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Alexander von Humboldt: „Mémoire sur la fixation des limites des Guyanes françoise et portugaise“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1818-Memoire_sur_la-1> [abgerufen am 05.02.2023].

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https://humboldt.unibe.ch/text/1818-Memoire_sur_la-1
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Titel Mémoire sur la fixation des limites des Guyanes françoise et portugaise
Jahr 1818
Ort Paris
Nachweis
in: Friedrich Schoell (Hrsg.), Archives historiques et politiques, ou recueil de pièces officielles, mémoires et morceaux historiques, inédites ou peu connus, relatifs à l’histoire des 18e et 19e siècles […], 3 Bände, Paris: Librairie Grecque-Latine-Allemande 1818–1819, Band 1 (1818), S. 48–58.
Sprache Französisch
Deutsche Übersetzung dieses Textes
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: III.52
Dateiname: 1818-Memoire_sur_la-1
Statistiken
Seitenanzahl: 11
Zeichenanzahl: 13546

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MÉMOIRESURLA FIXATION DES LIMITESDESGUYANES FRANÇOISE ET PORTUGAISE, Par M. le Baron Alexandre de HUMBOLDT.


Vous avez bien voulu me consulter sur les dif-ficultés qui se sont élevées à l’occasion de la fixa-tion des limites des Guyanes françoise et portu-gaise, conformément à l’art. 107 de l’acte du congrèsde Vienne. Je ne puis vous offrir, Monsieur, queles conseils d’un homme de lettres, qui, pendantde longues années, s’est occupé de la géographieastronomique des pays renfermés entre l’Orénoque,le Rio Negro et la rivière des Amazones. Entière-ment étranger à la connoissance des affaires diploma-tiques, je n’ose me permettre que de foibles doutessur tout ce qui a rapport à l’interprétation destraités. Je n’ai été à l’Orénoque qu’au point de sabifurcation près de la mission de l’Esméralda; au |49| Rio Negro, qu’au fortin de San Carlos, beaucoupau-dessus du Rio de Aguas Blancas, vulgairementappelé Rio Branco ou Parime; à la rivière des Amazones, qu’au-dessus du Pongo del Manseriche dans la province de Jaen de Bracamoros. Tous cespoints sont très-éloignés du terrain qui fait l’objetde la contestation actuelle; mais ayant, sous lesauspices de S. M. C., pris des renseignemens exactssur les travaux de l’expédition des limites entrela Guyane espagnole et la Capitania do Rio Negro,j’ai appris à connoître sur les lieux les difficultésque le désir d’atteindre une exactitude chimérique,des instructions vaguement énoncées, et surtoutles haines nationales, opposent au succès des en-treprises les moins compliquées. Voici les quatre questions qu’on m’a adressées: 1.° Pourra-t-on désigner un dégré de longitudesans déterminer le parallèle de latitude? 2.° Si l’intersection de deux grands cercles estnécessaire pour fixer la longitude d’un lieu quel-conque, quel parallèle devroit-on adopter dans lesens précis des traités allégués, afin qu’il n’y eûtrien de vague et d’indéterminé? 3.° Comment devroit-il être rédigé l’article quiénonçât une ligne provisoire, laquelle doit êtredéfinitivement déterminée dans le délai d’un an? 4.° Quelles sont les instructions dont on pourrapréalablement convenir, et d’après lesquelles onse flatteroit de voir terminée à l’amiable, et bonafide, la démarcation des deux Guyanes? |50| Ad n.