. 70°) ....... —1,3 2,2.
A Enontekies, par les 68° 1/2 de latitude, ladifférence entre les températures moyennes dela terre et de l’air s’élève à 4°,3. Des différencesanalogues s’observent sur le dos des Alpes, au-dessus de 1400 mètres de hauteur. J’ai ajoutédans le petit tableau suivant les températuresmoyennes de l’atmosphère, en supposant avecM. Ramond le décroissement de 1° pour 164mètres de hauteur, et en plaçant la température zéro (d’après les observations faites à l’hospicedu Saint-Gothard) à 1950 m. d’élévation.
Rigi, Kaltebad (1438m.) Source. 6°,5 Air... 3°,4
Pilate ....... (1481m.) ....... 5,0. ..... 3,0
Blancke Alp .. (1764m.) ....... 3,0. ..... 2,1
Rossboden ... (2136m.) ....... 3,5. ..... —0,9
|601| On pourrait objecter que, dans les Alpes dela Suisse, la chaleur des sources n’a été mesuréeque depuis le commencement de juin jusqu’àla fin de septembre, et que les différences entrel’air et l’intérieur de la terre disparaîtraient peut-être entiérement, si l’on connaissait la tempé-rature des sources dans le courant de l’annéeentière: mais il ne faut pas oublier que lessources des Alpes n’ont pas varié dans l’espacede quatre mois à l’époque des observationsde M. Wahlenberg; que, parmi le petit nom-bre de sources peu abondantes qui offrentdes variations de température dans les diffé-rentes saisons, ces variations s’élèvent déjà,depuis le mois de juin jusqu’en septembre, à6 ou 8 degrés; enfin que beaucoup d’autressources, et surtout celles qui sont très-abon-dantes, ne varient pas, pendant une annéeentière, d’un quart de degré du thermomètrecentésimal. Il me paraît par conséquent assezcertain que, là où la terre reste couverted’une couche épaisse de neiges pendant que latempérature de l’air s’abaisse à —15° ou —20°,la température de la terre est au-dessus de latempérature moyenne de l’air. Lorsqu’on songecombien est vaste la partie du globe couvertepar l’Océan, et qu’on examine la température |602| des couches d’eau les plus profondes (1), onest tenté d’admettre que dans des îlots, le longdes côtes, et peut-être même dans des continensde peu de largeur, la chaleur intérieure de laterre est modifiée par la proximité des couchespierreuses, sur lesquelles reposent les eaux del’Océan. J’ai considéré successivement dans ce Mé-moire la distribution de la chaleur, 1°. à la sur-face du globe, 2°. sur la pente des montagnes,3°. dans l’Océan, 4°. dans l’intérieur de la terre.En exposant la théorie des lignes isothermes, etleurs inflections qui déterminent les différens systèmes de climats, j’ai tâché de réduire lesphénomènes de température à des lois empi-riques; ces lois paraîtront d’autant plus simplesqu’on parviendra peu à peu à multiplier et àrectifier les élémens numériques qui sont les ré-sultats de l’observation.
(1) Elles sont sous l’équateur de 22° plus froides, parles 70° de latitude nord de 9° plus chaudes que la tem-pérature moyenne de l’atmosphère circonvoisine. A Fun-chal, dans l’île de Madère, la température des caves pa-raît être de 16°,2, par conséquent de 4° au-dessous de latempérature de l’air. (Phil. Trans., for 1778, p. 372.)
|Tome III, pag. 602[]|
BANDES ISOTHERMES, ET DISTRIBUTION DE LA CHALEUR SUR LE GLOBE; PAR ALEXANDRE DE HUMBOLDT.
(Les températures sont exprimées en degrés du Thermomètre centésimal: les longitudes sont comptées à l’E. et à l’O. du premier méridien de l’Observatoire de Paris. Les températures moyennes des saisons ont été calculéesde manière que celles des mois de décembre, janvier et fèvrier forment la température moyenne de l’hiver. On a donné le signe ☉ aux endroits don les températures moyennes ont été déterminées avec le plus de précision,ordinairement par des moyennes de 8000 observations. Les courbes isothermes ayant un sommet convexe en Europe, et deux sommets concaves dans l’Asie et l’Amérique orientales, on a indiqué le système de climat auquelappartiennent les différens lieux.)
