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Alexander von Humboldt: „Voyage de MM. Humboldt et Bonpland“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1809-Voyage_de_MM-01-neu> [abgerufen am 05.02.2023].

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https://humboldt.unibe.ch/text/1809-Voyage_de_MM-01-neu
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Titel Voyage de MM. Humboldt et Bonpland
Jahr 1809
Ort Paris
Nachweis
in: Gazette nationale ou le moniteur universel 47 (16. Februar 1809), S. 183–184; 48 (17. Februar 1809), S. 186–188; 49 (18. Februar 1809), S. 191–192.
Entsprechungen in Buchwerken
Alexander von Humboldt, Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne. Avec un atlas physique et géographique, fondé sur des observations astronomiques, des mesures trigonométriques et des nivellemens barométriques, 2 Bände, Paris: F. Schoell [1808–] 1811, Band 1, S. 76, 81–84, 90–101.
Sprache Französisch
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: II.76
Dateiname: 1809-Voyage_de_MM-01-neu
Statistiken
Seitenanzahl: 7
Spaltenanzahl: 15
Zeichenanzahl: 49163

Weitere Fassungen
Voyage de MM. Humboldt et Bonpland (Paris, 1809, Französisch)
Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne (Paris, 1809, Französisch)
Fragmente aus dem neuesten Hefte des v. Humboldt’schen Werkes über den politischen Zustand des Königreichs Neu-Spanien (Stuttgart; Tübingen, 1809, Deutsch)
Berührungen der russischen Macht mit den spanischen Colonien in Amerika, nebst Nachrichten über die neueste Entdeckungs-Politik verschiedener europäischen Mächte im Nord-Westen dieses Welttheils, aus Hrn. v. Humbolds Werke über Mexiko (Tübingen, 1809, Deutsch)
Account of the Character and present Condition of the different Classes of Inhabitants in Mexico, or New Spain (Edinburgh, 1810, Englisch)
Humboldt’s History of New Spain (Boston, Massachusetts, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New Spain (Providence, Rhode Island, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New Spain (Philadelphia, Pennsylvania, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New-Spain (Washington, District of Columbia, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New Spain (Worcester, Massachusetts, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New Spain (Philadelphia, Pennsylvania, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New-Spain (Washington, District of Columbia, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New-Spain (Concord, Massachusetts, 1811, Englisch)
Humboldt’s History of New Spain (Charleston, South Carolina, 1811, Englisch)
[Voyage de MM. Humboldt et Bonpland] (Oxford, 1811, Englisch)
[Voyage de MM. Humboldt et Bonpland] (London, 1811, Englisch)
General Considerations on the Extent and Physical Aspect of the Kingdom of New Spain, from Baron de Humboldt’s Political Essay on the Kingdom of New Spain (Philadelphia, Pennsylvania, 1811, Englisch)
Present State of the Kingdom of Mexico (London, 1811, Englisch)
From the Baron Humboldt’s ‚Political essay on the kingdom of New-Spain‘ (St. Louis, Missouri, 1812, Englisch)
Political Essay in the Kingdom of New Spain, containing researches relative to the geography of Mexico, the extent of ist surface, and its political division into intendancies, &c. &c. With physical sections and maps, founded on astronomical observations, and trigonometrical and barometrical measurements. Translated from the original French, by John Black. Vols. I and II. New-York. Riley, 1811. 8vo. (New York City, New York, 1811, Englisch)
Mexico (Providence, Rhode Island, 1816, Englisch)
Brief Description of the City of Mexico (Washington, District of Columbia, 1817, Englisch)
Extract from Humboldt’s New Spain. Brief description of the City of Mexico (Alexandria, Virginia, 1817, Englisch)
Brief description of the city of Mexico (Trenton, New Jersey, 1817, Englisch)
Interesting Geographical Notice (Newburyport, Massachusetts, 1819, Englisch)
Idea of Mexican Wealth (New York City, New York, 1819, Englisch)
[Interesting Geographical Notice] (Boston, Massachusetts, 1819, Englisch)
Idea of Mexican Wealth (Pittsburgh, Pennsylvania, 1819, Englisch)
Interesting geographical notice (Gettysburg, Pennsylvania, 1819, Englisch)
Interesting geographical notice (Baltimore, Maryland, 1819, Englisch)
Translation from Humboldt’s Essai Politique, &c. Vol. 1, p. 8, &c. (Mount Pleasant, Ohio, 1819, Englisch)
Idea of Mexican Wealth (Philadelphia, Pennsylvania, 1819, Englisch)
Mexico (Providence, Rhode Island, 1820, Englisch)
Mexico (Danville, Kentucky, 1820, Englisch)
Mexico (Mobile, Alabama, 1820, Englisch)
[Voyage de MM. Humboldt et Bonpland] (Salem, Massachusetts, 1821, Englisch)
The City of Mexico (Annapolis, Maryland, 1821, Englisch)
Essay on the possibility of effecting a navigable communication between The Atlantic and the Pacific Ocean (London, 1830, Englisch)
[Voyage de MM. Humboldt et Bonpland] (Albany, New York, 1832, Englisch)
How they do in Mexico (Boston, Massachusetts, 1832, Englisch)
Mexican Wealth (Wilmington, North Carolina, 1847, Englisch)
Mexican Wealth (Hillsborough, North Carolina, 1847, Englisch)
Historical, Topographical, and Geographical Sketch of the Californias (New Orleans, Louisiana, 1849, Englisch)
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Voyage de MM. Humboldt et Bonpland (1).

Troisieme Partie.

  • Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, par Alexandre de Humboldt; avecun atlas géographique et physique fondé surdes observations astronomiques, des mesurestrigonométriques et des nivellemens baromé-triques. — Deuxieme livraison.