° 1. Lorsqu’il s’agit d’une île ou d’une péninsule pro-longées de l’est à l’ouest, la fixation d’un simpleméridien peut servir comme limite, les côtes oules contours de l’île ou de la presqu’île servant àcirconscrire le reste de l’area. Dans tout autre cas,le principe provisoire du 322e degré ne peut êtreaccepté, si l’on ne fixe pas en même temps un pa-rallèle, un degré de latitude par lequel la limiteméridionale de la Guyane françoise doit être tracéedepuis le méridien du 322° jusqu’à la rive gauchedu Rio Oyapock. Ce que M. le chevalier de Brito a énoncé dans sa note du 23 juillet 1817 sur lanécessité de déterminer, outre le méridien, un pa-rallèle, est parfaitement exact. Ad n.° 2. L’art. 8 du traité d’Utrecht étoit très-vague-ment énoncé. La cession va jusqu’au Rio Japoc ou Vincent Pinçon; or, il y a une différence deprès de deux degrés en latitude entre le Rio Pin-çon et le Rio Japoc ou Oyapock, appelé ancien-nement Wiapoco par les navigateurs hollandois.Le Rio Pinçon débouche au nord de l’île Maraca;on ne le trouvoit déjà plus, ni sur la carte de d’An-ville, ni sur celle de la Cruz Olmedilla. La der-nière indique seulement le cap Saint-Vincent, là |51| où l’on supposoit anciennement le Rio VincentPinçon. La carte dessinée aux archives militairesà Rio Janeiro en 1816, et que vous avez bienvoulu me communiquer, Monsieur, donne,comme d’Anville, au Rio Pinçon, le nom de Maia-care. La suppression du nom de Pinçon ne sefonde-t-elle que sur l’incertitude de savoir où Vicente Yanez Pinçon et son frère Arias Pinçon avoient débarqué? M. Brué, dans sa carte de l’Amé-rique méridionale, a rétabli le Rio Pinçon. L’erreurcommise par les négociateurs de la paix d’Utrecht peut avoir été fondée sur les fausses dénomina-tions des caps de cette côte. L’Oyapock déboucheau nord du cap Orange, comme le Rio Pinçon aunord du cap Nord; or, jusqu’à la fin du 17e siècle,les géographes donnoient quelquefois le nom de cap Nord au cap Orange. Laet dit expressément,dans Americæ utriusque descriptio, 1633, p. 636: Promontorium quod sinum ab ortu claudit in quemflumen Wiapoco (Oyapock) aliique minores am-nes egrediuntur, appellatur ab Anglis cabo deCorde, à nostratibus cap d’Orange, et non rarocabo di Nord. C’est ainsi que l’on confondoit an-ciennement, sur cette même côte, l’embouchurede l’Orénoque et de l’Orellana (Herera Decades, t. 2, p. 14). Depuis la paix d’Utrecht jusqu’à celled’Amiens et le congrès de Vienne, il pouvoit êtredouteux où passoit la ligne de démarcation; maisl’art. 107 de l’acte du congrès ne laisse aucundoute; il désigne clairement le Rio Oyapock |52| comme limite; il n’est plus question du Rio Vin-cent Pinçon; et si l’on cite le traité d’Utrecht, c’estpour assurer à S. M. R. F. la possession des terresdu Cap Orange et du Cap Nord. Or, si le Rio Oyapock doitservir de limite, jusqu’où faut-il le remonter pourtirer le parallèle qui ira rencontrer le méridiende 522° à l’est de l’île de Ferro? Voilà un pointqui n’est pas du ressort du géographe. Vous pro-posez, Monsieur, le confluent du Camope avecl’Oyapock, et plus tard le parallèle de 3°. Si j’avoisà défendre les droits de la France, j’objecteroisque le traité d’Utrecht et le 107e article du congrèsde Vienne ne fixent pas l’embouchure de l’Oya-pock, mais simplement cette rivière même (le coursde cette rivière) comme limite. «On restituera«jusqu’à la rivière d’Oyapock dont l’embouchure«est située entre les 4e et 5e degrés de latitude sep-«tentrionale, limite que le Portugal a toujours«considérée comme celle qui avoit été fixée par«le traité d’Utrecht.» Ces mots, limite qui ....ont été ajoutés pour qu’il ne soit plus question du Rio Vincent Pinçon; mais toute la phrase, si jene me trompe, a rapport au Rio Oyapock, à soncours et non à son embouchure. On propose le parallèle du 5°. Le partage deseaux paroît être douze lieues plus au sud, nond’après la carte de M. Buache (Guyane françoise