BANDES isothermes. NOMS des lieux. position en TEMPÉRATURE moyenne del’année. PARTACE DE LA CHALEUR ENTRE DIFFÉRENTES SAISONS. Maximum et Minimum. REMARQUES.
Latitude. Longitude. Hauteur entoises. Température moyennedel’hivor. Température moyenneduprintems. Température moyennedel’été. Température moyennedel’automne. Température moyennedu moisle plus chaud. Température moyennedu moisle plus froid.
Bandes isothermes de 0° à 5°. Nain........ 57°.8′ 63°.40′ O. 0 — 3°,1. — 18°. — 4°,5. + 9°,1. + 0°,8. 11°. — 24°. Côtes du Labrador. Deux années d’obs. Glaces flottantes vers l’est. Système de climat transatlantique.Tempér. moy. d’octobre + 0°,4; novembre — 3°.
Enontekies. ☉ .. 68.30 18.27 E. 226 t. — 2,8 — 17,6 — 3,9 + 12,7 — 2,6 15,3 — 18,1 Centre de la Laponie. Système de climat europ. Belle végétation. (Juin 9°,7. Juillet 15°,3. Août 13°,3.Sept. 5°,4. Oct. — 2°,5. Nov. — 10°,9.) Intérieur des terres. Type d’un climat continental.
Hospice du Saint-Gothard..... 46.30 6.3 E. 1065 t. — 0,9 — 7,6 — 3,1 + 7,2 — 0,1 7,9 — 9,4 Onze ann. d’obs., calculées de nouveau par décades par Wahlenberg. Therm. vérifié par Saussure. Temp.moy. de 7 mois de l’année au-dessous de 0. Vents d’Italie en hiver. Min. observé en hiver — 18°. Enaoût à midi, maxim. à l’ombre 12°,5. Les nuits d’août souvent de + 1° à — 1°,5 La temp. moy. d’oc-tob. — 0°,5 représente celle de l’année entière. Au col de Géant, haut. 1763 t., temp. moy. de juillet+ 2°,5. On trouve la temp. moy. zéro en Europe, par les 45° de lat., à 900 t. de haut., au parallèledes îles Canaries, à 2050 toises dans les Andes sous l’equateur, à 2750 toises.
Cap Nord. (IleMageroc.) ... 71.0 23.30 E. 0 + 0,0 — 4,6 — 1,3 + 6,3 + 0,1 8,1 — 5,5 Buch, Voy. en Norw., T. II, p. 416. Type d’un clim. des îles et des côt. dans le N. de l’Europe. Avr. — 1°,1.mai + 1°,1; oct. 0°; nov. —3°,4. (A Alten, lat. 70°. Temp. moy. de juillet 17°,5. Climat continental.)
Uléo. ☉...... 65.3 23.6 E. 0 + 0,6 — 11,2 — 2,7 + 14,3 + 2,2 16,4 — 13,5 Finlande. Côtes orientales. (Mai 4°,9. Juin 12°,8. Juillet 16°,4. Août 13°,7. Septemb. 8°,1. Octobre 3°,7.Nov. — 4°,1.) Julin et Buch.
Uméo. ☉..... 63.50 17.56 E. 0 + 0,7 — 10,6 + 1,0 + 12,7 + 0,8 17,0 — 11,4 Côtes orien. de la Westro-Botnie. Dr. Nœzen. Mars — 4°,9. Avril + 1°,1. Oct. + 3°,4. Nov. — 4°.1.
Pétersbourg. ☉. 59.56 27.59 E. 0 + 3,8 — 8,3 + 3,4 + 16,7 + 3,7 18,7 — 13,0 Euler. (Tempér. moy. de l’année 3°,3. Inochodzow. Act. Petr., T. XII, p. 519-533.)