En annonçant la premiere livraison de cet ou-vrage, on a fait connaitre dans ce Journal leplan que l’auteur s’est proposé de suivre. On aindiqué d’une maniere générale l’ensemble desobjets qui ont fixé son attention. Aujourd’huion va donner une idée de l’ouvrage même, eninsérant ici un des morceaux les plus susceptiblesd’être détachés. M. de Humboldt trace le tableau physique dela Nouvelle-Espagne; il décrit la constructiondes montagnes, l’influence des inégalités du sol,sur le climat et la culture du pays; passant àl’état de la population actuelle et aux élémensqui la composent, il continue ainsi son dis-cours: Un préjugé très-répandu en Europe, fait croirequ’un très-petit nombre d’indigenes à teint cuivréou de descendans des anciens Mexicains, se sontconservés jusqu’à nos jours. Les cruautés desEuropéens ont fait disparaître entièrement les an-ciens habitans des îles Antilles. On n’est pointparvenu à cet horrible résultat sur le continentde l’Amérique. Dans la Nouvelle ‒ Espagne, lenombre des Indiens excede deux millions et demi,en ne comptant que ceux qui sont de race pure,sans mélange de sang européen ou africain. Cequi est plus consolant encore, et nous le répé-tons, c’est que, loin de s’éteindre, la popula-tion des indigenes a augmenté considérablementdepuis cinquante ans, comme le prouvent les re-gistres de la capitation ou du tribut. Je serais sûr d’intéresser le lecteur par une des-cription détaillée des mœurs, du caractere, del’état physique et intellectuel de ces indigenesdu Mexique, que les lois espagnoles désignentpar la dénomination d’Indiens. L’intérêt généralque l’on marque en Europe pour ces restes dela population primitive du Nouveau-Continent,part d’une source morale qui honore l’humanité. L’histoire de la conquête de l’Amérique et del’Indostan présente le tableau d’une lutte égaleentre des peuples avancés dans les arts et d’autresqui n’étaient encore qu’au premier degré de la civi-lisation. Cette race infortunée des Aztèques, quiavait échappé au carnage, paraissait destinée às’éteindre sous une oppression de plusieurs sié-cles. On a de la peine à se persuader que prèsde deux millions et demi d’aborigenes aient pusurvivre à ces longues calamités. L’habitant duMexique et du Pérou, l’Indien du Gange, fixent,d’une maniere bien différente du Chinois ou duJaponais, l’attention de l’observateur doué desensibilité. Tel est l’intérêt qu’inspire le malheurd’un peuple vaincu, qu’il rend même souventinjuste envers les descendans du peuple vain-queur. Pour faire connaître les indigenes de la Nou-velle-Espagne, il ne suffirait pas de les dépeindredans leur état actuel d’abrutissement et de mi-sere; il faudrait remonter à l’époque reculée où,gouvernée d’après ses lois, la nation pouvaitdéployer sa propre énergie; il faudrait consulterles peintures hiéroglyphiques, les constructions enpierres taillées et les ouvrages de sculpture quise sont conservés jusqu’à nos jours, et qui, at-testant l’enfance des arts, offrent cependant des analogies frappantes avec plusieurs monumens despeuples les plus civilisés. Ces recherches sont réser-vées pour la relation historique de notre expéditionaux Tropiques. La nature de cet ouvrage ne nouspermet pas d’entrer dans des détails d’ailleurségalement importans pour l’histoire et pour l’é- |Spaltenumbruch|tude psychologique de notre espece. Nous nousbornerons ici à indiquer les traits les plus sail-lans de ce vaste tableau des peuples indigenes de l’Amérique. Les Indiens de la Nouvelle-Espagne ressem-blent, en général, à ceux qui habitent le Canadaet la Floride, le Pérou et le Brésil: même cou-leur basanée et cuivrée, cheveux plats et lisses,peu de barbe, le corps trapu, l’œil allongé, ayantle coin dirigé par en haut vers les tempes; lespommettes saillantes, les levres larges, dans labouche une expression de douceur qui contrasteavec un regard sombre et sévere. La race amé-ricaine est, après la race hyperboréenne, lamoins nombreuse; mais elle occupe le plus grandespace sur le globe. Sur un million et demi delieues carrées, depuis les îles de la Terre-de-Feujusqu’au fleuve Saint-Laurent et au détroit de Be-ring, on est frappé, au premier abord, de laressemblance que présentent les traits des habitans.On croit reconnaître que tous descendent d’unemême souche, malgré l’énorme différence des lan-gues qui les éloigne les uns des autres. Cepen-dant, en réfléchissant plus sérieusement sur cetair de famille, en vivant plus long-tems parmiles indigenes de l’Amérique, on remarque quedes voyageurs célebres qui n’ont pu observer quequelques individus sur les côtes, ont singuliére-ment exagéré l’analogie des formes dans la raceaméricaine. La culture intellectuelle est ce qui contribue leplus à diversifier les traits. Chez les peuples bar-bares, il existe plutôt une physionomie de tribu,de horde, qu’une physionomie propre à tel ou telindividu. En comparant les animaux domestiquesà ceux qui habitent nos forêts, on croit faire lamême observation. Mais l’Européen, en jugeantde la grande ressemblance des races qui ont lapeau très-basanée, est, de plus, sujet à une illusionparticuliere; il est frappé d’un teint aussi différentdu nôtre, et l’uniformité du coloris fait long-temsdisparaître à ses yeux la différence des traits indi-viduels. Le nouveau colon a de la peine à dis-tinguer les indigenes, parce que ses yeux sontmoins fixés sur l’expression douce, mélancoliqueou féroce du visage, que sur la couleur d’un rougecuivré, et sur les cheveux noirs, luisans, gros-siers et tellement lisses, qu’on les croirait cons-tamment mouillés. On reconnaît sans doute dans le tableau fidelequ’un excellent observateur, M. Volney, a tracédes Indiens du Canada, les peuplades éparsesdans les prairies du Rio Apure et du Carony. Lemême type existe dans les deux Amériques; maisles Européens qui ont navigué sur les grandes ri-vieres de l’Orénoque et de l’Amazone, ceux quiont eu occasion de voir un grand nombre de tri-bus diverses assemblées sous la hiérarchie monas-tique dans les missions, auront observé que larace américaine offre des peuples qui, par leurstraits, different aussi essentiellement les uns desautres que les variétés nombreuses de la race duCaucase, les Circassiens, les Maures et les Perses.La forme élancée des Patagons qui habitent l’ex-trémité australe du nouveau Continent, se re-trouve, pour ainsi dire, chez les Caribes qui ha-bitent les plaines depuis le Delta de l’Orénoquejusqu’aux sources du Rio Blanco. Quelle diffé-rence entre la taille, la physionomie et la consti-tution physique de ces Caribes, que l’on doitcompter parmi les peuples les plus robustes de laterre, et qu’il ne faut pas confondre avec lesZambos dégénérés, appelés jadis Caribes à l’îlede Saint-Vincent, et le corps trappu des Indienschaymas de la province de Cumana! Quelledifférence de forme entre les Indiens de Tlascalaet les Lipans et Chichimèques de la partie sep-tentrionale du Mexique!....... Quant aux facultés morales des indigenes mexi-cains, il est difficile de les apprécier avec justesse,si l’on ne considere cette caste souffrante sous unelongue tyrannie que dans son état actuel d’avi-lissement. Au commencement de la conquêteespagnole, les Indiens les plus aisés, et chezlesquels on pouvait supposer une certaine cul-ture intellectuelle, périssaient, en grande partie,victimes de la férocité des Européens. Le fana-tisme chrétien sévit sur-tout contre les prêtresaztèques: on extermina les Teopixqui ou ministresde la Divinité, les Teocalli (2) ou les maisons deDieu, et que l’on pourrait considérer commedépositaires des connaissances historiques, my-thologiques et astronomiques du pays; car c’étaientles prêtres qui observaient l’ombre méridienneaux gnomons, et qui réglaient les intercalations.Les moines firent brûler les peintures hiérogly-phiques par lesquelles des connaissances de toutgenre se transmettaient de génération à généra-tion. Privés de ces moyens d’instruction, lepeuple retomba dans une ignorance d’autant plusprofonde, que les missionnaires, peu versésdans les langues mexicaines, substituaient peud’idées nouvelles aux idées anciennes. Les fem-mes indiennes qui avaient conservé quelquefortune, aimerent mieux s’allier au peupleconquérant que de partager le mépris qu’on
(1) Il a paru jusqu’ici du Voyage de MM. Humboldt et Bonpland: Essai sur la Géographie des plantes, et tableau physique desrégions équinoxiales; prix, 40 fr.; papier vélin, 60 fr. Recueil d’observations de Zoologie et d’Anatomie comparée, livraisons 1—4, 60 fr.; pap. vél., 84 fr. Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, avecatlas, livraison 1—2, 84 fr.; pap. vel., 108 fr. Recueil d’observations astronomiques, avec le tableau du ni-vellement barométrique, et le conspectus longitudinum etlatitudinum, d’après les calculs de M. Oltmanns, livraison1—2, 66 fr.; pap. vél., 98 fr. Plantes équinoxiales, livraison 1—10, 298 fr. Monographie des Melastomes et des Rhexia (les deux derniersouvrages rédigés par M. Bonpland), livraison 1—8, 288 fr.Total, 821 fr.; pap. vél., 915 fr.Toutes les parties se vendent séparément à Paris, chez T. Schoell, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, n° 29.(2) De Teotl, Dieu.
