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Alexander von Humboldt: „Sur les races humaines et sur les langues, aperçus ethnographiques, extraits du Cosmos ou Essai d’une description physique du monde, par M. A. de Humboldt, tome Ier, dont la traduction française par M. Faye, revue par l’auteur et par MM. Arago, Élie de Beaumont et Guigniaut, paraîtra prochainement chez Gide“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1845-Alex_v_Humboldt-03-neu> [abgerufen am 23.07.2024].

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Titel Sur les races humaines et sur les langues, aperçus ethnographiques, extraits du Cosmos ou Essai d’une description physique du monde, par M. A. de Humboldt, tome Ier, dont la traduction française par M. Faye, revue par l’auteur et par MM. Arago, Élie de Beaumont et Guigniaut, paraîtra prochainement chez Gide
Jahr 1845
Ort Paris
Nachweis
in: Bulletin de la société de géographie 4:3 (September 1845), S. 145–158.
Sprache Französisch
Typografischer Befund Antiqua; Auszeichnung: Kursivierung; Fußnoten mit Ziffern.
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: VI.50
Dateiname: 1845-Alex_v_Humboldt-03-neu
Statistiken
Seitenanzahl: 14
Zeichenanzahl: 23676

Weitere Fassungen
Alex. v. Humboldt über das Menschengeschlecht (Augsburg, 1845, Deutsch)
Volksstämme (Wien, 1845, Deutsch)
Sur les races humaines et sur les langues, aperçus ethnographiques, extraits du Cosmos ou Essai d’une description physique du monde, par M. A. de Humboldt, tome Ier, dont la traduction française par M. Faye, revue par l’auteur et par MM. Arago, Élie de Beaumont et Guigniaut, paraîtra prochainement chez Gide (Paris, 1845, Französisch)
De l’unité native de l’espèce humaine (Paris, 1846, Französisch)
The Universal Brotherhood of Man (Newcastle-upon-Tyne, 1849, Englisch)
On the Races of Man (Hartford, Connecticut, 1850, Englisch)
On the races of man (London, 1850, Englisch)
The univseral brotherhood of man (Edinburgh, 1850, Englisch)
The universal brotherhood of man (London, 1850, Englisch)
[Kurzer Textauszug] (Sheffield, 1851, Englisch)
Die Einheit des Menschengeschlechts (Breslau, 1852, Deutsch)
Man – races – language (Edinburgh, 1853, Englisch)
|145| BULLETIN de la SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE.
septembre 1845.
PREMIÈRE SECTION.
MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS.
SUR LES PHÉNICIENS.
  • (Extrait des nouveaux Éclaircissements qui doivent compléter les Religions de l’antiquité ou la Symbolique et Mythologie duDr Creuzer, traduite, refondue et développée par M. Guigniaut. Paris, 1825-1845; 8 volumes avec 300 planches gravées autrait.)

§ I. Origine et premiers établissements des Phéniciens. — Le nom des Phéniciens, Φοίνικες, qui fut étendu parles Grecs aux Carthaginois, désignés par les Romainssous celui de Pœni, le même au fond, comme ses ad-jectifs φοινίκιος et pœnicus ou punicus, plus usité, φοινίκεος phœniceus, pœniceus, puniceus, sont identiques; ce nom,qui passa au pays appelé Φοινίκη, Phœnicie, Phœni-cia, est d’origine purement grecque, et signifie Rouges,les hommes rouges, de φοινὸς, φοίνιος, rouge de sang,

Sur les races humaines et sur les langues, aperçusethnographiques, extraits du Cosmos ou Essai d’unedescription physique du monde, par M. A. de Hum-boldt, tome Ier, dont la traduction française parM. Faye, revue par l’auteur et par MM. Arago, Éliede Beaumont et Guigniaut, paraîtra prochainementchez Gide.


