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Alexander von Humboldt: „Rapport verbal fait à l’Académie royale des sciences, séance du 9 mai 1825, sur le Tableau des corps organisés fossiles, par M. Defrance“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1825-Rapport_verbal_fait-1> [abgerufen am 31.01.2023].

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Titel Rapport verbal fait à l’Académie royale des sciences, séance du 9 mai 1825, sur le Tableau des corps organisés fossiles, par M. Defrance
Jahr 1825
Ort Paris
Nachweis
in: Bulletin des sciences naturelles et de géologie 5 (1825), S. 203–206.
Entsprechungen in Buchwerken
Separatum „Rapport verbal fait à l’Académie royale des sciences, séance du 9 mai 1825, par M. le Bon. de Humboldt, sur le Tableau des corps organisés fossiles, par M. Defrance“, Paris: Fain 1825, 4 Seiten.
Sprache Französisch
Deutsche Übersetzung dieses Textes
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: IV.54
Dateiname: 1825-Rapport_verbal_fait-1
Statistiken
Seitenanzahl: 4
Zeichenanzahl: 8115

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Rapport verbal fait à l’Académie royale des sciences,séance du 9 mai 1825, par M. de Humboldt, sur le Tableaudes corps organisés fossiles, par M. Defrance.

L’académie m’a chargé d’un rapport verbal sur l’ouvrage deM. Defrance, portant le titre de Tableau des corps organisés fos-siles , précédé de remarques sur leur pétrification. Si j’avais eul’honneur d’assister à la séance dans laquelle j’ai été chargé de cerapport, j’aurais dû rappeler que dans les premières pages dulivre de M. Defrance, mon nom se trouve cité d’une manièrequi pourrait faire douter, sinon de la sincérité, du moins del’impartialité de mes opinions. Je me serais même recusé plus tard,si, dans le jugement que je dois porter sur cet important travail, jene me sentais pas dispensé, pour ainsi dire, d’exposer mespropres idées. Pour faire connaître le mérite du tableau des corpsorganisés fossiles ensevelis dans les formations antérieures etpostérieures à la craie, il suffit presque de citer textuellement legrand ouvrage que MM. Brongniart et Cuvier ont publié surla géognosie des environs de Paris, et dans lequel ils ont saisifréquemment l’occasion de citer avec éloge les observations deM. Defrance. Parmi les différentes preuves de l’identité des formations dansles régions les plus éloignées du globe, une des plus frappanteset que l’on doit au secours de la zoologie est l’identité des corpsorganisés enfouis dans des couches d’un gisement analogue. Lesrecherches qui conduisent à ce genre de preuves ont singulière-ment exercé la sagacité des savans, depuis que MM. de Lamarck et Defrance ont commencé à déterminer les coquilles fossiles desenvirons de Paris. Déjà Lister avait avancé, il y a plus de 150 ans,que chaque roche était caractérisée par des coquilles fossilesdifférentes; et, pour prouver que les coquilles de nos mers et denos lacs sont spécifiquement différentes, il ajoute que les dernières,par exemple, celles des carrières de Northamptonshire, portent |204| tous les caractères de nos Murex, de nos Tellines et de nos Tro-chus, mais que des naturalistes qui ne sont pas accoutumés às’arrêter à un aspect vague et général des choses, trouveront cescoquilles fossiles spécifiquement différentes de toutes les co-quilles du monde actuel. Presque à la même époque Stenon dis-tingua le premier les roches antérieures à l’existence des planteset des animaux sur le globe (et ne renfermant jamais des débrisorganiques) des roches superposées aux premières et rempliesde ces débris, turbidi maris sedimenta sibi invicem imposita. Stenon considère chaque banc de roche secondaire comme unsédiment déposé par un fluide aqueux: il admet pour le sol de la Toscane à la manière de quelques géologues modernes, sixgrandes époques de la nature (sex distinctæ Etruriæ facies expræsenti facie Etruriæ collectæ), selon que la mer inonde pé-riodiquement le continent, ou qu’elle se retire dans ses ancienneslimites. Il expose même, à la fin du 17e. siècle, un système entiè-rement semblable à celui de Deluc sur l’inclinaison des couchesd’abord horizontales et sur la formation des vallées par desaffaissemens longitudinaux. L’Italie, qui depuis cinq siècles a unepart si glorieuse à tous les progrès des sciences, des lettres etdes arts, nous offre aussi les premières grandes vues sur l’âge desformations. Des aperçus fondés sur un petit nombre d’observa-tions purement locales devaient rester long-temps dans l’oubli,et ce n’est que de nos jours que le zoologue et