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Alexander von Humboldt: „Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1829-Lettre_de_M-01> [abgerufen am 31.01.2023].

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https://humboldt.unibe.ch/text/1829-Lettre_de_M-01
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Titel Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago
Jahr 1829
Ort Paris
Nachweis
in: Bulletin de la société de géographie 12:78 (Oktober 1829), S. 176–181.
Postumer Nachdruck
Ust Kamenogorsk, sur le Haut Irtich en Sibérie, le 1/13 Août 1829 / Le 8/20 août“, in: Correspondance d’Alexandre de Humboldt avec François Arago (1809–1853), herausgegeben von E.-T. Hamy, Paris: E. Guilmoto/Librairie Orientale & Américaine [1907 ], S. 69–77; übersetzt von Marlene Frucht, in: Alexander von Humboldt, Das große Lesebuch, herausgegeben von Oliver Lubrich, Frankfurt/M.: Fischer 2009, S. 164–170.
Sprache Französisch
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: IV.98
Dateiname: 1829-Lettre_de_M-01
Statistiken
Seitenanzahl: 6
Zeichenanzahl: 12227

Weitere Fassungen
Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago (Paris, 1829, Französisch)
[Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago] (Paris, 1829, Französisch)
[Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago] (Wien, 1829, Deutsch)
Letter from Baron Humboldt (London, 1829, Englisch)
Nachrichten von Alexander v. Humboldts Reise (Augsburg, 1829, Deutsch)
Voyage de M. de Humboldt. (Lettre adressée par ce voyageur à M. Arrago, de l’académie des sciences (Paris, 1829, Französisch)
[Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago] (Budapest, 1829, Deutsch)
Voyage en Sibérie (Sankt Petersburg, 1829, Französisch)
Nachrichten von Alexander von Humboldts Reise (Sankt Petersburg, 1829, Deutsch)
Geologische Merkwürdigkeit (Gotha, 1829, Deutsch)
List P. Barona Humboldta do P. Arrago (Vilnius, 1829, Polnisch)
Lettera del sig. De Humboldt (Mailand, 1829, Italienisch)
Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago (Paris, 1829, Französisch)
Resultate der Reise des Herrn von Humboldt in die Uralischen Gebirge (Weimar, 1829, Deutsch)
Письмо Барона А. Гумбольдта къ Члену Парижской Академiи Наукъ, Г-ну Арраго [Pisʹmo Barona A. Gumbolʹdta k Členu Parižskoj Akademii Nauk, G-nu Arrago] (Sankt Petersburg, 1829, Russisch)
Brief van den Heer von Humboldt aan den Heer Arago (Haarlem, 1830, Niederländisch)
Extrait d’une Lettre de M. de Humboldt a M. Arago (Paris, 1830, Französisch)
A. v. Humboldt’s Reise in den Ural (aus einem Briefe desselben aus Oust-Kamenogorsk in Siberien vom 1/13 und 8/20 Aug. 1829 an Arrago) (Heidelberg, 1830, Deutsch)
Brief Narrative of De Humboldt’s Travels in Russia (Edinburgh, 1830, Englisch)
Humboldt’s Account of the Gold and Platina District of Russia (London, 1831, Englisch)
Humboldt’s Account of the Gold and Platina District of Russia (Charleston, South Carolina, 1831, Englisch)
Humboldt’s account of the gold and platina district of Russia (Baltimore, Maryland, 1831, Englisch)
Humboldt’s Account of the Gold and Platina District of Russia (London, 1831, Englisch)
Humboldt’s account of the gold and platina district of Russia (London, 1831, Englisch)
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Lettre de M. de Humboldt à M. Arrago. Oust-Camenogorsk, sur le haut Irtych, en Sibérie, le 1/13 août 1829.