Le tableau général de la nature que j’essaie de dres-ser serait incomplet, si je n’entreprenais de décrire iciégalement, en quelques traits caractéristiques, l’espècehumaine considérée dans ses nuances physiques,dans la distribution géographique de ses types contem-porains, dans l’influence que lui ont fait subir lesforces terrestres, et qu’à son tour elle a exercée, quoi-que plus faiblement, sur celles-ci. Soumise, bien qu’à |146| un moindre degré que les plantes et les animaux, auxcirconstances du sol et aux conditions météorologi-ques de l’atmosphère, par l’activité de l’esprit, par leprogrès de l’intelligence qui s’élève peu à peu, aussibien que par cette merveilleuse flexibilité d’organisa-tion qui se plie à tous les climats, notre espèce échappeplus aisément aux puissances de la nature; mais ellen’en participe pas moins d’une manière essentielle àla vie qui anime notre globe tout entier. C’est par cessecrets rapports que le problème si obscur et si contro-versé de la possibilité d’une origine commune pourles différentes races humaines, rentre dans la sphèred’idées qu’embrasse la description physique du monde.L’examen de ce problème marquera, si je puis m’ex-primer ainsi, d’un intérêt plus noble, de cet inté-rêt supérieur qui s’attache à l’humanité, le but finalde mon ouvrage. L’immense domaine des langues,dans la structure si variée desquelles se réfléchis-sent mystérieusement les aptitudes des peuples, con-fine de très près à celui de la parenté des races;et ce que sont capables de produire même les moin-dres diversités de race, nous l’apprenons par un grandexemple, celui de la culture intellectuelle si diver-sifiée de la nation grecque. Ainsi les questions les plusimportantes que soulève l’histoire de la civilisation del’espèce humaine, se rattachent aux notions capi-tales de l’origine des peuples, de la parenté deslangues, de l’immutabilité d’une direction primor-diale tant de l’âme que de l’esprit. Tant que l’on s’en tint aux extrêmes dans les varia-tions de la couleur et de la figure, et que l’on se laissaprévenir à la vivacité des premières impressions, onfut porté à considérer les races, non comme de sim- |147| ples variétés, mais comme des souches humaines, ori-ginairement distinctes. La permanence de certainstypes1, en dépit des influences les plus contraires descauses extérieures, surtout du climat, semblait favorisercette manière de voir, quelque courtes que soient lespériodes de temps dont la connaissance historiquenous est parvenue. Mais, dans mon opinion, des rai-sons plus puissantes militent en faveur de l’unité del’espèce humaine, savoir, les nombreuses gradations2 de la couleur de la peau et de la structure du crâne, queles progrès rapides de la science géographique ont faitconnaître dans les temps modernes; l’analogie que sui-vent en s’altérant d’autres classes d’animaux, tant sau-vages que privés; les observations positives que l’on arecueillies sur les limites prescrites à la fécondité desmétis3. La plus grande partie des contrastes dont on étaitsi frappé jadis se sont évanouis devant le travail appro-fondi de Tiedemann sur le cerveau des Nègres et desEuropéens, devant les recherches anatomiques deBrolik et de Weber sur la configuration du bassin. Sil’on embrasse dans leur généralité les nations afri-caines de couleur foncée, sur lesquelles l’ouvrage ca-pital de Prichard a répandu tant de lumières, et si onles compare avec les tribus de l’archipel méridionalde l’Inde et des îles de l’Australie occidentale, avec lesPapous et Alfourous (Harafores, Endamènes), onaperçoit clairement que la teinte noire de la peau, lescheveux crépus, et les traits de la physionomie nègresont loin d’être toujours associés4. Tant qu’une faiblepartie de la terre fut ouverte aux peuples de l’Occi-dent, des vues exclusives dominèrent parmi eux. Lachaleur brûlante des tropiques et la couleur noire duteint semblèrent inséparables. «Les Éthiopiens,» |148| chantait l’ancien poëte tragique Theodectes de Phase-lis5, «doivent au dieu du soleil, qui s’approche d’euxdans sa course, le sombre éclat de la suie dont il co-lore leurs corps.» Il fallut les conquêtes d’Alexandre,qui éveillèrent tant d’idées de géographie physique,pour engager le débat relatif à cette problématiqueinfluence des climats sur les races d’hommes. «Les fa-milles des animaux et des plantes,» dit un des plusgrands anatomistes de notre âge, Jean Müller, dans saPhysiologie de l’homme, «se