le géognoste ontpu se prêter des secours mutuels, parce que les géognostes nesont plus restés étrangers à l’histoire naturelle descriptive, et parceque les zoologistes ont commencé à étudier la géognosie positive. Avant l’année 1798, M. Defrance, habitant les environs de Caen, s’était occupé avec un vif intérêt des terrains dont laformation est en partie antérieure à celle de la craie. Plus tard,rapproché de Paris, il s’occupa avec succès de plusieurs objetsde Météorologie et de Physique végétale: il recueillit avec unzèle extraordinaire, et dans un court espace de temps, près de600 espèces de coquilles fossiles dans les environs de Grignon.Ce sont ces coquilles qui ont été décrites dans un mémoirecélèbre que M. de Lamarck a publié sur les pétrifications desenvirons de Paris. L’administration du Muséum d’histoire natu-relle fit peindre, pour la collection des vélins, la moitié desespèces que M. Defrance avait recueillies à Grignon. M. Bron-gniart cite avec éloge l’observation de M. Defrance, d’après |205| laquelle dans la craie des environs de Paris, aucune coquilleunivalve à spire simple et régulière n’a été trouvée, et il ajouteque ce fait est d’autant plus remarquable qu’on rencontre descoquilles univalves en grande abondance, quelques mètres au-dessus de la craie dans des couches également calcaires, maisd’une structure différente. Les remarques qui précèdent leTableau des corps organisés fossiles de M. Defrance ne serapportent pas seulement au sol parisien, elles embrassentaussi une partie des formations qui sont inférieures à la craie.La collection des corps organisés formée par ce savant est unedes plus grandes de celles qui existent en Europe: elle n’apas seulement contribué à l’avancement de la géologie, par lafacilité avec laquelle tous les géologues français et étrangers y onteu accès; mais M. Defrance y a puisé aussi des matériaux pré-cieux pour les monographies de Testacées qu’il a publiées succes-sivement. Je ne puis entrer ici dans le détail des observationsingénieuses par lesquelles l’auteur a tenté de répandre quelqueslumières sur le procédé mystérieux de la pétrification; je mebornerai à citer quelques résultats généraux. Le test de cer-taines familles de Mollusques, par exemple les huîtres, ne dis-paraît jamais, tandis que le test de certaines autres coquilles,par exemple des Volutes, disparaît presque partout où il y apétrification. Les Oolithes paraissent souvent formées par lasubstance broyée du test des coquilles ou d’autres corps testacés.Lorsqu’elles remplissent les cornes d’Ammon, leur formation estantérieure à la pétrification de la coquille. M. Defrance cite plusieurs faits qui rendent très-probable quedes coquilles univalves ont disparu dans la craie supérieure. Lescouches antérieures à la craie ne présentent généralement pasdes espèces aussi petites et aussi nombreuses que les couchespostérieures à la craie. Le même savant pense que le nombredes genres et des espèces qui existent aujourd’hui à l’état vivantest plus considérable qu’il n’a été à aucune autre époque. Dansle tableau des corps organisés qui termine l’ouvrage de M. De-france, il distingue les genres que l’on trouve à l’état vivant;à l’état vivant et à l’état fossile à la fois; ou seulement à l’étatfossile. Il distingue les couches antérieures à la craie, celles de lacraie même, et le terrain tertiaire ou postérieur à la craie, de mêmeque le nombre d’espèces qui se trouvent à l’état vivant ou à l’étatfossile. Ce tableau fait avec un soin extrême offrira plus d’exac- |206| titude et plus d’intérêt encore lorsque, au lieu des genres dontla détermination est nécessairement fondée sur des idées plus oumoins systématiques, on pourra énumérer les espèces enfouiesdans les différentes formations, et lorsque parmi ces formationsmêmes on pourra distinguer chacune de celles qui se trouventplacées entre le terrain houiller et le terrain tertiaire à lignites. Ilm’a paru depuis long-temps que sous les tropiques comme dansla zone tempérée, les coquilles univalves sont plus nombreuses enespèces que les bivalves. Par cette supériorité en nombre, en dis-tinguant dans les couches superposées les Faunes de différens âges,le monde organique fossile offre, sous toutes les latitudes, uneanalogie de plus avec les coquilles intertropicales qui vivent au-jourd’hui dans le sein des mers. M. Defrance a fait voir dans sonouvrage, qui est dépourvu d’hypothèses et rempli d’observationsneuves et utiles, que cette prédominance des univalves existenon-seulement dans le nombre des genres, mais aussi dans lenombre des espèces.