an 6), mais d’après celle de M. le Blond, qui a étéau-delà du confluent du Suacari avec l’Oyapock.On croit les sources de cette rivière par les 2° 24′. |53| Il s’agit d’un terrain éloigné de 30 à 40 lieues descôtes, où il n’y a aucun établissement françois etportugais. Je ne doute pas que des négociateurszélés pour le bien public ne s’entendent facilementsur cette distance de douze lieues en latitude. J’aivu de près ces pays déserts dont les souverains del’Europe se disputent la possession sur la carte. Amoins que la civilisation ne fasse des progrès plusrapides qu’aux États-Unis, les pays entre l’Oya-pock, le Maroni et le Rio di Aguas Blancas ne serontpas de sitôt soumis à la culture. Cette culture nemarche que lentement des côtes vers l’intérieur,et la Guyane françoise, fût-elle même limitée parle meridien de 322° et le parallèle du Rio VincentPinçon, n’en seroit pas moins exclue de ce quel’on appelle fastueusement le commerce du Rio Ne-gro. Ce commerce ne peut se faire que par le RioBranco (ou de Aguas Blancas) dont les rives sau-vages resteroient éloignées de cent douze lieuesde la nouvelle frontière. De plus le Portugal,qu’auroit-il à craindre de quelques pirogues char-gées de cacao qui tenteroient de descendre par le Rio Branco au Rio Negro? L’Espagne possède unebelle partie du Rio Negro même; et quel com-merce les Espagnols de Maroa, de Davipe et de San Carlos peuvent-ils faire en descendant la ri-vière a travers les possessions portugaises? L’in-térieur de la Guyane françoise offre sans doute unpays très-digne d’être exploité, mais les produc-tions de cette partie ne trouveront toujours d’autre |54| débouché que par les côtes entre l’Oyapock et le Maroni. Tout ce que la France possédera au-delàdu partage des eaux, au-delà du versant vers lesud et vers l’ouest, ne sera d’aucune importancecommerciale, puisqu’elle ne possède pas en mêmetemps les rives du Rio Branco et l’embouchuredes Amazones. Ad n.° 3. Les limites purement astronomiques n’offrentde l’avantage que dans des pays bas, unis, décou-verts, et qui n’offrent aucun point de démarca-tion naturelle. Dans la Guyane, le cours des ri-vières, les chaînes des montagnes, les partagesd’eau m’auroient paru présenter les limites les plusavantageuses. Dans le bassin de la Louisiane, ons’est beaucoup servi récemment de parallèles pourlimites, parce que les déterminations de latitudesont faciles à faire, et que ces parallèles abou-tissent à des rivières qui vont du nord au sud. Lafixation des limites par des méridiens suppose plusd’habileté dans les commissaires, et surtout plusde bonne foi pour ne pas rendre interminables lescontestations qui s’élèvent. Si le méridien de 322°à l’est de Ferro doit servir de limite, il sera pru-dent d’ajouter, en supposant le Parà ou Cayenne à telle ou telle longitude. Votre carte place Cayenne 325° 34′, et Parà 329° 22′, ce qui donne 54° 26′ et50° 38′ à l’occident de Paris; tandis que les tables |55| du bureau de longitude donnent pour Cayenne et Parà 54° 35′ et 51° 0′. La différence pour Cayenne n’est pas très-importante, mais celle de Parà estd’un demi-degré, et s’étend au-delà du cap Nord.On évitera cette confusion en disant dans le traité:«Par un méridien qui passe 3° 34′ ou 3° \( \frac{1}{2} \) à l’ouest«de Cayenne Si l’on reconnoissoit tout le cours de l’Oyapock pour limite, on pourroit, dans la crainte que lessources de l’Oyapock fussent beaucoup plus ausud qu’on ne le pense, rédiger l’article de la ma-nière suivante: «La limite passera le long de«l’Oyapock, depuis son embouchure jusqu’à sa«source, si cette source n’est ni plus méridionale«ni plus septentrionale que 2° 24′; de cette source,«elle suivra un parallèle jusqu’au point où ce«parallèle sera coupé par le méridien de 322° à«l’est de l’île de Fer (en supposant Cayenne par«les 325° 25′).» La rédaction sera la même siM. le chevalier de Brito s’arrête au parallèle de3° de latitude. Ad n.