modifient durant leurpropagation sur la face de la terre, entre les limitesqui déterminent les espèces et les genres. Elles se per-pétuent organiquement comme types de la variationdes espèces. Du concours de différentes causes, dedifférentes conditions, tant intérieures qu’extérieures,qui ne sauraient être signalées en détail, sont nées lesraces présentes des animaux; et leurs variétés les plusfrappantes se rencontrent chez ceux qui ont en par-tage la faculté d’extension la plus considérable sur laterre. Les races humaines sont les formes d’une es-pèce unique, qui s’accouplent en restant fécondes,et se perpétuent par la génération. Ce ne sont pointles espèces d’un genre; car, si elles l’étaient, ense croisant, elles deviendraient stériles. De savoir siles races d’hommes existantes descendent d’un ou deplusieurs hommes primitifs, c’est ce qu’on ne sauraitdécouvrir par l’expérience6» Les recherches géographiques sur le siége primor-dial, ou, comme on dit, sur le berceau de l’espècehumaine, ont dans le fait un caractère purement my-thique. «Nous ne connaissons,» dit Guillaume deHumboldt, dans un travail encore inédit sur la diver-sité des langues et des peuples, «nous ne connais- |149| sons ni historiquement ni par aucune tradition certaineun moment où l’espèce humaine n’ait pas été séparéeen groupes de peuples. Si donc cet état de choses aexisté dès l’origine, ou se produisit plus tard, c’estce qu’on ne saurait décider par l’histoire. Des lé-gendes isolées se retrouvant sur des points très diversdu globe, sans communication apparente, sont encontradiction avec la première hypothèse, et font des-cendre le genre humain tout entier d’un couple uni-que. Cette tradition est si répandue, qu’on l’a quelque-fois regardée comme un antique souvenir des hommes.Mais cette circonstance même prouverait plutôt qu’iln’y a là aucune transmission réelle d’un fait, aucunfondement vraiment historique, et que c’est tout sim-plement l’identité de la conception humaine qui par-tout a conduit les hommes à une explication sembla-ble d’un phénomène identique. Un grand nombre demythes sans liaison historique les uns avec les autresdoivent ainsi leur ressemblance et leur origine à la pa-rité des imaginations ou des réflexions de l’esprit hu-main. Ce qui montre encore dans la tradition dontil s’agit le caractère manifeste de la fiction, c’est qu’elleprétend expliquer un phénomène en dehors de touteexpérience, celui de la première origine de l’espècehumaine, d’une manière conforme à l’expérience denos jours; la manière, par exemple, dont, à une épo-que où le genre humain tout entier comptait déjà desmilliers d’années d’existence, une île déserte ou unvallon isolé des montagnes peut avoir été peuplé. Envain la pensée se plongerait dans la méditation du pro-blème de cette première origine; l’homme est si étroi-tement lié à son espèce et au temps, que l’on ne sau-rait concevoir un être humain venant au monde sans |150| une famille déjà existante, et sans un passé. Cettequestion donc ne pouvant être résolue ni par la voie duraisonnement ni par celle de l’expérience, faut-il pen-ser que l’état primitif, tel que nous le décrit une pré-tendue tradition, est réellement historique, ou bienque l’espèce humaine, dès son principe, couvrit laterre en forme de peuplades? C’est ce que la sciencedes langues ne saurait décider par elle-même, commeelle ne doit point non plus chercher une solution ail-leurs pour en tirer des éclaircissements sur les pro-blèmes qui l’occupent.» L’humanité se distribue en simples variétés, quel’on désigne par le mot un peu indéterminé de races. De même que dans le règne végétal, dans l’his-toire naturelle des oiseaux et des poissons, il estplus sûr de grouper les individus en un grandnombre de familles, que de les réunir en un pe-tit nombre de sections embrassant des masses con-sidérables; de même, dans la détermination des races,il me paraît préférable d’établir de petites familles depeuples. Que l’on suive l’ancienne classification de monmaître Blumenbach en cinq races (Caucasique, Mon-golique, Américaine, Éthiopique et Malaie), ou bienqu’avec Prichard on reconnaisse sept races7, Iranienne,Touranienne, Américaine, des Hottentots et Bouschmans,des Nègres, des Papous et des Alfourous), il n’en estpas moins vrai qu’aucune différence radicale et typi-que, aucun principe de division naturel et rigou-reux ne régit de tels groupes. On sépare ce qui sembleformer les