Drontheim.... 63.24 8.2 E. 0 4,1 — 4,6 1,8 16,3 4,5 18,3 — 6,9 Deux années. (Berlin, dans les Mém. de l’Acad. de Drontheim, Tom. IV, pag. 216.) Avril + 1°,3.Mai 10°,4. Oct. 4°,0. Nov. — 2°,4. Climat des côtes occid. de l’Europe.
Moskou...... 65.45 35.12 E. 145 t. + 4,5 — 11,8 + 6,7 + 19,5 + 3,5 21,4 — 14,4 Quatre années. Journ. de Phys., T. XXXIX, p. 40. Climat continental. Hiver plus froid, été pluschaud qu’à Pétersbourg. Est de l’Europe. Elévation du sol d’après Stritter (Chamouny, lat. 46°.1′;long. 3°.48′ Est; hauteur 528 toises; temp. moy. 4°).
Abo......... 60.27 19.58 E. 0 + 4,6 — 6,2 + 3,5 + 16,6 + 4,8 Douze ann. Kirwan. (Cotte, t. m. de l’an. 5°,1; celle de l’été 19°,7 trop forte.) Côtes occid. de Finlande.
Bandes isothermes de 5° à 10°. Upsal. ☉ ..... 59.51 15.18 E. 0 5,6 — 3,9 4,1 15,7 6,0 16,9 — 5,3 Observ. de 1774-1804, faites par Mallet, Prosperin, Holmquist et Schilling, calcul. par M. de Buch.(Voy. en Norw., T. II, p. 309.) Peut-être l’endroit dont la tempér. moy. est le mieux déterminée.Hivers plus sereins qu’à Stockholm, plus froids à cause du rayonnement du sol et de l’air.
Stockholm. ☉.. 59.20 15.43 E. 0 5,7 — 3,6 3,5 16,6 6,2 17,8 — 5,1 Trente-neuf années d’obs., dont quinze très-bonnes. Wargentin (Cotte, temp. moy. de l’année 6°,8.)Cinq mois au-dessous de 0°, comme à Pétersbourg.
Quebec. ... 46.47 73.30 O. 0 5,4 — 9,9 3,8 20,0 7,8 23,0 — 10,1 Quatre années. Système de climats transatlantiques.
Christiania.... 59.55 8.28 E. 0 6,0 — 1,8 3,9 17,0 5,1 19,3 — 2,0 Buch, deux années. Souvent tempér. moyenne de l’hiver à peine — 0°,5. Côtes occidentales.
Couvent de Peys-senberg. ☉ ... 47.47 8.14 E. 511 t. 6,1 — 1,9 5,6 14,7 6,1 15,2 — 1,0 Alpes de la Bavière. Six années d’observ. calculées par M. Wahlenberg. Beaucoup d’arbres fruitiers.(Couvent de Tegernsée en Bavière, haut. 582 t. Seule année 1785, temp. moy. 5°,8. Peyss. 5°.0.)
Copenhague. ☉ 55.41 10.15 E. 0 7,6 — 0,7 5,1 17,0 9,1 18,7 — 2,7 Bugge. Trois mois au-dessous de zéro. (Sous l’équat. 7° de temp. moy. à 2000 t. de haut.)
Kendal. ☉..... 54.17 5.6 O. 0 7,9 + 2,7 7,3 13,8 7,9 14,5 + 1,6 Dalton. Ouest de l’Angleterre. Climat des îles. Sources 8°,8. (Keswick, lat. 54°.33′; long. 5°.23′. O.Temp. moy. 8°,9. Sources 9°,2.)
(Iles Malouines.) 51.25 62.19 O. 0 8,3 + 4,2 8,1 11,7 9,2 13,2 + 3,0 Kirwan, à peine 2 années d’observations. La latitude est australe.
Prague. ☉..... 50.5 12.4 E. 0 9,7 — 0,3 8,7 20,5 10,1 Strnadt, 15 années. Climat continental de l’Europe.
Gottingue..... 51.32 7.33 E. 76 t. 8,3 — 0,9 6,8 18,2 9,3 19,1 — 1,3 Maier.