|184| |Spaltenumbruch| avait pour les Indiens. Les soldats espagnolsétaient d’autant plus avides de ces alliances,que très‒peu de femmes européennes avaientsuivi l’armée. Il ne resta donc des naturelsque la race la plus indigente; les pauvres culti-vateurs, les artisans, parmi lesquels on comptaitun grand nombre de tisserands, les portefaixdont on se servait comme de bêtes de somme,et sur-tout cette lie du peuple, cette foule demendians qui, attestant l’imperfection des insti-tutions sociales et le joug de la féodalité, remplis-saient déjà, du tems de Cortez, les rues de toutesles grandes villes de l’Empire mexicain. Or, com-ment juger, d’après ces restes misérables d’unpeuple puissant, et du degré de culture auquelil s’était élevé depuis le 12e au 16e siécle, et dudéveloppement intellectuel dont il est susceptible?Si de la nation française ou allemande il nerestait un jour que les pauvres agriculteurs, li-rait-on dans leurs traits qu’ils appartenaient à despeuples qui ont produit les Descartes, les Clai-raut, les Kepler et les Leibnitz?
Nous observons que, même en Europe, le baspeuple, pendant des siécles entiers, ne fait quedes progrès infiniment lents dans la civilisation.Le paysan bas-breton, l’habitant de l’Ecosse sep-tentrionale, different aujourd’hui bien peu dece qu’ils étaient du tems de Henri IV et de Jacques I er. En étudiant ce que les lettres de Cortez, les Mémoires de Bernal Diaz, écritsavec une admirable naïveté, et d’autres historienscontemporains, nous rapportent sur l’état dans lequel on trouva, du tems du roi Monte-zuma II, les habitans de Mexico, de Tezcuco, deChollan et de Tlascala, on croit voir le tableaudes Indiens de nos tems: même nudité dans lesrégions chaudes, même forme de vêtemens surle plateau central, mêmes habitudes dans la viedomestique. Comment aussi de grands change-mens pourraient-ils s’opérer sur les indigenes,quand on les tient isolés dans les villages danslesquels les blancs n’osent pas s’établir; quandla différence des langues met une barriere pres-qu’insurmontable entr’eux et les Européens, quandils sont vexés par des magistrats que des considéra-tions politiques font choisir dans leur sein, quandenfin ils ne doivent attendre leur perfectionnementmoral et civil que d’un homme qui leur parle demysteres, de dogmes et de cérémonies dont ilsignorent le but? Il ne s’agit point ici de discuter ce que les Mexi-cains ont été avant la conquête des Espagnols;nous avons touché cet objet intéressant au com-mencement de ce chapitre. En observant queles indigenes avaient une connaissance presqueexacte de la grandeur de l’année, qu’ils interca-laient à la fin de leur grand cycle de 104 ans avecplus d’exactitude que les Grecs (3), les Romainset les Egyptiens, on est tenté de croire queces progrès ne sont pas l’effet du développe-ment intellectuel des Américains même, maisqu’ils les devaient à leur communication avecquelque peuple très-cultivé de l’Asie centrale. LesToultèques paraissent dans la Nouvelle‒Espagneau 7e, les Aztèques au 12e siécles; déjà ils dres-sent la carte géographique du pays parcouru; déjàils construisent des villes, des chemins, des digues,des canaux, d’immenses pyramides très-exacte-ment orientées, et dont la base a jusqu’à 438metres de long. Leur systême de féodalité,leur hiérarchie civile et militaire se trouventdès-lors si compliqués, qu’il faut supposer unelongue suite d’événemens politiques pour quel’enchaînement singulier des autorités, de la no-blesse et du clergé ait pu s’établir, et pour qu’unepetite portion du peuple, esclave elle-mêmedu sultan mexicain, ait pu subjuguer la grandemasse de la nation. L’Amérique méridionale nous offre des formes de gouvernemens théo-cratiques: tels étaient ceux du Zaque (4) de Bogota (l’ancienne Cundinamarca) et de l’Yncadu Pérou, deux Empires étendus dans lesquels ledespotisme se cachait sous les apparences d’unrégime doux et patriarchal. Au Mexique, aucontraire, de petites peuplades, lassées de la ty-rannie, s’étaient donné des constitutions républi-caines. Or, ce n’est qu’après de longs orages po-pulaires que ces constitutions libres peuvent seformer. L’existence des républiques n’indique pasune civilisation très-récente. Comment, en effet,douter qu’une partie de la Nation mexicaine nefût parvenue à un certain degré de culture, en |Spaltenumbruch| |Spaltenumbruch| |Spaltenumbruch|

Voyage de MM. Humboldt et Bonpland (1).

Troisieme Partie.

  • Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, par Alexandre de Humboldt; avecun atlas géographique et physique fondé surdes observations astronomiques, des mesurestrigonométriques et des nivellemens baromé-triques. — Deuxieme livraison.
(Voyez le n° d’hier.)
