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Alexander von Humboldt: „Sur le niveau des mers et les courants“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1847-Sur_le_niveau-1-neu> [abgerufen am 31.01.2023].

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https://humboldt.unibe.ch/text/1847-Sur_le_niveau-1-neu
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Titel Sur le niveau des mers et les courants
Jahr 1847
Ort Paris
Nachweis
in: Nouvelles annales des voyages et des sciences géographiques 3 [= 11:115], (August 1847), S. 246–250.
Entsprechungen in Buchwerken
Alexander von Humboldt, Kosmos. Entwurf einer physischen Weltbeschreibung, Band 1, Stuttgart und Tübingen: J. G. Cotta 1845 S. S. 324-329.
Sprache Französisch
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: VI.86
Dateiname: 1847-Sur_le_niveau-1-neu
Statistiken
Seitenanzahl: 5
Zeichenanzahl: 10678

Weitere Fassungen
Sur le niveau des mers et les courants (Paris, 1847, Französisch)
Bewegungen des Meeres (Zürich, 1847, Deutsch)
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Sur le niveau des mers et les courants.

En général, toutes les mers qui communiquent entreelles doivent être considérées, par rapport à leur hauteurmoyenne, comme étant parfaitement de niveau. Cepen-dant des causes locales (probablement des vents régnantset des courants) produisent, en certains golfes profonds,des différences de niveau permanentes, mais toujours peunotables. Par exemple, à l’isthme de Suez, la hauteurde la mer Rouge surpasse celle de la Méditerranée de 8 à10 mètres, selon les diverses heures du jour. Cette dif-férence remarquable était déjà connue dans l’antiquité;il paraît qu’elle dépend de la forme particulière du dé-troit de Bab-el-Mandeb, par lequel les eaux de l’OcéanIndien pénètrent dans le bassin de la mer Rouge plus fa-cilement qu’elles n’en peuvent sortir. Les excellentes opé-rations géodésiques de Corabœuf et de Delcros montrentque, d’un bout à l’autre de la chaîne des Pyrénées,comme de Marseille à la Hollande septentrionale, iln’existe aucune différence appréciable entre le niveau dela Méditerranée et celui de l’Océan (1).
(1) Voy. les résultats numériques, dans Humb. As. Centr., t. II,p. 328-333. Un nivellement géodésique que mon vieil ami, le gé-néral Bolivar, a fait exécuter sur ma prière, en 1828 et 1829, parLloyd et Falmarc, a prouvé que le niveau de la mer du Sud està 1 m. tout au plus au-dessus de celui de la mer des Antilles, etmême que l’une de ces deux mers est tantôt plus haute, tantôtplus basse que l’autre, selon les heures de leurs marées respec-tives. Or, comme le nivellement a été effectué sur une ligne de12 myriamètres, en 933 stations et par autant de coups de niveau,on admettra facilement que l’erreur du résultat final puisse aller à1 m., et l’on pourra considérer ce résultat comme une nouvellepreuve de l’équilibre des eaux qui communiquent vers le capHorn (Arago, Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1831,p. 319). J’avais déjà cru reconnaître, en 1799 et 1804, par mesobservations barométriques, que, s’il existait une différenceentre le niveau de la mer du Sud et celui de la mer des Antilles,
|247| Les perturbations de l’équilibre des eaux et les mouve-ments qui en résultent sont de trois sortes. Les unes sontirrégulières et accidentelles comme les vents qui les fontnaître; elles produisent des vagues dont la hauteur, enpleine mer et pendant la tempête, peut aller à 11 mètres.Les autres sont régulières et périodiques; elles dépendentde la position et de l’attraction du soleil et de la lune (fluxet reflux). Les courants pélagiques constituent un troi-sième genre de perturbations permanentes et variablesseulement quant à l’intensité. Le flux et le reflux affectenttoutes les mers, sauf les petites méditerranées dans les-quelles l’onde produite par le flux est très-faible ou mêmeinsensible. Ce