Zurich. ☉..... 47.22 6.12 E. 225 t. 8,8 — 1,3 9,0 17,8 9,4 18,7 — 2,9 Six années d’observ. de M. Escher, calculées par Wahlenberg. La ville est située dans un bassin, auqueln’arrivent pas les vents chauds, qui, dans le reste de la Suisse, rendent les hivers plus tempérés.
Edimbourg. ☉.. 55.57 5.30 O. 0 8,8 + 3,7 8,0 14,6 9,2 15,2 + 3,5 J’ai calculé 6 ann. des belles obs. de M. Playfair. Pendant ce temps, le ther. n’a jamais été vu au-dessusde 24°,3. (La végétation dure du 20 mars au 20 oct. La t. m. de ces 7 mois est de 13°,2 à 10°,5, selon queles années sont plus ou moins fertiles. Le froment ne mûrit pas si la temp. moy. descend à 8°,7.)
Varsovie...... 52.14 18.42 E. 0 9,2 — 1,8 8,6 20,6 9,7 21,3 — 2,7 Guittard, seulement 3 années. Temp. un peu trop forte. Europe orientale. Climat continental.
Coire. ☉...... 46.50 7.10 E. 312 t. 9,4 + 0,2 10,0 17,4 10,2 18,1 — 1,4 Quatre années d’obs. de M. de Salis Sewis, calcul. par M. Wahlenberg. Montagnes des Grisons.
Dublin....... 53.21 8.39 O. 0 9,5 + 4,0 8,5 15,3 10,0 16,2 + 1,9 Kirwan. Irish. Trans., T. VIII, p. 203 et 269. Type d’un climat des îles. Les jours les plus froids —5°.Intérieur de la terre 9°,6. Hamilton.
Berne........ 46.56 5.6 E. 275 t. 9,6 0,0 9,4 19,2 9,9 19,6 — 0,8 Le climat de Berne est un climat continental, en le comparant à celui de Genève. Pas de lac voisin.
Genève. ☉.... 46.12 3.48 E. 180 t. 9,6 + 1,5 8,7 18,3 10,0 19,2 + 1,2 Sept années d’obs. (Saussure, temp. moy. 10°,4. Voy., § 1418. Je trouve de 1796-1815; temp.moy. 9°,88.) Intér. de la terre, 11°,1. (Pictet, Bibl. brit., 1817, T. IV, p. 109.)
Manheim. ☉... 49.29 6.8 E. 72 t. 10,1 + 1,0 9,8 19,5 9,9 20,4 0,8 Six années.
Vienne....... 48.12 14.2 E. 70 t. 10,3 + 0,4 10,7 20,7 10,3 21,4 — 3,0 Autriche. (Berlin, lat. 52°.31′. T. m. probablement 8° à 8°,5 D’après Beguelin, 9°,3. Sources 9°,6. Ra-tisbonne, lat. 49°.0′; haut. 184 t.; temp. moy. 8°,7. Munich, lat. 48°.8′; haut. 268 t.; temp. m. 10°,4.)
Bandes isothermes de 10° à 15°. Clermont. ☉... 45.46 0.45 E. 210 t. 10,0 + 1,4 10,3 18,0 10,7 19,0 — 2,2 Ramond, 7 années d’excellentes observat. On connaît surtout avec une grande précision les moyennesdes mois à midi, qui sont: hiver 4°,4, printems 13°,9, été 21°,6, automne 14°,4. (Mèm. de l’Inst., 1812, p. 49.) Cotte, temp. moy. 10°,7.
Bude. ☉...... 47.29 16.41 E. 79 t. 10,6 — 0,6 10,6 21,4 11,3 22,0 — 2,4 Wahlenberg. Flora Carp., p. XC. Climat continental. Hauteur de l’Observatoire 79 toises.
Cambridge.... 42.25 73.23 O. 0 10,2 + 1,1 8,7 21,5 9,9 22,7 — 1,2 Deux années, près de Boston dans la Nouvelle-Angleterre. Climat transatlantique. Le thermomètredescend quelquefois — 17°,5.
