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Alexander von Humboldt: „Introduction“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1816-Introduction-1> [abgerufen am 31.01.2023].

URL und Versionierung
Permalink:
https://humboldt.unibe.ch/text/1816-Introduction-1
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Titel Introduction
Jahr 1816
Ort Paris
Nachweis
in: Leopold von Buch, Voyage en Norvège et en Laponie, fait dans les anneés 1806, 1807 et 1808, 2 Bände, übersetzt von Jean Baptiste Benoît Eyriès, Paris: Gide 1816, Band 1, S. xv–xxiv.
Sprache Französisch
Deutsche Übersetzung dieses Textes
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: III.30
Dateiname: 1816-Introduction-1
Statistiken
Seitenanzahl: 10
Zeichenanzahl: 11558

Weitere Fassungen
Introduction (Paris, 1816, Französisch)
Fragmens du Voyage en Norvège et en Laponie, par Mr. Léopold De Buch (Genf, 1816, Französisch)
Voyage en Norvège et en Laponie etc., par M. de Buch, etc. (Paris, 1816, Französisch)
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INTRODUCTIONDE M. DE HUMBOLDT.


L’éditeur de cette traduction, en offrant auxsavans un recueil de faits précieux, m’a engagéà placer une Introduction en tête de l’Itiné-raire de M. de Buch. Je ne me suis pas renduà ce désir, dans le vain espoir de répandreplus d’intérêt sur un ouvrage qui a été accueillid’une manière également flatteuse, en Allema-gne, en Angleterre, et dans le Nord; j’ai cédéà un sentiment dont je n’ai pas besoin de mejustifier; j’ai voulu donner un témoignage pu-blic d’estime et d’affection à un voyageur quia parcouru la même carrière que moi, dontj’ai partagé quelquefois les travaux, et qu’uneinsatiable ardeur pour les sciences a conduitdu Vésuve aux neiges du cercle polaire, desrochers arides du Cap-Nord aux rivages des îles Fortunées. Sans être déchiré par les feux souterrains,sans offrir une végétation, dont l’aspect dif- |xvj[xvi]| fère essentiellement de celui du paysage sousla Zône tempérée, la grande Péninsule Scan-dinave présente, dans son extrémité boréale,une réunion de phénomènes propres à frappernotre imagination, par des impressions nou-velles et contrastées. A la longue nuit d’unhiver, dont la température moyenne descendà 18° C. au-dessous du point de la congélation,succède un été, pendant lequel, même par les70° de latitude, le thermomètre s’élève sou-vent à l’ombre à 26 ou 27 degrés. Cette cein-ture de glaces éternelles qui, sous la Zône tor-ride, se soutient à la hauteur de la cime du Mont-Blanc, atteint, sur les côtes du Fin-mark, des collines, à peine cinq ou six foisplus élevées que les clochers de nos grandescités. Cependant malgré le peu d’espace que,sur les Alpes voisines du pôle, les frimas lais-sent au développement des êtres organisés, laplupart de ceux qui sont propres à cette ré-gion atteignent un haut degré de vigueur etde force. Les rives escarpées de ces bras demer, dont les rennes viennent boire l’eau salée,et qui, par leurs sinuosités, leurs divisionset leurs courans, ressemblent à des fleuvesmajestueux, sont couronnées de pins et debouleaux. Après avoir été plongés dans un |xvij[xvii]| long sommeil d’hiver, les arbres à feuillesherbacées, stimulés, pendant la saison dujour, par les rayons solaires, exhalent, sansinterruption, et pourtant sans épuiser leursforces vitales, un air éminemment pur. Enparcourant en été les montagnes de la Lapo-nie, le botaniste y trouve, dans la Zône duRhododendron et des Andromedes, cette sé-rénité du ciel, cette constance, presque im-muable, du beau temps, que l’on admireentre les tropiques avant l’entrée de la saisondes pluies. L’effet de l’obliquité des rayonssolaires est compensé par la longue durée dujour, et sous le cercle polaire, près de la li-mite inférieure des neiges perpétuelles, commedans les forêts humides de l’Orénoque, l’airest rempli d’insectes malfaisans. Cependant tous ces phénomènes de la vieorganique sont restreints à un court espace detemps. L’astre qui a répandu sur la terre unesi grande masse de lumière, s’approche pro-gressivement de l’horizon. Les rigueurs del’hiver s’annoncent dès que le disque du soleildisparaît pour la première