grand phénomène s’explique complétementdans le système newtonien: «il s’y trouve ramené dansle cercle des faits nécessaires.» Chacune de ces oscilla-tions périodiques des eaux de l’Océan dure un peu plusd’un demi-jour; leur hauteur en pleine mer est à peinede quelques pieds, mais, par suite de la configurationdes côtes qui s’opposent au mouvement progressif del’onde, cette hauteur peut aller à 16 mètres à Saint-Malo,à 21 et même à 23 mètres sur les côtes de l’Acadie. «Ennégligeant la profondeur de l’Océan, comme insensiblepar rapport au diamètre de la terre, l’analyse de l’illustreLaplace a montré que la stabilité de l’équilibre des mersexige, pour la masse liquide, une densité inférieure à ladensité moyenne de la terre. En fait, cette dernière den-sité est, comme nous l’avons vu déjà, cinq fois plusgrande que celle de l’eau. Les hautes terres ne peuventdonc jamais être inondées par la mer, et les restes d’ani- (1)
(1) cette différence ne pouvait dépasser 3 mètres. Voy. ma Relat.hist., t. III, p. 555-557, et les Annales de Chimie, t. I, p. 55-64.Les mesures qui paraissent établir un excès de hauteur pour leseaux du golfe du Mexique et pour celles de la partie septen-trionale de la mer Adriatique (en combinant les opérationstrigonométriques de Delcros et de Choppin, avec celles desingénieurs suisses et autrichiens), ne paraissent pas mériter, surce point, une grande confiance. Malgré la forme de la merAdriatique, il est invraisemblable que le niveau de la partie sep-tentrionale soit à 8m, 4 au-dessus du niveau de la Méditerranée,à Marseille, et à 7m, 6 au-dessus de l’Océan Atlantique. Voy.mon Asie centrale, t. II, p. 332.
|248| maux marins que l’on rencontre au sommet des monta-gnes, n’ont point été transportés là par des marées jadisplus hautes que les marées actuelles.» Un des plus beauxtriomphes de cette analyse que certains esprits mal faitsaffectent de déprécier, c’est d’avoir soumis le phénomènedes marées à la prévision humaine; grâce à la théoriecomplète de Laplace, on annonce aujourd’hui, dans leséphémérides astronomiques, la hauteur des marées quidoivent arriver à chaque syzygie, et l’on avertit ainsi leshabitants des côtes des dangers qu’ils peuvent courir àces époques.
Les courants océaniques, dont on ne saurait mécon-naître l’influence sur les relations des peuples et sur leclimat des contrées voisines des côtes, dépendent du con-cours presque simultané d’un grand nombre de causesplus ou moins importantes. On peut compter parmi cescauses: la propagation successive de la marée dans sonmouvement autour du globe; la durée et la force desvents régnants; les variations que la pesanteur spécifiquedes eaux de la mer éprouve suivant la latitude, la pro-fondeur, la température et le degré de salure; enfin lesvariations horaires de la pression atmosphérique; ces va-riations, si régulières sous les tropiques, se propagent suc-cessivement de l’est à l’ouest. Les courants présentent aumilieu des mers un singulier spectacle: leur largeur estdéterminée; ils traversent l’océan comme des fleuves dontles rives seraient formées par les eaux en repos. Leur mou-vement contraste avec l’immobilité des eaux voisines,surtout lorsque de longues couches de varecs, entraînéespar le courant, permettent d’en apprécier la vitesse. Pen-dant les tempêtes, on remarque quelquefois, dans l’at-mosphère, des courants analogues isolés au milieu descouches inférieures; une forêt se trouve-t-elle sur le pas-sage d’un courant pareil, les arbres ne sont renversés quedans la zone étroite qu’il a parcourue. La marche progressive des marées et les vents alizésfont naître, entre les tropiques, le mouvement généralqui entraîne les eaux des mers de l’orient à l’occident; onle nomme courant équatorial ou courant de rotation. Sadirection varie par suite de la résistance que lui opposent |249| les côtes orientales des continents. En comparant les