Paris. ☉...... 48.50 0.0 37 t. 10,6 + 3,7 9,6 18,1 10,8 18,5 + 2,3 Onze ann. (1803-1813) d’obs. faites à l’Observat. Un plus grand nombre d’années donnera peut-être lat. m. un peu plus forte. Caves, 11°,7. Kirwan trouve pour Paris, par 7 ann. d’observat. d’inégale va-leur, 10°,9; il s’arrête à 11°,5. Cotte, par 29 années d’obs. (Journ. de Phys., 1782, juillet), 11°,8.Cotte, par 33 ann., 1763-1781 (Mém. de l’Inst., T. IV, p. 266), 11°,3. L’année extraordinairede 1816 offre, t. m., 9°,3 (hiv. 2°,8, pr. 9°,4, été 15°,3, aut. 10°,0. L’ann. précédente, celle de 1815,offrait, t. m., 10°,4: hiv. 2°,8, pr. 11°,5, été 17°,1, aut. 10°,4. Arago. (T. m. de Montmorency, par33 ann., 10°,4; haut. 83 t. Cotte: Strasbourg, lat. 48°.34′; haut. 80 t.; t. m. 9°,6. Herrenschneider.)
Londres. ☉.... 51.30 2.25 O. 0 10,2 + 4,2 9,2 17,3 10,1 18,0 + 3,2 Thomas Young. La tempér. moyenne varie de 8°,8 à 10°,9 (Lectures, T. II, p. 53) Cavendish(Trans. 1788, p. 61) 9°,3. Roebuck, Hunter et Kirwan 10°,9. Horsley 10°,7. (D’après Kirwan, lesquatre saisons, à Londres: 4°,2, 10°,5, 18°,2, 11°,1; à Paris: 2°,6, 10°,6, 18°,8, 11°,4, d’où résulteLondres 10°,9, Paris 10°,8. Cotte, Journ. de Phys., T. XXXIX, p. 36, croit Londres 10°,7,Paris 11°,3). Les différences que l’on observe dans les plantes soumises à la culture, dépendent moinsdes temp. moy. que de la lumière directe et de la sérénité du ciel.
Dunkerque.... 51.2 0.2 E. 0 10,3 + 3,6 9,2 17,8 10,5 18,2 + 3,2 Sept années. Cotte (Lille 9°,1; Rouen 10°,8; Cambray 11°,1; Soissons 11°,9; Rethel 11°,8; Metz 11°,6;Nancy 11°,1; Etampes 10°,6; l’Aigle 10°,5; Brest 12°,3; Mayenne 11°,1.)
Amsterdam.... 52.22 2.30 E. 0 10,9 + 2,7 10,9 18,8 10,9 19,4 + 1,9 Mohr et Van-Swinden, 5 années.
Bruxelles...... 50.50 2.2 E. 0 11,0 + 2,6 11,8 19,0 10,6 19,6 + 2,0 Treize années. Température un peu trop forte?
Franecker. ☉... 52.36 4.2 E. 0 11,0 + 2,6 10,6 19,6 12,4 20,6 + 0,5 Onze années. Van-Swinden. De 1771-1783. Température moyenne 10°,7.
Philadelphie... 39.56 77.36 O. 0 11,9 + 0,1 10,8 23,3 13,6 25,0 + 0,4 Sommet concave transatlantique. Sept années d’obs. donnent 12°,7 (pour les 4 saisons: + 1°,1; 11°,7;24°,0; 13°,4). Rush 11°,4 (Drake vew of Cinc., p. 116). Coxe 12°,3. M. Legaux trouve par 17 années,pour Springmill sur le Schuylkill, lat. 40°.50′. T. m. 11°,9. Sources près Philadelphie 12°,7. Warden.
New-Yorck.... 40.40 76.18 O. 0 12,1 — 1,2 10,7 26,2 12,5 27,1 — 3,7 Seulement 2 années. Rétif de la Serve. Le thermom. descend quelquefois à — 20° dans le parallèle deNaples! Sources 12°,7. (Ipswich, lat. 42°.38; température moyenne 10°,0. Williamsbourg en Vir-ginie 14°,5. Cotte et Kirwan). Système de climats transatlantiques.