(3) M. Laplace a reconnu dans l’intercalation mexicaine,sur laquelle je lui ai fourni des matériaux recueillis par Cama,que la durée de l’année tropique des Mexicains est presqueidentique avec la durée trouvée par les astronomes d’Alma-mon. Voyez, sur cette observation importante pour l’histoire,de l’origine des Azteques, l’Exposition du systême du Monde,troisieme édition, page 554.(4) L’empire du Zaque, qui embrassait le royaume de laNouvelle-Grenade, fut fondé par Idacanzas ou Bochica, per-sonnage mystérieux qui, d’après les traditions des Mozcas,vécut dans le temple du soleil de Sogamozo pendant deuxmille ans.(1) Il a paru jusqu’ici du Voyage de MM. Humboldt et Bonpland: Essai sur la Géographie des plantes, et tableau physique desrégions équinoxiales; prix, 40 fr.; papier vélin, 60 fr. Recueil d’observations de Zoologie et d’Anatomie comparée, livraisons 1—4, 60 fr.; pap. vél., 84 fr. Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, avecatlas, livraison 1—2, 84 fr.; pap. vél., 108 fr. Recueil d’observations astronomiques, avec le tableau du ni-vellement barométrique, et le conspectus longitudinum etlatitudinum, d’après les calculs de M. Oltmanns, livraison1—2, 66 fr.; pap. vél., 98 fr. Plantes équinoxiales, livraison 1—10, 298 fr. Monographie des Melastomes et des Rhexia (les deux derniersouvrages rédigés par M. Bonpland), livraison 1—8, 288 fr.Total, 821 fr.; pap. vél., 915 fr.Toutes les parties se vendent séparément à Paris, chez T. Schoell, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, n° 29.
|186| |187| |Spaltenumbruch| Les Américains, comme les habitans de l’In-doustan et comme tous les peuples qui ont gémilong-tems sous le despotisme civil et religieux,tiennent avec une opiniâtreté extraordinaire à leurshabitudes, à leurs mœurs, à leurs opinions. Jedis à leurs opinions, car l’introduction du chris-tianisme n’a presque pas produit d’autre effet surles indigenes du Mexique, que de substituer descérémonies nouvelles, symbole d’une religiondouce et humaine, aux cérémonies d’un culte san-guinaire. Ce passage d’un rite ancien à un ritenouveau, a été l’effet de la contrainte et non dela persuasion. Des événemens politiques ontamené ce changement. Dans le nouveau continent,comme dans l’ancien, les peuples à demi-barbaresétaient accoutumés à recevoir des mains du vain-queur, de nouvelles lois, de nouvelles divinités;les dieux indigenes et vaincus leur paraissaientcéder aux dieux étrangers. Dans une mythologieaussi compliquée que celle des Mexicains, il étaitfacile de trouver une parenté entre les divinitésd’Aztland et celle de l’Orient. Cortez sut mêmeprofiter adroitement d’une tradition populaire,d’après laquelle les Espagnols n’étaient que lesdescendans du roi Quitzalcoatl, qui avait passédu Mexique à des pays situés à l’est, pour yporter la culture et les lois. Les livres rituels queles Indiens composerent en caractere hiérogly-phiques au commencement de la conquête, etdont je possede quelques fragmens, démontrentévidemment qu’à cette époque, le christianismese confondait avec la mythologie mexicaine: leSaint-Esprit s’identifiait avec l’aigle sacré desAztèques. Les missionnaires ne toléraient passeulement, ils favorisaient même, jusqu’à un cer-tain point, ce mélange d’idées par lequel leculte chrétien s’introduisait plus facilement chezles indigènes; ils leur persuaderent que l’Evan-gile, dans des tems très-anciens, avait déja étéprêché en Amérique; ils en rechercherent lestraces dans le rite aztèque avec la même ardeuravec laquelle, de nos jours, les savans quis’adonnent à l’étude du sanscrit, discutent l’ana-logie de mythologie grecque avec celle des bordsdu Gange et de Burampouter. Ces circonstances, qui seront détaillées dansun autre ouvrage, expliquent comment les indi-gènes mexicains, malgré l’opiniâtreté avec laquelleils adherent à tout ce qui leur vient de leurs peres,ont oublié facilement leurs rites anciens. Ce n’estpas un dogme qui a cédé au dogme; ce n’estqu’un cérémonial qui a fait place à l’autre. Lesnatifs ne connaissent de la religion que les formesextérieures du culte. Amateurs de tout ce qui tientà un ordre de cérémonies prescrites, ils trouventdans le culte chrétien des jouissances particulieres.Les fêtes de l’église, les feux d’artifice qui les ac-compagnent, les processions, mêlées de danses etde travestissemens baroques, sont pour le baspeuple indien une source féconde de divertisse-mens. C’est dans ces fêtes que se déploie le carac-tere national dans toute son individualité. Partoutle rite chrétien a pris les nuances du pays danslequel il a été transplanté. Aux îles Philippines etMarianes, les peuples de la race Malaye l’ontmêlé aux cérémonies qui leur sont propres. Dansla province de Pasto, sur le dos de la Cordillieredes Andes, j’ai vu des Indiens masqués et ornésde grelots, exécuter des danses sauvages autourde l’autel, tandis qu’un moine de St. Françoisélevait l’hostie. Accoutumés à un long esclavage, tant sous ladomination de leurs propres souverains que souscelle des premiers conquérans, les indigènes duMexique souffrent patiemment les vexations aux-quelles ils sont encore assez souvent exposés dela part des blancs. Ils ne leur opposent qu’uneruse voilée sous les apparences les plus trom-peuses de l’apathie et de la stupidité. Ne pouvantse venger que rarement des Espagnols, l’Indien seplaît à faire cause commune avec ceux-ci pour oppri-mer ses propres concitoyens. Vexé depuis dessiecles, forcé à une obéissance aveugle, il a ledesir de tyranniser à son tour. Les villages in-diens sont gouvernés par des magistrats de la racecuivrée; un alcade indien exerce son pouvoiravec une dureté d’autant plus grande, qu’il estsûr d’être soutenu ou par le curé, ou par lesubdélégué espagnol. L’oppression a par-tout lesmêmes effets, par-tout elle corrompt la morale. Les indigènes appartenant presque tous à laclasse des paysans et du bas peuple, il n’est pasfacile de juger de leur aptitude pour les arts quiembellissent la vie. Je ne connais aucune raced’hommes qui paraisse plus dénuée d’imagination.Lorsqu’un Indien parvient à un certain degré deculture, il montre une grande facilité d’appren-dre, un esprit juste, une logique naturelle, unpenchant particulier à subtiliser ou à saisir lesdifférences les plus fines des objets à comparer;il raisonne froidement et avec ordre; mais il nemanifeste pas cette mobilité d’imagination, cecoloris du sentiment, cet art de créer et deproduire qui caractérisent les peuples du midi del’Europe et plusieurs tribus de Negres africains.Je n’énonce cependant cette opinion qu’avec ré-serve; il faut être infiniment circonspect en pro-nonçant sur ce que l’on ose appeler les disposi- |Spaltenumbruch| tions morales ou intellectuelles des peuples dontnous sommes séparés par les entraves multipliéesqui naissent de la différence des langues, decelle des habitudes et des mœurs. Un observateurphilosophe trouve