tra-jets exécutés par des bouteilles que des voyageurs avaientjetées, à dessein, à la mer, et qui furent recueillies plustard, Daussy a récemment déterminé la vitesse de ce cou-rant; son résultat s’accorde, à \( \frac{1}{18} \) près, avec celui quej’avais déduis d’expériences plus anciennes (10 milles ma-rins français de 1856 mètres, par 24 heures). ChristopheColomb avait reconnu l’existence de ce courant pendantson troisième voyage, le premier où il ait tenté d’attein-dre les régions tropicales par le méridien des Canaries.On lit, en effet, dans son livre de loch: «Je tiens pourcertain que les eaux de la mer se meuvent, comme le ciel,de l’est à l’ouest (las aguas van con los cielos),» c’est-à-dire selon le mouvement diurne apparent du soleil, dela lune et de tous les astres. Les courants, véritables fleuves qui sillonnent les mers,sont de deux sortes: les uns portent les eaux chaudes versles hautes latitudes, les autres ramènent les eaux froidesvers l’équateur. Le fameux courant de l’Océan Atlan-tique, le Gulf-Stream, déjà reconnu dans le xvi e sièclepar Anghiera et surtout par sir Humfrey Gilbert, appar-tient à la première classe. C’est au sud du cap de Bonne-Espérance qu’il faut chercher l’origine et les premièrestraces de ce courant; de là il pénètre dans la mer des An-tilles, parcourt le golfe du Mexique, débouche par ledétroit de Bahama, puis, se dirigeant du S.-S.-O. au N.-N.-E., il s’éloigne de plus en plus du littoral des États-Unis, s’infléchit vers l’est au banc de Terre-Neuve et vafrapper les côtes de l’Irlande, des Hébrides et de la Nor-vège, où il porte des graines tropicales (Mimosa scandens,Guilandina bonduc, Dolichos urens). Son prolongementdu N.-E. réchauffe les eaux de la mer et exerce sa bien-faisante influence jusque sur le climat du promotoireseptentrional de la Scandinavie. A l’est du banc de Terre-Neuve, le Gulf-Stream se bifurque et envoie, non loindes Açores, une seconde branche vers le sud. C’est là quese trouve la mer des Sargasses, immense banc formé deplantes marines (Fucus natans, l’une des plus répanduesparmi les plantes sociales de l’Océan), dont l’imagina-tion de Christophe Colomb fut si vivement frappée, et |250| qu’Oviedo nomme praderias de yerva (prairies de va-recs). Un nombre immense de petits animaux marins ha-bitent ces masses toujours verdoyantes, transportées çàet là par les brises tièdes qui soufflent dans ces parages. On voit que ce courant appartient, presque tout entier,à la partie septentrionale du bassin de l’Atlantique; il cô-toie trois continents: l’Afrique, l’Amérique et l’Europe.Un second courant dont j’ai reconnu la basse tempéra-ture, dans l’automne de l’année 1802, règne dans la merdu Sud et réagit d’une manière sensible sur le climat dulittoral. Il porte les eaux froides des hautes latitudes aus-trales vers les côtes du Chili; il longe ces côtes et celles duPérou en se dirigeant d’abord du sud au nord, puis, àpartir de la baie d’Arica, il marche du S.-S.-E. au N.-N.-O. Entre les tropiques, la température de ce courantfroid n’est que de 15°,6 en certaines saisons de l’année,pendant que celle des eaux voisines en repos monte à27°,5 et même à 28°,7. Enfin, au sud de Payta, vers cettepartie du littoral de l’Amérique méridionale qui fait sail-lie à l’ouest, le courant se recourbe comme la côte elle-même, et s’en écarte en allant de l’est à l’ouest; en sortequ’en continuant à gouverner au nord, le navigateur sortdu courant et passe brusquement de l’eau froide dansl’eau chaude. On ignore à quelle profondeur s’arrête le mouvementdes masses d’eaux chaudes ou froides qui sont entraînéesainsi par les courants océaniques; ce qui porterait à croireque ce mouvement se propage jusqu’aux couches les plusbasses, c’est que le courant de la côte méridionale del’Afrique se réfléchit sur le banc de Lagullas, dont laprofondeur est de 70 à 80 brasses. (Alex. de Humboldt, Cosmos.)