° 4. Que la détermination du point de longitude sefasse par des distances lunaires, des observationsdes satellites de Jupiter, ou par le transport dutemps, il sera toujours nécessaire de prescrire auxcommissaires les limites des erreurs qu’ils peu- |56| vent commettre. Les chronomètres, à cause duchangement de leur marche diurne dans un trajetde terre, présenteront une ample matière à con-testation. Les distances lunaires offrent un moyenabsolu et facile à vérifier, en répétant l’observa-tion un grand nombre de fois. Les officiers de lamarine royale des deux nations sont très-exercésà ce genre d’observations; et, pour ne pas attendred’Europe des observations du passage de la lunepar le méridien de Paris ou de Greenwich, il fautconvenir «de regarder les tables lunaires comme«exemptes d’erreurs.» On calculera les distancesorientales et occidentales de la lune au soleil etaux étoiles, d’après la Connoissance des temps pu-bliée par le bureau des longitudes, et l’on s’arrê-tera «lorsque les résultats moyens des séries de«différens jours s’accordent à \( \frac{1}{6} \) ou \( \frac{1}{4} \) du degré«près.» Exigera-t-on des commissaires qu’ils parcourentle méridien de 322° depuis la limite de la Guyanehollandoise, ou les 3° 15′ de latitude jusqu’au pa-rallèle de 3° ou de 2° 24′? Le trajet du nord ausud est très-court, mais il les conduira dans unpays qui n’a été traversé par aucun Européen, qua-rante lieues à l’ouest du Maroni, entre le Maroni et le Rio Esquibo, près des nègres révoltés du Su-rinam. C’est l’inconvénient des limites astrono-miques qui sont les moins naturelles de toutes!On suit facilement le cours d’une rivière, mais |57| on transporte avec mille dangers des instrumensdans un pays désert. Il faut se rappeler que, danscette partie occidentale de la Guyane, il n’y a quedeux routes; l’une qui suit le cours du Maroni,et l’autre qui remonte le Rio Branco et le Sarauri pour entrer par un portage (par le Rio Rapunuiri)dans le Rio Esquibo. C’est sur cette dernière routeque par l’Amazone, le Rio Negro, le Rio Branco et le Sarauri, on va par l’Esquibo, du Parà à Su-rinam. Le traité d’Amiens prolongeoit un paral-lèle jusqu’au Rio Branco; si l’on persiste à regar-der le 322e degré de longitude comme la limiteoccidentale de la Guyane françoise, il faudra peut-être se borner à fixer, par des observations astro-nomiques, l’intersection de ce méridien et du pa-rallèle servant de limite australe. Telles sont les considérations auxquelles jem’arrête. Dès qu’on est sûr de couvrir ce qui estdéjà soumis au défrichement, les limites se déter-mineront facilement. Ce n’est point en Europe que l’on peut discuter des points qui exigent laconnoissance des localités. La France, restreintedans son commerce colonial, doit désirer vive-ment de rentrer dans la possession d’une provinceque la nature a ornée de ses plus belles productions.Deux nations voisines ne manqueront pas d’es-paces pour étendre leur industrie; et, lorsqu’onoccupe une si vaste partie du globe que le roi de Portugal et du Brésil, on cédera facilement quel- |58| ques lieues de terrain sur les bords incultes del’Oyapock. Ce n’est point cette cession qui vousarrête; vous désirez seulement énoncer les limitesdans des termes assez clairs pour ne pas rendreinterminables les travaux des commissaires.