inexact ce que, dans le centrede l’Europe cultivée, on a imprimé sur le carac-tere national des Espagnols, des Français, desItaliens et des Allemands. Comment un voya-geur, après avoir abordé dans une île, aprèsavoir séjourné pendant quelqué tems dans un payslointain, s’arrogerait-il le droit de prononcer surles diverses facultés de l’ame, sur la prépondérancede la raison, de l’esprit et de l’imagination despeuples? La musique et la danse des indigenes se res-sentent du manque de gaîté qui les caractérise.Nous avons, M. Bonpland et moi, observé lamême chose dans toute l’Amérique méridionale.Le chant est lugubre et mélancolique. Les femmesindiennens déploient plus de vivacité que leshommes; mais elles partagent les malheurs del’asservissement auquel le sexe est condamné cheztous les peuples où la civilisation est encoretrès imparfaite. Les femmes ne prennent pointpart à la danse; elles y assistent pour présenteraux danseurs des boissons fermentées qu’elles ontpréparées de leurs mains. Les Mexicains ont conservé un goût particulierpour la peinture et pour l’art de sculpter enpierre et en bois. On est étonné de voir ce qu’ilsexécutent avec un mauvais couteau et sur lesbois les plus durs. Ils s’exercent sur-tout à pein-dre des images et à sculpter des statues de saints.Ils imitent servilement, depuis trois cents ansles modeles que les Européens ont portés aveceux au commencement de la conquête. Cetteimitation tient même à un principe religieux quidate de très-loin. Au Mexique, comme dans l’In-doustan, il n’était pas permis aux fideles dechanger la moindre chose à la figure des idoles.Tout ce qui appartenait au rite des Aztèqueset des Hindous était assujetti à des lois immua-bles. C’est par cette même raison que l’on jugemal de l’état des arts et du goût national chezces peuples, si l’on ne considere que les figuresmonstrueuses sous lesquelles ils représentaientleurs divinités. Au Mexique, les images chré-tiennes ont conservé en partie cette roideur etcette dureté des traits qui caractérisaient les ta-bleaux hiéroglyphiques du siécle de Montezuma.Plusieurs enfans indiens élevés dans les collégesde la capitale, ou instruits dans l’académie depeinture fondée par le roi, se sont distingués,sans doute; mais c’est moins par leur génie quepar leur application; sans sortir jamais de laroute frayée, ils montrent beaucoup d’aptitudepour l’exercice des arts d’imitation; ils en dé-ploient une plus grande encore pour les artspurement mécaniques. Cette aptitude deviendraun jour très-précieuse, lorsque les manufacturesprendront de l’essor dans un pays où il restetout à créer à un gouvernement régénérateur. Les Indiens mexicains ont conservé le mêmegoût pour les fleurs, que Cortez leur trouvaitde son tems. Un bouquet était le cadeau le plusprécieux que l’on fît aux ambassadeurs qui visi-taient la cour de Montézuma. Ce monarque etses prédécesseurs avaient réuni un grand nombrede plantes rares dans les jardins d’Istapalapan.Le fameux arbre des mains, le Cheirostemon (2),décrit par M. Cervantes, et dont on ne connutpendant long‒tems qu’un seul individu d’unehaute antiquité, paraît indiquer que les rois deToluca cultivaient aussi des arbres étrangers àcette partie du Mexique. Cortez, dans ses lettresà l’empereur Charles-Quint, vante souvent l’in-dustrie que les Mexicains déployaient dans lejardinage; il se plaint que l’on ne lui envoiepas les graines des fleurs d’ornement et de plantesutiles qu’il a demandées à ses amis de Séville etde Madrid. Le goût pour les fleurs indique sansdoute le sentiment du beau. On est étonné de letrouver chez une nation dans laquelle un cultesanguinaire et la fréquence des sacrifices parais-saient avoir éteint tout ce qui tient à la sensibi-lité de l’ame et à la douceur des affections. Augrand marché de Mexico, le natif ne vend pas depêches, pas d’ananas, pas de légumes, pas depulque (le jus fermenté de l’agave), sans que saboutique ne soit ornée de fleurs qui se renou-vellent tous les jours. Le marchand indien paraîtassis dans un retranchement de verdure. Une haied’un metre de haut et formée d’herbes fraîches,sur-tout de graminées à feuilles délicates, entoure,comme un mur semi-circulaire, les fruits qui sontofferts au public. Le fond, d’un vert uni, estdivisé par des guirlandes de fleurs qui sont pa-ralleles les unes aux autres. De petits bouquetsplacés symétriquement entre les festons, don- |Spaltenumbruch|nent à cette enceinte l’apparence d’un tapis par-semé de fleurs. L’Européen qui se plaît à étudierles habitudes du bas peuple, doit aussi êtrefrappé du soin et de l’élégance avec lesquels lesnatifs distribuent les fruits qu’ils vendent dansde petites cages faites d’un bois très-léger. Lessapotilles (achras), le mammea, les poires et lesraisins en occupent le fond, tandis que le som-met est orné de fleurs odoriférantes. Cet artd’entrelacer des fleurs et des fruits date-t-il peut-être de cette époque heureuse où, long-temsavant l’introduction d’un rite inhumain, sembla-bles aux Péruviens, les premiers habitans d’Ana-huac offraient au grand esprit Teotl les prémicesde leur récolte? Ces traits épars qui caractérisent les natifs duMexique appartiennent à l’Indien cultivateur, dontla civilisation, comme nous l’avons énoncé plushaut, se rapproche de celle des Chinois et desJaponais. Je ne pourrais dépeindre que plus im-parfaitement encore les mœurs des Indiens no-mades que les Espagnols embrassent sous la déno-mination d’Indios bravos, et dont je n’ai vu quequelques individus, transportés à la capitale commeprisonniers de guerre. Les Mecos (tribu des Chi-chimèques), les Apaches, les Lipans, sont deshordes de peuples chasseurs qui, dans leurs coursessouvent nocturnes, infestent les frontieres de laNouvelle-Biscaye, de la Sonora et du Nouveau-Mexique. Ces sauvages, comme ceux de l’Amé-rique-Méridionaleméridionale, annoncent plus de mobilitéd’esprit, plus de force de caractere que les Indienscultivateurs. Quelques peuplades ont même deslangues dont le mécanisme prouve une anciennecivilisation. Ils ont beaucoup de difficulté d’ap-prendre nos idiômes européens, tandis qu’ils s’ex-priment dans le leur avec une facilité extrême.Ces mêmes chefs indiens, dont la morne taci-turnité étonne l’observateur, tiennent des discoursde plusieurs heures, lorsqu’un grand intérêt lesexcite à rompre leur silence habituel. Nous avonsobservé cette même volubilité de langue, dansles missions de la Guiane espagnole, parmi lesCaribes du Bas-Orénoque, dont le langage estsingulièrement riche et sonore. Après avoir examiné la constitution physique etles facultés intellectuelles des Indiens, il nousreste à jeter un coup-d’œil rapide sur leur état social.L’histoire des dernieres classes d’un peuple est larelation des événemens qui, en fondant à-la-foisune grande inégalité de fortune, de jouissances etde bonheur individuel, ont placé peu-à-peu unepartie de la nation sous la tutelle et