«Me voilà depuis plus de deux mois hors des frontières del’Europe, à l’est de l’Oural, et dans la vie agitée que nous me-nons, j’ai perdu bien des occasions de te donner un signe de vieet d’amitié. Il est impossible, dans cette lettre écrite à la hâte (noussommes arrivés dans ce fortin, sur la frontière de la steppe de Kirghiz, vers les quatre heures du matin, et nous partons vraisem-blablement cette nuit même pour remonter à l’est vers Bouktor-ma, Narym, et le premier poste de la Mongolie chinoise), il estimpossible, dis-je, de te communiquer le précis des observationsque nous avons faites depuis notre départ de Saint-Pétersbourg le 8/20 mai; tu ne trouveras d’autre intérêt à la lecture de ceslignes que celui de savoir que le but scientifique de mon voyagea été atteint au-delà de mes espérances; que, malgré les fatigueset les espaces que l’on parcourt (nous avons déjà fait depuis Saint-Pétersbourg plus de 5600 verstes dont 320 dans cette partie de l’A-sie), ma santé est bonne; que je souffre avec patience et aveccourage; que j’ai beaucoup à me louer de mes compagnons(M. Rose et M. Ehremberg), et que, chargés de collections géolo-giques, botaniques et zoologiques de l’Oural, de l’Altaï, de l’Obi,de l’Irtych et d’Orenbourg, nous espérons retourner à Berlin versla fin de novembre. Je ne saurais décrire tous les soins aimablesque le gouvernement russe a pris pour faciliter le but de cette ex-cursion. Nous voyageons avec trois voitures, conduits par un of-ficier supérieur des mines, précédés par un courrier de la cou-ronne. Il nous faut quelquefois 30 à 40 chevaux par station, et, lanuit comme le jour, les relais sont placés avec le plus grand or-dre. Je ne puis regarder tout cela comme des marques de bien-veillance et de considération personnelle: c’est un hommage pu-blic rendu aux sciences, une noble munificence déployée en faveurdes progrès de la civilisation moderne. Notre route a été par Mos- |177| cou, Nijnei-Novgorod, et de là sur le Volga, à Kazan et aux ruinesde la ville tatare de Boulgari. Cette partie de la Russie, habitée par des Tatares musulmans,couverte à la fois d’églises et de mosquées, est très-intéressante, etdonne, comme l’Oural, la Bachkirie et l’Altaï, un vif intérêt auxbelles recherches de l’Asia polyglotta de M. Klaproth. De Kazan nous avons remonté l’Oural par les vallées pittoresques de Koun-gour et Perm. Dans tout ce voyage de Nijnei-Novgorod à Cathe-rinenbourg et aux lavages de platine de Nijnei-Tagilsk, nous avonsété accompagnés par le comte Polier, que tu te souviens d’avoir vuà Paris chez madame la duchesse de Duras. Il a exercé, dans cesrégions sauvages, son beau talent de peintre paysagiste. Fixé parson mariage en Russie, il s’occupe avec chaleur d’améliorer l’ex-ploitation des mines et des usines. J’ai retrouvé dans la suite, cir-constance bizarre, sur la pente asiatique de l’Oural, la mêmecalèche qui m’avait conduit de Paris à Vérone, à Naples et à Ber-lin. Elle était dans le meilleur état, et fait honneur à la construc-tion parisienne. Nous avons employé un mois à visiter les minesd’or de Borrissovsk, les mines de malachite de Goumachvski, de Tagilsk; les usines de fer et de cuivre, les exploitations de béril,et de topazes, les lavages d’or et de platine. On est étonné de cespépites d’or de 2 à 3, même de 18 à 20 livres, trouvées à quel-ques pouces au-dessous du gazon, et restées inconnues depuis dessiècles. C’est la position et l’origine probable de ces alluvions mê-lées le plus souvent avec des fragmens de grunstein et de schistechloriteux et de serpentine, qui a été un des buts principaux dece voyage. L’or de lavage, exploité annuellement, s’élève à sixmille kil. Les nouvelles découvertes au-delà du 59e et du 60e degréde latitude deviennent très-importantes. Nous possédons des dentsd’éléphans fossiles, enveloppees dans ces alluvions de sables au-rifères. Leur formation, suite de destructions locales et d’affleure-mens, est peut-être même postérieure à la destruction des