extrêmes de la figure et de la couleur,sans s’inquiéter des familles de peuples qui échap-pent à ces grandes classes et que l’on a nom-mées, tantôt races scythiques, tantôt races allophyli-ques. Iraniens est, à la vérité, une dénomination mieux |151| choisie pour les peuples d’Europe que celle de Cauca-siens; et pourtant il faut bien avouer que les nomsgéographiques pris comme désignations de races sontextrêmement indéterminés, surtout quand le paysqui doit donner son nom à telle ou telle race se trouve,comme le Touran ou Mawerannahr, par exemple, avoirété habité à différentes époques8 par les souches depeuples les plus diverses, d’origine indo-germaniqueet finnoise, mais non pas mongolique. Les langues, créations intellectuelles de l’humanité,et qui tiennent de si près aux premiers développe-ments de l’esprit, ont, par cette empreinte nationalequ’elles portent en elles-mêmes, une haute impor-tance pour aider à reconnaître la ressemblance ou ladifférence des races. Ce qui leur donne cette impor-tance, c’est que la communauté de leur origine est unfil conducteur, au moyen duquel on pénètre dans lemystérieux labyrinthe, où l’union des dispositions phy-siques du corps avec les pouvoirs de l’intelligence semanifeste sous mille formes diverses. Les remarqua-bles progrès que l’étude philosophique des langues afaits en Allemagne depuis moins d’un demi-siècle, fa-cilitent les recherches sur leur caractère national9, surce qu’elles paraissent devoir à la parenté des peuplesqui les parlent. Mais, comme dans toutes les sphèresde la spéculation idéale, à côté de l’espoir d’un butinriche et assuré, est ici le danger des illusions si fré-quentes en pareille matière. Des études ethnographiques positives, soutenues parune connaissance approfondie de l’histoire, nous ap-prennent qu’il faut apporter de grandes précautionsdans cette comparaison des peuples et des languesdont ils se sont servis à une époque déterminée. |152| La conquête, une longue habitude de vivre ensem-ble, l’influence d’une religion étrangère, le mé-lange des races, lors même qu’il aurait eu lieu avec unpetit nombre d’immigrants plus forts et plus civilisés,ont produit un phénomène qui se remarque à la foisdans les deux continents, savoir, que deux familles delangues entièrement différentes peuvent se trouverdans une seule et même race; que, d’un autre côté,chez des peuples très divers d’origine peuvent se ren-contrer des idiomes d’une même souche de langues.Ce sont les grands conquérants asiatiques qui, par lapuissance de leurs armes, par le déplacement et lebouleversement des populations, ont surtout contri-bué à créer dans l’histoire ce double et singulier phé-nomène. Le langage est une partie intégrante de l’histoire na-turelle de l’esprit; et bien que l’esprit, dans son heu-reuse indépendance, se fasse à lui-même des lois qu’ilsuit sous les influences les plus diverses, bien que laliberté qui lui est propre s’efforce constamment de lesoustraire à ces influences, pourtant il ne sauraits’affranchir tout-à-fait des liens qui le retiennent à laterre. Toujours il reste quelque chose de ce que lesdispositions naturelles empruntent au sol, au climat,à la sérénité d’un ciel d’azur, ou au sombre aspectd’une atmosphère chargée de vapeurs. Sans doute larichesse et la grâce dans la structure d’une langue sontl’œuvre de la pensée, dont elles naissent comme de lafleur la plus délicate de l’esprit; mais les deux sphèresde la nature physique et de l’intelligence ou du senti-ment n’en sont pas moins étroitement unies l’une àl’autre; et c’est ce qui fait que nous n’avons pas vouluôter à notre tableau du monde ce que pouvaient lui |153| communiquer de coloris et de lumière, ces considé-rations, toutes rapides qu’elles sont, sur les rapportsdes races et des langues. En maintenant l’unité de l’espèce humaine, nousrejetons, par une conséquence nécessaire, la distinc-tion désolante de races supérieures et de races infé-rieures. Sans doute il est des familles de peuples plussusceptibles de culture, plus civilisées, plus éclairées;mais il n’en est pas de plus nobles que les autres.Toutes sont également faites pour la liberté, pourcette liberté qui, dans un état de société peu avancé,n’appartient qu’à l’individu; mais qui, chez les na-tions appelées à la jouissance de véritables institutionspolitiques, est le droit de la communauté tout entière.