fois, et que lesnuits se succèdent à de courts intervalles;ainsi, l’existence des plantes qui embellissentla terre, est comme bornée à la durée d’un |xviij[xviii]| jour, qui les voit naître et périr. Cette in-fluence de la lumière vivifiante est célébréedans les chants des anciens Scandinaves. Ilsnous retracent, sous l’emblème d’une rochenue, humide et froide (Unnar ou Salarstein),la croûte primitive du globe, que les premiersrayons du soleil du Midi recouvrent de gra-minées. Au spectacle de ces changemens rapidesdans le monde physique, se joignent des phé-nomènes d’un intérêt moral. L’extrémité del’Europe est habitée par une race d’hommesessentiellement différente de celle que l’ontrouve depuis le Caucase jusqu’aux Colonnesd’Hercule, depuis le golfe de Bothnie jusqu’ausud du Péloponèse. Les peuples d’origine ta-tare, slave, germanique ou cimbrique, si dif-férens dans leurs mœurs et leur langage, ap-partiennent tous à cette grande portion del’espèce humaine, qu’assez arbitrairement ona appelée la race du Caucase. Les traits qui ca-ractérisent cette race paraissent effacés chezles Lapons de l’Europe, les Esquimaux del’Amérique, et les Samoyèdes de l’Asie, troispeuples circompolaires, qui approchent, sousquelques rapports, de la race mongole. Sansfranchir les limites de l’Europe, le voyageur |xix| qui cherche à lire l’histoire de son espèce dansla physionomie des peuples et dans l’analogiede leurs langues, trouve à résoudre, sous lecercle polaire, ces mêmes problèmes qu’of-frent les tribus sauvages dont nous sommes sé-parés par l’Océan. Le centre de l’Afrique réunit deux races également exposées à l’in-fluence d’un climat brûlant, les Maures et lesNègres; de même, l’extrémité de l’Europe offre, à côté les uns des autres, les Finois agri-culteurs et les Lapons nomades, uniquementadonnés à la vie pastorale. Malgré l’énormedifférence dans la constitution physique de cespeuples, on ne saurait cependant révoqueren doute que le dialecte de la race trapuedérive de la même source que ceux des Fi-nois et des Estoniens. L’analogie de ces lan-gues, désignées sous la dénomination géné-rale de langue tschoude, ne s’arrête pas làoù commence la dissemblance des traits phy-sionomiques. Il y a plus encore; une desplus belles races d’hommes qui habite l’Eu-rope tempérée, les Madjars ou Hongrois, of-frent dans leur idiome plusieurs rapports frap-pans avec le dialecte tschoude des Lapons.Dans ce flux et reflux des peuples qui se sontsubjugués mutuellement en Asie et en Europe, |xx| l’empire des langues s’est étendu par celui desarmes et des lois. Je n’ai rappelé ici que les traits les plus re-marquables du tableau physique et moral queprésente un voyage dans le Nord. Du tempsde l’Arioste, il était encore permis aux poètesde traiter les côtes méridionales de la Bal-tique comme un pays fabuleux; et malgré lesprogrès étonnans que la culture des lettres etla civilisation, en général, ont fait depuis dessiècles en Danemark et en Suède, le Finmark et la Laponie suédoise étaient, il y a trenteans, plus imparfaitement connus que ne lesont plusieurs cantons de l’Inde et de l’Amé-rique. Depuis cette époque, ces régions sep-tentrionales ont été l’objet des recherches deMM. Thaarup, Sommerfeldt, Charles Pon-toppidan, Skioeldebrandt, Acerbi et Wahlen-berg. Malgré le grand mérite de leurs travaux,l’Itinéraire, dont on offre aujourd’hui la tra-duction au public, a répandu, de l’aveu mêmedes habitans du Nord, un jour tout nouveausur la Péninsule Scandinave. M. de Buch a dé-crit toute la côte occidentale et septentrionalede la Norvege: il a examiné le premier, enphysicien, l’isthme qui sépare la mer glacialedu golfe de Bothnie. |xxj[xxi]| Ce Voyage annonce un observateur accou-tumé à étudier la nature et les hommes, dis-tingué par la variété et par la profondeur deses connaissances, doué de cette finesse de ré-flexion, et de cette liberté d’esprit qui fait en-visager les objets sous leur véritable point devue. Les travaux de M. de Buch embrassent,outre la Laponie, les parties méridionales dela Norvege et de la Suède. Le baromètre à lamain, il en a nivelé le sol: il a examiné lesdifférences de température également