grandsanimaux. Le succin et les lignites que l’on découvre à la penteorientale de l’Oural sont décidément plus anciens. Avec le sable |178| aurifère se trouvent des grains de cinabre, de cuivre natif, des cey-lanites, des grenats, de petits zircons blancs, doués du plus beléclat de diamant, de l’anatase, de l’albite, etc. Il est bien remarqua-ble que, dans la partie moyenne et boréale de l’Oural, le platinene se trouve en abondance que sur la côte occidentale et euro-péenne. Les riches lavages d’or de la famille Dimidov, à Nijnei-Tagilsk, sont sur la pente asiatique, des deux côtés de la Barti-raya, où l’alluvion de Vilkni seule a déjà donné plus de 2800 livresd’or. Le platine se trouve à une lieue à l’est de la ligne de partaged’eau (qu’il ne faut pas confondre avec l’axe des plus grandes hau-teurs) sur la pente européenne près des affluens de l’Oulka, à Soukhoi Visnin et à Martian. M. Svetsow qui a eu le bonheurd’étudier sous M. Berthier, et dont les connaissances et l’activiténous ont été très-utiles dans nos courses de l’Oural, a découvert dufer chromaté renfermant des grains de platine qu’un chimiste habileà Catherinenbourg, M. Helm, a analysé. Les lavages de platinede Nijnei-Tagilsk sont si riches, que 100 pouds (à 40 livres russes)des sables donnent 30 (quelquefois 50) solotnik de platine, quandles alluvions très-riches d’or de Vilkni et autres lavages d’or surla pente asiatique ne rendent que 1 1/2 à 2 solotnik pour 100pouds de sables. Dans l’Amérique méridionale, une chaîne des Cor-dillères assez basse, celle de Cali, sépare aussi les sables aurifères,et non platinifères, de la pente orientale (de Popayan), des sablesaurifères et très-riches en platine de l’isthme de la Raspadura du Choco. M. Bousingault aura peut-être jeté en ce moment de nou-velles lumières sur ce gisement américain, et ces observations re-cevront quelque intérêt de plus par celles que nous avons pu faireici. Nous possédons des pépites de platine de plusieurs pouces delong dans lesquelles M. Rose a découvert un beau groupe de pla-tine cristallisé. Quant au grunstein porphyre de Laya, dans lequelM. Engelhardt a reconnu des petits grains de platine, nous l’avonsexaminé sur les lieux avec beaucoup de soin; mais jusqu’ici, lesseuls grains métalliques que nous ayons vus dans les rochers |179| de Laya et dans les grunstein de la montagne Belaya-Gora, ontparu, à M. Rose, du fer sulfuré; ce phénomène sera l’objet denouvelles recherches. L’ouvrage de M. Engelhardt sur l’Oural nousa paru digne de beaucoup d’éloges. L’osmiume, l’iridium ont aussiun gisement particulier, non parmi les riches alluvions platinifèresde Nijnei-Tagilsk, mais près de Bilimbaievski et de Kichtem.J’insiste sur ces caractères géognostiques tirés des métaux quiaccompagnent les grains de platine à Choco, au Brésil et à l’Oural. Le 8/20 août. Ces dernières lignes sont tracées le 20 août. J’avais quitté laplume, il y a huit jours, pour prendre des distances lunaires, carcette extrémité méridionale de la Sibérie où se trouvent les sourcesde l’Obi et les confins de la Mongolie chinoise exige beaucoupd’attention dans la détermination géographique, la marche seuledes chronomètres pouvant être altérée par la rapidité du voyage. J’aiété depuis, le 13, visiter le piquet (avant-poste) chinois dans la Dzon-garie. Nous avons été forcés de laisser nos voitures à Oust-Kame-nogorsk; de nous servir, par des chemins affreux, des longuesvoitures de Sibérie dans lesquelles on se tient couché. Mais avantque de parler de la journée que nous avons passée dans le célesteempire du milieu, je dois reprendre le fil de notre voyage. Aprèsavoir visité le nord de l’Oural par Verchoturie et Bogezlavsk, prisdes azimuths pour déterminer les positions des pics septentrionaux,visité les mines de beryl et de topaze de Moursinsk, nous partî-mes de Catherinenbourg le 6/18 juillet à Tobolsk, par Thiumen où résidaient jadis des descendans de Batu-Khan. Nous voulûmes,d’abord nous diriger directement par Omsk sur Slatooust, maisla