dans la dé-pendance de l’autre. Cette relation, nous lacherchons presqu’en vain dans les annales del’histoire; elles conservent la mémoire des grandesrévolutions politiques, des guerres, des conquêteset d’autres fléaux qui ont accablé l’humanité;mais elles nous apprennent peu sur le sort plusou moins déplorable de la classe la plus pauvreet la plus nombreuse de la société. Il n’y aqu’une très-petite partie de l’Europe dans laquellele cultivateur jouisse librement du fruit de sestravaux, et cette liberté civile, nous sommesforcés de l’avouer, n’est point autant le résultatd’une civilisation avancée que l’effet de ces crisesviolentes pendant lesquelles une classe ou unétat a profité des dissensions des autres. Un vraiperfectionnement des institutions sociales dé-pend, sans doute, des lumieres et du dévelop-pement intellectuel; mais l’enchaînement desressorts qui meuvent un état est tel que, dansune partie de la nation, ce développement peutfaire des progrès très-marquans, sans que lasituation des dernieres classes en devienne plusheureuse. Presque tout le nord de l’Europe nousconfirme cette triste expérience; il y existe despays dans lesquels, malgré la civilisation vantéedes hautes classes de la société, le cultivateurvit encore aujourd’hui dans le même avilissementsous lequel il gémissait trois ou quatre siéclesplutôt. Nous trouverions peut-être le sort desIndiens plus heureux, si nous le comparions àcelui des paysans de la Courlande, de la Russieet d’une grande partie de l’Allemagne septen-trionale. Les indigènes que nous voyons répandus au-jourd’hui dans les villes, et sur-tout dans la cam-pagne du Mexique, et dont le nombre (en ex-cluant ceux de sang mêlé) s’éleve à deux millionset demi, sont ou descendans d’anciens cultiva-teurs, ou les restes de quelques grandes famillesindiennes qui, dédaignant de s’allier aux con-quérans espagnols, ont préféré de labourer deleurs mains les champs que jadis ils faisaient cul-tiver par leurs vassaux. Cette différence influesensiblement sur l’état politique des natifs; elleles divise en Indiens tributaires et Indiens noblesou Caciques. Ces derniers, d’après les lois espa-gnoles, doivent participer aux priviléges de lanoblesse de Castille. Mais, dans leur situationactuelle, cet avantage n’est qu’illusoire. Il estdifficile de distinguer, par leur extérieur, lesCaciques de ces indigènes dont les ancêtres, dutems de Montezuma II, constituaient déjà le baspeuple ou la derniere caste de la nation mexi-caine. Le noble, par la simplicité de son vête-ment et de sa nourriture, par l’aspect de misere
(2) M. Bonpland en a donné une figure dans nos Planteséquinoxiales, vol. 1, p. 75, pl. 24. Depuis peu, on ades pieds de l’arbol de las manitas dans les jardins de Mont-pellier et de Paris. Le cheirostemon est aussi remarquable,par la forme de sa corolle, que l’est, par la forme de sesfruits, le gyrocarpus mexicain que nous avons introduit dansles jardins d’Europe, et dont le célebre Jacquin n’avait putrouver la fleur.
|188| |Spaltenumbruch| qu’il aime à présenter, se confond facilement avecl’Indien tributaire. Ce dernier témoigne au premierun respect qui indique la distance prescrite parles anciennes constitutions de la hiérarchie aztè-que. Les familles qui jouissent des droits hérédi-taires du Cacicasgo, loin de protéger la caste desnatifs tributaires, abusent le plus souvent de leurinfluence. Exerçant la magistrature dans les vil-lages indiens, ce sont eux qui levent la capitation.Non-seulement ils se plaisent à devenir les instru-mens des vexations des blancs, mais ils se serventaussi de leur pouvoir et de leur autorité pourextorquer de petites sommes à leur profit. Desintendans éclairés, qui ont étudié pendant long-tems l’intérieur de ce régime indien, assurent queles caciques pesent fortement sur les indigenestributaires. De même dans plusieurs parties del’Europe, où les juifs sont encore privès desdroits de citoyen, les rabbins pesent sur lesmembres de la commune qui leur est confiée.La noblesse aztèque offre, d’ailleurs, la mêmegrossiereté de mœurs, le même manque de civili-sation que le bas peuple indien; elle demeure,pour ainsi dire, dans le même isolement, et lesexemples de natifs mexicains qui, jouissant du Cacicasgo, ont suivi la carriere de la robe ou del’épée, sont infiniment rares. On trouve plus d’In-diens qui ont embrassé l’état ecclésiastique, sur-tout celui de curé: la solitude des couvens neparaît avoir d’attraits que pour les jeunes fillesindiennes.
(La suite à un prochain numéro.) |Spaltenumbruch| |191| |Spaltenumbruch|

Voyage de MM. Humboldt et Bonpland (1).

Troisieme Partie.

  • Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, par Alexandre de Humboldt; avecun atlas géographique et physique fondé surdes observations astronomiques, des mesurestrigonométriques et des nivellemens baromé-triques. — Deuxieme livraison.
(Fin de la citation. — Voyez les nos d’avant-hier et d’hier.) Lorsque les Espagnols firent la conquête duMexique, ils trouverent déjà le peuple dans cetétat d’abjection et de pauvreté qui accompagnepar-tout le despotisme et la féodalité. L’empereur,les princes, la noblesse et le clergé (les Teopix-qui) possédaient seuls les terres les plus fertiles;les gouverneurs de province se permettaient impu-nément les exactions les plus graves; le cultiva-teur était avili. Les grands chemins, commenous l’avons observé plus haut, fourmillaientde mendians; le manque de grands quadrupedesdomestiques forçait des milliers d’Indiens à fairele métier des bêtes de somme et à servir pourle transport du maïs, du coton, des peaux etd’autres denrées que les provinces les plus éloi-gnées envoyaient comme tribut à la capitale. Laconquête rendit l’état du bas peuple bien plusdéplorable encore; on arracha le cultivateur ausol, pour le traîner dans des montagnes oùcommençait l’exploitation des mines; un grandnombre d’Indiens fut obligé de suivre les armées,et de porter, manquant de nourriture et derepos, par des chemins montueux, des fardeauxqui excédaient leurs forces. Toute propriété in-dienne, soit mobiliaire, soit fonciere, était re-gardée comme appartenant au vainqueur. Ceprincipe atroce fut même sanctionné par uneloi qui assigne aux indigènes une petite portion |Spaltenumbruch| de terrein autour des églises nouvellement cons-truites. La cour d’Espagne, voyant que le nouveauContinent se dépeuplait d’une maniere rapide,prit des mesures bienfaisantes en apparence,mais que l’avarice et la ruse des conquérans(Conquistadores) sut faire tourner contre ceuxdont on se flattait de soulager les malheurs.On introduisit le systême des Encomiendas. Lesindigènes, dont la reine Isabelle avait vainementproclamé la liberté, étaient jusqu’alors esclavesdes blancs, qui se les agrégeaient indistinctement.Par l’établissement des Encomiendas, l’esclavageprit des formes plus régulieres. Pour finir lesrixes entre les Conquistadores, on