Cincinnati. ☉.. 39.6 85.0 O. 84 t. 12,1 + 0,5 12,3 22,7 12,7 23,5 — 1,0 Système de climats transatlantiques, à l’O. des Alleghanys. Bonnes obser. de 1806-1813. Col. Mansfield.(Drake, p. 93.) Min. en hiver de — 15° à — 23°; même (8 janvier 1797), — 27° par les 39° de lati-tude! Max. 32° — 42° à l’ombre sans reflet. Vent sud-ouest, le tiers de tous les vents. Sources près Cin-cinnati 12°,4. Il tombe peu de neige, mais elle est abondante entre lat. 40° — 42°.
Saint-Malo..... 48.39 4.21 O 0 12,3 + 5,7 11,2 18,9 13,2 19,4 + 5,4 Trois années seulement. Bougourd (Dijon, hauteur 135 toises; latitude 47°.19′; temp. moyenne 10°,5.Besançon, hauteur 134 toises; lat. 47°.14′; temp. moy. 10°,7.)
Nantes....... 47.13 3.52 O. 0 12,6 + 4,7 12,5 20,3 13,1 21,4 + 3,9 Six années. Duplessis et Boudan. La temp. de l’été trop forte? La Rochelle 11°,7. Poitiers 11°,5.
Pékin........ 39.54 114.7 E. 0 12,7 — 3,1 13,5 28,1 12,4 29,1 — 4,1 Amyot, 6 années. Sommet concave asiatique. Trois mois au-dessous de 0°, comme à Copenhague; l’étécomme à Naples.
Milan. ☉..... 45.28 6.51 E. 65 t. 13,2 2,4 13,4 22,8 13,8 23,7 2,3 Un des points les mieux déterminés: j’ai fait calculer par décades les années 1789-1812. Obser. de l’as-tronome Reggio: avr. 13°,2, oct. 14°,5. Les deux décades qui rapprochent le plus de la t. m. de l’an-née, sont la première d’avril (11°,8), et la dernière d’octobre (12°,6). Les t. m. de janv. ont variéen 10 ans de — 3°,9 à + 3°,6; celles de juill., de 21°,9 à 25°,8; les moy, des ann., de 12°,5 à 14°. (Reg-gio, en ne prenant que 24 max. et min. par an pour 1763-1798, t. m. 13°,0. Ephém. Mil. 1779, p. 82.)
Bordeaux..... 44.50 2.54 O. 0 13,6 5,6 13,6 21,6 13,5 22,8 5,0 Dix années. Guyot. Lyon (88 toises), 13°,2. (Mafra près Lisbonne, lat. 38°,52′; haut. 100 toises; temp.moy. 13°,5 bien petite. Mém. de Lisbonne, T. II, p. 105-158.)
Bandes isothermesde 15° à 20°. Marseille...... 43.17 3.2 E. 0 15,0 7,5 14,2 22,5 15,6 23,7 6,9 Sept années (1777-1782). Saint-Jaques de Sylvabelle. Le therm. descend quelquefois à — 5°. (Cotte, Traité de Mét., T II, p. 420): 34 années (Raymond, dans Mém. de la Soc. de Méd., 1777, p. 86.)donnent 16°,7. Cotte, Journ. de Phys., T. XXXIX, p. 21, s’arrête à 14°,8; Kirwan à 16°,3. Les obs.faites à l’Observatoire royal de Marseille pourront seules décider.
Montpellier.... 43.36 1.32 E. 0 15,2 6,7 13,7 24,3 16,1 25,7 5,6 Dix années. (Nismes 15°,7; Perpignan 15°,3; Tarascon 15°,5; Arles 15°; Rieux 14°; Montauban 13°,1;Tonains 12°,7; Dax 12°,3; Rodez 13°,9; Aix 13°,7.) Sous l’équat. 14°,3 à 1500 t. de hauteur.