beauté de la saison nous engagea d’ajouter l’Altai et le hautIrtych (détour de 3000 verstes) au plan primitif de notre excursion.Le gouverneur général de la Sibérie occidentale, général Villia-minov, nous fit accompagner par un de ses aides-de-camp, M. deYermolov. Le général Litvinov, qui commande sur toute la lignedes Kirghiz, se déplaça lui-même en venant de Tomsk aux mon- |180| tagnes du Kolyvan, pour nous rejoindre, et nous conduire au postechinois. Nous arrivâmes ici par Kainks et la steppe de Baraba, oùles mosquitos rivalisent avec ceux de l’Orénoque, et où l’on étouffesous un masque de crins de cheval; ces belles usines de Barnaul,le lac romantique de Kolivan, les mines fameuses du Schlangenberg (gisement dans le porphyre), de Reiders et de Ziriainovski, quidonnent par an 40,000 livres d’argent aurifère. A Oust on a lapremière vue de la chaîne des Kirghiz. «On avait envoyé d’avance à un des postes chinois de la Mon-golie (Dzongarie) pour savoir si on voudrait nous recevoir avecle général Litvinov. La permission fut accordée avec l’informa-tion d’étiquette toute chinoise, que le commandant chinois de Batys’attendait que, malgré la différence des rangs, on lui ferait la pre-mière visite dans sa tente, vu qu’il se comporterait de même sijamais il touchait le territoire russe. Nous prîmes la route de Baty par le fortin de Boukhtorma et de Krasnoyar, où, passant toute lanuit du 16 au 17 août (nouveau style) à observer, je vis de sin-guliers phénomènes de bandes polaires (je te prie d’examiner àcette occasion tes registres magnétiques). A Baty, il y a deuxcampemens chinois des deux côtés de l’Irtych; ce sont de miséra-bles yourtes habitées par des soldats mongols ou cambanzes. Unpetit temple chinois se trouve sur une colline aride. Des chameauxbactriens à deux bosses paissent dans la vallée. Les deux comman-dans, dont l’un n’arrivait de Peking que depuis une semaine, sontde race pure chinoise. On les change tous les trois ans. Habillésen soie, une belle plume de paon au bonnet, ils nous reçurent avecune gravité très-plaisante. En échange de quelques aunes de drapet de velours rouge, on me donna un livre chinois en cinqvolumes, ouvrage d’histoire qui, quelque commun qu’il puisseêtre, me sera précieux comme souvenir de cette petite excursion.Heureusement aussi cette frontière de la Mongolie a été pourM. Ehrenberg, une mine féconde de plantes et d’insectes nouveaux.Mais ce qui nous rend le voyage de l’Altaï très-important, c’est |181| que nulle part ailleurs dans les deux mondes, le granit à gros feld-spath commun dépourvu d’albite, dépourvu de gneiss et de mica,schistes agroupés, n’offre des preuves d’éruption et d’épanchementcomme dans l’Altaï. On ne voit pas seulement le granit pénétreren filons qui se perdent vers le haut dans le thonschiefer, se faire jourà travers cette roche, mais aussi s’épancher sur elle visiblement etd’une manière continue sur plus de 2000 toises de longueur, puisdes collines en cône et petites cloches de granit, à côté de quel-ques dômes de porphyre trachytique, des dolomites dans le granit,des filons de porphyre, etc., etc. »M. Rose, dans le nord de l’Oural, a découvert un point où leporphyre fendillé et en partie en boules convertit par le contact lecalcaire en jaspe divisé par bandes parallèles. J’ai aussi vu ces strieset silicifications à Pedrazio. L’Oural est aussi remarquable par laliaison intime de l’euphotide (serpentines chloriteux) avec desgrunsteins à pyroxène, renfermant plus d’amphibole que de pyr-oxène. J’ai tâché d’observer la température de la terre (elle est sou-vent plus de 2°), l’inclination et l’intensité magnétique dans les lieuxque MM. Hansteen et Ermann n’ont pas visités. Les mêmes pointsprouvent le mouvement des nœuds de l’est à l’ouest, que tu as faitressortir dans ton rapport sur le voyage de M. Freycinet. La postepart; je ne puis ni relire, ni retoucher, ni corriger cette lettre siconfuse.

J’espère t’embrasser l’été prochain. Mille amitiés à Gay-Lussac