«Une idée qui se révèle à travers l’histoire, en éten-dant chaque jour son salutaire empire; une idée qui,mieux que toute autre, prouve le fait si souvent contesté,mais plus souvent encore mal compris, de la perfecti-bilité générale de l’espèce, c’est l’idée de l’humanité.C’est elle qui tend à faire tomber les barrières que despréjugés et des vues intéressées de toute sorte ont éle-vées entre les hommes, et à faire envisager l’humanitédans son ensemble, sans distinction de religion, denation, de couleur, comme une grande famille defrères, comme un corps unique, marchant vers unseul et même but, le libre développement des forcesmorales. Ce but est le but final, le but suprême de lasociabilité, et en même temps la direction imposéeà l’homme par sa propre nature, pour l’agrandisse-ment indéfini de son existence. Il regarde la terreaussi loin qu’elle s’étend, le ciel aussi loin qu’il lepeut découvrir illuminé d’étoiles, comme son intimepropriété, comme un double champ ouvert à son ac- iv. septembre. 3. |154| tivité physique et intellectuelle. Déjà l’enſant aspire àfranchir les montagnes et les mers qui circonscriventson étroite demeure; et puis, se repliant sur lui-même comme la plante, il soupire après le retour. C’estlà, en eſſet, ce qu’il y a dans l’homme de touchant etde beau, cette double aspiration vers ce qu’il désireet vers ce qu’il a perdu; c’est elle qui le préserve dudanger de s’attacher d’une manière exclusive au mo-ment présent. Et de la sorte, enracinée dans les pro-fondeurs de la nature humaine, commandée en mêmetemps par ses instincts les plus sublimes, cette unionbienveillante et fraternelle de l’espèce entière devientune des grandes idées qui président à l’histoire de l’hu-manité.» Qu’il soit permis à un frère de terminer par ces pa-roles, qui puisent leur charme dans la profondeurdes sentiments, la description générale des phéno-mènes de la nature au sein de l’univers. Depuisles nébuleuses si lointaines, et depuis les étoilesdoubles circulant dans les cieux, nous sommes des-cendus jusqu’aux corps organisés les plus petits durègne animal, dans la mer et sur la terre, jusqu’auxgermes si délicats de ces plantes qui tapissent laroche nue sur la pente des monts couronnés de glaces.Des lois connues partiellement nous ont servi à clas-ser tous ces phénomènes. D’autres lois, d’une natureplus mystérieuse, exercent leur empire dans les régionsles plus élevées du monde organique, dans la sphèrede l’espèce humaine avec ses conformations diverses,avec l’énergie créatrice de l’esprit dont elle est douée,avec les langues variées qui en sont le produit. Un ta-bleau physique de la nature s’arrête à la limite où com-mence le domaine de l’intelligence, où le regard plonge |155| dans un monde différent. Cette limite, il la marque etne la franchit point.

Notes sur l’article précédent.

1 Tacite, dans ses considérations sur la populationde la Bretagne (Agricola, cap. 11), distingue à mer-veille ce qui peut tenir aux influences du climat, cequi, chez les tribus venues du dehors, appartient, aucontraire, à l’antique et immuable pouvoir du typehéréditaire. «Britanniam qui mortales initio colue-runt, indigenæ an advecti, ut inter barbaros, parumcompertum. Habitus corporis varii, atque ex eo argu-menta; namque rutilæ Caledoniam habitantium co-mæ, magni artus Germanicam originem adseverant.Silurum colorati vultus et torti plerumque crines, etposita contra Hispania, Iberos veteres trajecisse, easquesedes occupasse fidem faciunt: proximi Gallis, et simi-les sunt: seu durante originis vi, seu, procurrentibusin diversa terris, positio cœlis corporibus habitumdedit.» Cf. sur la permanence des types de configura-tion, dans les régions chaudes et froides de la terre etdes montagnes du nouveau continent, ma Relationhistorique, t. I, p, 498-503; t. II, p. 572-574. 2 Cf. sur la race américaine en général le magnifiqueouvrage de Samuel George Morton: Crania americana, 1839, p. 62-86, et sur les crânes apportés par Pent-land du haut pays de Titicaca, Dublin Journal of Me-dical and Chemical Sciences, vol. V, 1834, p. 475;Alcide d’Orbigny, l’Homme américain considéré sousses rapports physiologiques et moraux, 1839, p. 221.Voyez aussi les Voyages dans l’intérieur de l’Amériquedu Nord, par le prince Maximilien de Wied, 1839; |156| livre si riche en fines observations ethnographiques. 3 Rudolph Wagner, Sur la génération des métis et bâ-tards, dans ses remarques jointes à la traductionallemande de l’ouvrage de Prichard, Histoire naturellede l’espèce humaine, t. I, p. 174-188. 