décrois-sante vers le pôle et la cime des montagnes;étudié les grands phénomènes de la géogra-phie des plantes; déterminé la limite des nei-ges perpétuelles, tant dans l’intérieur du con-tinent que sur les côtes du Nord, où des hiverspeu rigoureux succèdent à des étés moinschauds que les hivers ne le sont à Marseille. Jene parlerai pas de la grande importance de lapartie géologique de cet ouvrage, et de toutce qu’il renferme de neuf sur la stratificationdes roches et l’âge des formations. La Descrip-tion des montagnes trapéennes de Landeck,traduite par M. Daubusson, les Observationssur les Volcans d’Italie et d’Auvergne, etplusieurs mémoires insérés dans le Journaldes Mines, la Bibliothèque britannique et le |xxij[xxii]| Journal de Physique, ont assigné, depuislong-temps, à M. de Buch, un rang distinguéparmi les géologues les plus habiles. Dans le Voyage en Norvege et en Laponie,les recherches purement scientifiques se trou-vent liées d’une manière naturelle à des vuespolitiques et morales. En effet, plus les peu-ples sont agrestes, plus ils vivent près de cetétat que l’on se plaît à nommer un état denature, et plus est puissante l’influence qu’exer-cent sur eux le sol, les alimens, le climat,l’aspect du ciel et du paysage. Pour bien con-cevoir l’existence de peuples montagnards,nomades ou pasteurs, il faut connaître tousles rapports dans lesquels ils se trouvent avecla nature environnante. C’est l’indication deces rapports qui me paraît donner un intérêtparticulier à ce Voyage. Le style de l’original est concis, animé, etsouvent remarquable par une piquante origi-nalité. Il ne m’appartient pas de donner deséloges au littérateur estimable et instruit, quia bien voulu se charger de la traduction de cetouvrage. C’est au talent de M. Eyriés qu’estdû, pour la plus grande partie, l’intérêt dontle public a honoré mes Tableaux de la Nature.En parlant avantageusement de cette nouvelle |xxiij[xxiii]| traduction, j’aurais l’air de céder moins à maconviction qu’à un sentiment de reconnais-sance. Je me bornerai donc ici à rendre té-moignage à la fidélité scrupuleuse et à la jus-tesse d’expressions avec laquelle M. Eyriés arendu tout ce qui a rapport à la géologie etaux sciences physiques en général. Parmi les impressions diverses que fait naîtrele tableau des régions septentrionales, aucunen’est plus douce que cet aspect d’une prospé-rité croissante, de ce perfectionnement dansles institutions sociales, de cet adoucissementdans les mœurs, et de cette culture de l’es-prit, dont l’influence s’étend aujourd’hui aussiloin que le continent de l’Europe. Un demi-siècle ne s’est point encore écoulé depuis l’é-poque où l’on forma à Drontheim un établis-sement pour les Missionnaires de Laponie,comme l’Espagne et le Portugal en ont depuislong-temps pour les tribus sauvages de l’Amé-rique. L’état des Lapons mêmes a éprouvé peude changemens; mais la civilisation a pénétrévers les côtes à travers ces peuples grossiers etagrestes. M. de Buch nous apprend qu’à Reb-vog, 4 degrés au-delà du cercle polaire, ontrouve «et Corneille et Racine, et les chefs-d’œuvres de la poésie danoise.» Heureux pri- |xxiv| vilège du génie qui, à travers les siècles et ladifférence des langues, fait entendre sa voixjusqu’aux confins du monde habité! Mais dans l’étude des peuples comme dansla vie de l’homme, une pensée attristante semêle presque toujours à nos jouissances les plusdouces. Lorsque nous embrassons d’un coupd’œil la Baltique et la Méditerranée, que l’onpeut considérer comme deux bassins de mersintérieurs, nous voyons, pendant la splen-deur de l’empire romain, le nord de l’Eu-rope, au-delà du Rhin et du Danube, plongédans la barbarie, tandis que l’Egypte, la Cy-rénaïque et la Mauritanie offrent des citésopulentes, où brillent tous les arts de la Grèce et de l’Italie. Aujourd’hui ces mêmescontrées de l’Afrique, envahies par des hor-des belliqueuses, sont replongées dans l’igno-rance et la servitude: révolution funeste quisemblerait prouver, si d’autres faits historiquesne s’opposaient à cette doctrine, que depuisdes milliers d’années, l’étendue de la civilisa-tion est restée la même sur le globe. FIN DE L’INTRODUCTION.