partagea lesrestes du peuple conquis: les Indiens, divisésen tribus de plusieurs centaines de familles,eurent des maîtres nommés en Espagne parmiles soldats qui s’étaient distingués dans la con-quête, et parmi les gens de loi, que la courenvoya pour gouverner les provinces et pourservir de contre-poids au pouvoir usurpateur desgénéraux. Un grand nombre d’Encomiendas etdes plus beaux, furent distribués aux moines.La religion qui, par ses principes, devait favo-riser la liberté, fut avilie en profitant elle-mêmede la servitude du peuple. Cette répartition desIndiens les attacha à la glèbe: leur travail appar-tenait aux Encomenderos. Le serf prit souventle nom de famille de son maître. Beaucoup defamilles indiennes portent encore aujourd’hui desnoms espagnols, sans que leur sang ait jamais étémêlé au sang européen. La cour de Madrid croyaitavoir donné des protecteurs aux Indiens; elle avaitempiré le mal, elle avait rendu l’oppression plussystématique. Tel fut l’état des cultivateurs mexicains au 16e etau 17e siécle. Depuis le 18e, leur sort a com-mencé à devenir progressivement plus heureux.Les familles des Conquistadores se sont éteintesen partie. Les Encomiendas, considérés commefiefs, n’ont point été distribués de nouveau. Lesvice-rois, et sur-tout les Audiencias, ont veillésur les intérêts des Indiens; leur liberté, et, dansplusieurs provinces, leur aisance même, ont aug-menté peu-à-péu. C’est le roi Charles III sur-tout,qui, par des mesures aussi sages qu’énergiques,est devenu le bienfaiteur des indigènes: il aannullé les Encomiendas; il a défendu les Repar-timientos, par lesquels les Corregidors se cons-tituaient arbitrairement les créanciers, et par con-séquent les maîtres du travail des natifs, enles pourvoyant, à des prix exagérés, de che-vaux, de mulets et de vêtemens (ropa). L’é-tablissement des intendances, que l’on doit auministere du comte de Galvez, est devenusur-tout une époque mémorable pour le bien-être des Indiens. Les petites vexations aux-quelles le cultivateur était sans cesse exposé dela part des magistrats subalternes espagnols etindiens, ont singulièrement diminué sous la sur-veillance active des intendans; les indigènes com-mencent à jouir des avantages que les lois, gé-néralement douces et humaines, leur ont accor-dés, mais dont ils ont été privés dans des siéclesde barbarie et d’oppression. Le premier choix despersonnes auxquelles la cour a confié les placesimportantes d’intendans ou de gouverneurs deprovince, a été très-heureux. Parmi les douze quiadministraient le pays en 1804, il n’y en avaitpas un seul que le public accusât de corruptionou d’un manque d’intégrité. Le Mexique est le pays de l’inégalité. Nullepart peut-être il n’en existe une plus effrayantedans la distribution des fortunes, de la civilisa-tion, de la culture du sol et de la population.L’intérieur du royaume contient quatre villes quine sont éloignées les unes des autres que d’uneou de deux journées, et qui comptent 35,000,67,000, 70,000 et 135,000 habitans. Le plateaucentral depuis la Puebla à Mexico, et de là àSalamanca et Zelaya, est couvert de villages etde hameaux comme les parties les plus cultivéesde la Lombardie. A l’est et à l’ouest de cettebande étroite se prolongent des terreins non dé-frichés, et sur lesquels on ne trouve pas dix àdouze personnes par lieue carrée. La capitale etplusieurs autres villes ont des établissemens scien-tifiques que l’on peut comparer à ceux de l’Eu-rope. L’architecture des édifices publics et privés,l’élégance de l’ameublement, les équipages, leluxe de l’habillement des femmes, le ton de lasociété, tout annonce un raffinement avec lequelcontraste la nudité, l’ignorance et la grossieretédu bas peuple. Cette immense inégalité de fortunen’existe pas seulement parmi les castes des blancs(européens ou indigènes); on la découvre mêmeparmi les indigènes. Les Indiens mexicains, en les considérant enmasse, présentent le tableau d’une grande misere.Relégués dans les terres les moins fertiles, indolenspar caractere, et plus encore par suite de leursituation politique, les natifs ne vivent qu’au jourle jour. Presqu’en vain chercherait-on parmi euxdes individus qui jouissent d’une certaine médio-crité de fortune. Au lieu d’une aisance heureuse,on trouve quelques familles dont la fortune paraîtd’autant plus colossale, qu’on s’y attend moins |Spaltenumbruch| dans la derniere classe du peuple. Dans les inten-dances d’Oaxacca et de Valladolid, dans la valléede Toluca, et sur-tout dans les environs de lagrande ville de la Puebla de los Angeles, viventquelques Indiens qui, sous l’apparence de la mi-sere, recelent des richesses considérables. Lors-que je visitai la petite ville de Cholula, on yenterra une vieille femme indienne qui laissait àses enfans des plantations de maguey (agave)pour plus de 360,000 fr. Ces plantations sont lesvignobles et toute la richesse du pays. Cependant,il n’y a pas de caciques à Cholula; les Indiensy sont tous tributaires, et se distinguent par unegrande sobriété, par des mœurs douces et paisi-bles. Ces mœurs des Cholulains contrastentsinguliérement avec celles de leurs voisins deTlascala, dont un grand nombre prétend des-cendre de la noblesse la plus titrée, et qui aug-mentent leur misere par leur goût pour les procèset par un esprit inquiet et querelleur. Aux famillesindiennes les plus riches appartiennent, à Cho-lula, les Axcotland, les Sarmientos et Romeros;à Guaxocingo, les Sochipiltecalt; et sur-tout dansle village de los Reyes, les Tecuanouegues. Cha-cune de ces familles possede un capital de 800,000à 1,000,000 de livres tournois. Ils jouissent, commenous l’avons indiqué plus haut, d’une grande con-sidération parmi les Indiens tributaires; mais ils vontgénéralement pieds nuds; couverts de la tuniquemexicaine d’un tissu grossier et d’un brun noirâ-tre, ils sont vêtus comme le dernier de la racedes indigènes. Après l’examen de l’etat physique et moral desdifférentes castes qui composent la populationmexicaine, le lecteur desirera sans doute voiraborder la question, quelle est l’influence de cemélange de races sur le bien-être général de lasociété, quel est le degré de jouissance et debonheur individuel que, dans l’état actuel dupays, l’homme cultivé peut se procurer au milieude ce conflit d’intérêts, de préjugés et de ressen-timens? Nous ne parlons point ici des avantages qu’of-frent les colonies espagnoles, par la richesse deleurs productions naturelles, par la fertilité deleur sol, par la facilité qu’y trouve l’homme depouvoir choisir, à son gré et le thermomètre à lamain, sur un espace de quelques lieues carrées,la température ou le climat qu’il croit le plus favo-rable à son âge, à sa constitution physique ou augenre de culture auquel il veut s’adonner. Nousne retraçons point le tableau de ces pays délicieuxsitués à mi-côte dans la région des chênes et dessapins, entre 1000 et 1400 mètres de hauteur, oùrègne