4 Prichard, t. I, p. 431; t. II, p. 363-369. 5 Onésicrite dans Strabon, XV, 690 et 695 Casaub.—Welcker (Sur les Tragédies grecques, en allem., t. III,p. 1078), pense que les vers de Théodecte cités parStrabon étaient empruntés à une tragédie perdue quiportait peut-être le titre de Memnon. 6 Joh. Müller, Physiologie de l’homme, en allem., t. II,p. 768, 772-774. 7 Prichard, t. I, p. 295; t. III, p. 11. 8 L’arrivée tardive des tribus turques et mongoles,soit sur l’Oxus, soit dans la steppe des Kirghises, esten opposition avec l’opinion de Niebuhr, selon la-quelle les Scythes d’Hérodote et d’Hippocrate auraientété des Mongols. Il est beaucoup plus vraisemblableque les Scythes (Scolotes) doivent être rapportés auxMassagètes indo-germains (Alains). Les Mongols, lesvrais Tatares (ce dernier nom fut donné plus tardmal à propos à des tribus purement turques en Russieet en Sibérie), habitaient alors bien loin dans l’est del’Asie. Cf. mon Asie centrale, t. I, p. 239 et 400; etl’Examen critique de l’histoire de la géographie, t. II,p. 320. Un linguiste distingué, le professeur Busch-mann, rappelle que Firdoussi dans le Schahnameh,qui débute par une histoire à demi mythique, fait men-tion d’une «forteresse des Alains» sur les bords dela mer, où Selm, le fils aîné du roi Féridoun (deuxsiècles certainement avant Cyrus) voulait se réfugier.Les Kirghises de la steppe dite scythique sont originai- |157| rement une population finnoise; ils sont aujourd’huivraisemblablement, avec leurs trois hordes, le plusnombreux de tous les peuples nomades, et ils vivaientdéjà au vi e siècle dans la steppe où je les ai vus. LeByzantin Ménandre (p. 380-382, éd. Niebuhr) racontepositivement que le chakan des Turks (Thu-Khiu), en569, fit présent d’une esclave kirghise à l’ambassa-deur de Justin II, Zémarque; il appelle cette esclaveune Χερχίς, et de même chez Aboulgasi (Historia Mongo-lorum et Tatarorum) les Kirghises sont nommés Kir-kiz. La ressemblance des mœurs, là où la nature dupays leur imprime un caractère dominant, est unepreuve fort peu certaine de l’identité des races. La viedes steppes produit chez les Turks (Ti, Tukiu), chezles Baschkirs (Finnois), chez les Kirghises, chez lesTorgod et Dsungares (Mongols) les usages communsaux tribus nomades, celui des tentes de feutre, parexemple, transportées sur des chars, et dressées au-près des troupeaux. 9 Guillaume de Humboldt, Sur la diversité de struc-ture des langues humaines, dans le grand ouvrage Surla langue kawi, dans l’île de Java, t. I, p. XXI, XLVIIIet CCXIV. 10 La doctrine si désolante, et plus tard tant de foisreproduite, de l’inégalité du droit à la liberté parmiles hommes, et de l’esclavage comme étant une insti-tution fondée sur la nature, se trouve, hélas! dévelop-pée avec une rigueur toute systématique, dans Aristote, Politique, I, 3, 5, 6. 11 Guillaume de Humboldt, Sur la langue kawi, t. III, p. 426. Je tire du même ouvrage les réflexionssuivantes: «Les impétueuses conquêtes d’Alexandre,celles des Romains, conduites avec une habileté toute |158| politique, celles des Mexicains si sauvages et si cruelles,les despotiques réunions de territoires des Incas, ontcontribué dans les deux mondes à faire cesser l’iso-lement des peuples et à former de plus vastes sociétés.De grandes et fortes âmes, des nations entières agirentsous l’empire d’une idée qui, dans sa pureté morale,leur était complétement étrangère. Ce fut le christia-nisme qui la proclama le premier, dans sa vérité et sacharité profonde, quoiqu’il lui ait fallu bien du tempspour la faire accueillir. L’on ne trouve auparavant quedes accents épars et fugitifs préludant à cette grandevoix. Les temps modernes ont donné un essor nou-veau à l’idée de la civilisation, et ont suscité le be-soin d’étendre de plus en plus les relations des peuplesentre eux, et les bienfaits de la culture morale et in-tellectuelle. La cupidité elle-même commence àtrouver qu’il y a plus à gagner, en suivant cette voiede progrès, qu’en maintenant par la force un iso-lement rétrograde. Le langage, plus qu’aucune autrefaculté de l’homme, forme un faisceau de l’espècehumaine tout entière. Il semble, au premier abord,séparer les peuples comme les idiomes; mais c’estjustement la nécessité de s’entendre réciproquementdans une langue étrangère qui rapproche les indivi-dualités, en laissant à chacun son originalité propre.»(Ibid., p. 427.) (Communiqué par M. Guigniaut.)