Rome. ☉...... 41.53 10.7 E. 0 15,8 7,7 14,3 24,0 17,1 25,0 5,7 Guillaume de Humboldt (Calandrelli 15°,6). Le ther. descend quelquefois à — 2°,5, et monte à 37°,5.Naples 19°,5; Toaldo (je pense au plus 17°,5). Florence 16°,4; Tartini (trop fort); Lucques 15°,8;Gènes 15°,7; Bologne 13°,5; Vérone 13°,2; Venise 13°,6; Padoue 13°,5. (Kirwan regarde comme très-sûr qu’en Europe, la températ. moy. par lat. 40° est de 16°, 6; par latitude 50°; de 11°,4.)
Toulon....... 43.7 3.30 E. 0 16,7 9,1 16,0 23,9 18,0 25,0 8,0 Seulement 2 années. Barberet et d’Angos. Abrité par les montagnes. Evaluation un peu trop forte?
Nangasacki.... 32.45 127.35 E. 0 16,0 4,1 14,2 28,3 17,9 30,5 3,0 Japon. Une année. (Voy. de Thumberg, p. 121. Climat des îles.) Sous l’équat. 18° à 1000 t. de haut.
Natchez. ☉.... 31.28 93.50 O. 30 t. 18,2 9,2 18,6 26,2 18,9 26,5 8,3 A l’ouest des Alleghanys, en Louisiane. Quatre années. Dunbar. Syst. de climats transatlantiques.
Bandesisotherm.de 20° à25°. Funchal. ☉.... 32.37 19.16 O. 0 20,3 18,0 18,8 22,5 22,4 24,2 17,8 Madère. Heberden. Climat des îles. (Sainte-Croix de Ténériffe 21°,9. Le reste de l’île de Ténériffe dansles plaines, 20°,7. Buch.)
Alger........ 36.48 0.41 E. 0 21,1 16,4 18,7 26,8 22,5 28,2 15,6 Observations anciennes de Taitebout. Elles paraissent bonnes. (Bagdad, lat. 33°.19′; d’après Beau-champs, 23°,2. Les quatre saisons 10°,4, 23°,7, 33°,7, 25°.0, mais reflet d’une maison. Lethermomètre baisse à — 1°,2.) Sous l’équat. à 500 t. de haut. t. m. 21°,8.
Bandes au-dessus de 25°. Caire. ☉...... 30.2 28.58 E. 0 22,4 14,7 23,1 29,5 21,9 29,9 13,4 J’ai fait calculer les observations de Nouet (Décade, T. II, p. 213). Voici les temp. moy. des 12 mois:14°,5; 13°,4; 18°,1; 25°,5; 25°,7; 28°,7; 29°,9; 29°,9; 26°,2; 22°,4; 17°,2; 16°,3. (Niebuhr 22°,6).Temp. du puits Saint-Joseph 22°,5. Hypogées de Thèbes 27°,5. Puits de la grande Pyramide envi-ronnée de sables 31°,2. Jomard. (Abushœr, sur le golfe Pers. t. m. 25°,5; hiv. 17°,8; été 32°,7; juill 34°.).
Veracruz. ☉... 19.11 98.21 O. 0 25,4 22,2 25,5 27,5 25,9 27,7 21,7 Orta. Humboldt. Nouv. Esp., T. IV, p. 516. (Jamaïque, côtes 27°. Blagden.)
Havane. ☉..... 23.10 84.33 O. 0 25,6 21,8 26,1 28,5 26,1 28,8 21,1 Ferrer, 1810-1812 (Con. des tems, 1817, p. 338). Puits de 10 pieds de profond., l’air 24°,4; l’eau 23°,6.En 1812, max. (14 août) 30°,0; min. (20 fév.) 16°,4. Grottes 27°,5. Humb., Obser, astr., T. I, p. 134.
Cumana. ☉.... 10.27 67.35 O. 0 27,7 26,8 28,7 27,8 26,8 29,1 26,2 Humboldt. (Pondichéry 29°,5; Madras 26°,9; Manille 25°,6; Ile-de-France, côtes 26°,9.)

Tafeln