un printems perpétuel où les fruits lesplus délicieux des Indes se cultivent auprès deceux de l’Europe, et où ces jouissances ne sonttroublées ni par la multitude des insectes, nipar la crainte de la fievre jaune (vomito), ni parla fréquence des tremblemens de terre. Il ne s’agitpoint ici de discuter si, hors des tropiques, ilexiste une région dans laquelle l’homme, avecmoins de travail, puisse subvenir plus largementaux besoins d’une famille nombreuse. La prospé-rité physique du colon ne modifie pas seule sonexistence intellectuelle et morale. Lorsqu’un Européen, qui a joui de tout cequ’offre d’attrayant la vie sociale des pays les plusavancés dans la civilisation, se transporte dans cesrégions lointaines du nouveau Continent, il gémit àchaque pas de l’influence que, depuis des siécles,le gouvernement colonial a exercée sur le moral deshabitans. L’homme instruit, qui ne s’intéresse qu’audéveloppement intellectuel de l’espece, y souffrepeut-être moins que l’homme doué d’une grandesensibilite: le premier se met en rapport avec lamétropole; les communications maritimes luiprocurent des livres, des instrumens; il voit avecravissement les progrès que l’étude des sciencesexactes a faits dans les grandes villes de l’Amé-rique espagnole: la contemplation d’une naturegrande, merveilleuse, variée dans ses produc-tions, dédommage son esprit des privationsauxquelles sa position le condamne: le secondne trouve la vie agréable dans les colonies es-pagnoles qu’en se repliant sur lui-même. C’estlà que l’isolement et la solitude lui paraissentsur-tout desirables, s’il veut profiter paisiblementdes avantages que présentent la beauté de cesclimats, l’aspect d’une verdure toujours fraîche,et le calme politique du Nouveau‒Monde. Enénonçant ces idées avec franchise, je n’accusepas le caractere moral des habitans du Mexiqueou du Pérou; je ne dis pas que le peuple deLima soit moins bon que celui de Cadix; j’in-clinerais plutôt à croire ce que beaucoup d’au-tres voyageurs ont observé avant moi, que lesAméricains sont doués par la nature d’une amé-nité et d’une douceur de mœurs qui tendent àla mollesse, comme l’énergie de quelques na-tions européennes dégénere facilement en dureté.Ce manque de sociabilité qui est en général dansles possessions espagnoles, ces haines qui di-visent les castes les plus voisines, et dontles effets répandent de l’amertume dans la viedes colons, sont uniquement dûs aux prin-cipes de politique qui, depuis le 16e siécle, ontgouverné ces régions. Un gouvernement éclairésur les vrais intérêts de l’humanité, pourra pro-
(1) Il a paru jusqu’ici du Voyage de MM. Humboldt et Bonpland: Essai sur la Géographie des plantes, et tableau physique desrégions équinoxiales; prix, 40 fr.; papier vélin, 60 fr. Recueil d’observations de Zoologie et d’Anatomie comparée, livraisons 1—4, 60 fr.; pap. vél., 84 fr. Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, avecatlas, livraison 1—2, 84 fr.; pap. vel., 108 fr. Recueil d’observations astronomiques, avec le tableau du ni-vellement barométrique, et le conspectus longitudinum etlatitudinum, d’après les calculs de M. Oltmanns, livraison1—2, 66 fr.; pap. vél., 98 fr. Plantes équinoxiales, livraison 1—10, 298 fr. Monographie des Melastomes et des Rhexia (les deux derniersouvrages rédigés par M. Bonpland), livraison 1—8, 288 fr.Total, 821 fr.; pap. vél., 915 fr.Toutes les parties se vendent séparément à Paris, chez T. Schoell, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, n° 29.
|192| |Spaltenumbruch| pager les lumieres et l’instruction; il réussira àaugmenter le bien être physique des colons, enfaisant peu à peu disparaître cette inégalité mons-trueuse des droits et des fortunes: mais il trou-vera d’immenses difficultés à vaincre, lorsqu’ilvoudra rendre les habitans sociables et leur ap-prendre à se regarder mutuellement comme con-citoyens.
N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, la sociétés’est formée d’une maniere bien différente qu’auMexique et dans les autres régions continentalesdes colonies espagnoles. En pénétrant dans lesmonts Alléghanys, les Européens ont trouvédes forêts immenses dans lesquelles erraient quel-ques tribus de peuples chasseurs que rien n’at-tachait à un sol non défriché. A l’approche desnouveaux colons, les indigenes se retirerentpeu à peu dans les savanes occidentales quiavoisinent le Mississipi et le Missoury. Ainsi deshommes libres d’une même race, de la mêmeorigine, devinrent les premiers élémens d’unpeuple naissant. “Dans l’Amérique septentrio-nale, dit un homme célebre, un voyageur quipart d’une ville principale, où l’état social estperfectionné, traverse successivement tous lesdegrés de civilisation et d’industrie, qui vonttoujours en s’affaiblissant jusqu’à ce qu’il arrive,en très-peu de jours, à la cabane informe etgrossiere construite de troncs d’arbres nouvelle-ment abattus. Un tel voyage est une sorte d’ana-lyse pratique de l’origine des peuples et des Etats.On part de l’ensemble le plus composé pour arriveraux données les plus simples; on voyage enarriere dans l’histoire des progrès de l’esprit hu-main; on retrouve dans l’espace ce qui n’est dûqu’à la succession du tems (2).” Dans la Nouvelle-Espagne et au Pérou, si l’onen excepte les missions, les colons ne sont nullepart rentrés dans l’état de nature. Se fixant aumilieu des peuples agricoles, qui vivaient euxmêmes sous des gouvernemens aussi compliquésque despotiques, les Européens ont profité desavantages que leur offraient la prépondérance deleur civilisation, leur astuce et l’autorité que leurdonnait la conquête. Cette situation particuliere,et le mélange de races dont les intérêts sont dia-métralement opposés, devinrent une source in-tarissable de haine et de désunion. A mesure queles descendans des Européens furent plus nom-breux que ceux que la métropole envoya direc-tement, la race blanche se divisa en deux partis,dont les liens du sang ne peuvent calmer lesressentimens. Le gouvernement colonial, par unefausse politique, crut profiter de ces dissensions.Plus les colonies sont grandes, et plus l’admi-nistration prend un caractere de méfiance. D’aprèsdes idées que malheureusement on a suivies depuisdes siécles, ces régions lointaines sont considé-rées comme tributaires de l’Europe. On y distribuel’autorité, non point de la maniere que l’intérêtpublic l’exige, mais ainsi que le dicte la craintede voir augmenter trop rapidement la prospéritédes habitans. Cherchant la sécurité dans les dis-sensions civiles, dans la balance du pouvoir etdans une complication de tous les ressorts dela grande machine politique, la métropole tra-vaille sans cesse à nourrir l’esprit de parti et àaugmenter la haine que se portent mutuellementles castes et les autorités constituées. De cet étatde choses naît une aigreur qui trouble les jouis-sances de la vie sociale.

(2) M. de Talleyrand, dans son Essai sur les Coloniesnouvelles.