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Alexander von Humboldt: „Voyage de Humboldt et Bonpland en Amérique, tiré du magasin littéraire de Philadelphie, publié en juillet 1804“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1804-Baron_Humboldt-23-neu> [abgerufen am 22.06.2024].

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Permalink:
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Titel Voyage de Humboldt et Bonpland en Amérique, tiré du magasin littéraire de Philadelphie, publié en juillet 1804
Jahr 1807
Ort Paris
Nachweis
in: Bibliothèque américaine 1:5 (1807), S. 91–110.
Sprache Französisch
Typografischer Befund Antiqua; Auszeichnung: Kursivierung, Kapitälchen; Schmuck: Initialen.
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: II.23
Dateiname: 1804-Baron_Humboldt-23-neu
Statistiken
Seitenanzahl: 20
Zeichenanzahl: 24318

Weitere Fassungen
Baron Humboldt (Philadelphia, Pennsylvania, 1804, Englisch)
Notice d’un voyage aux tropiques, exécuté par MM. Humboldt et Bonpland, en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804. Par J.-C. Delamétherie (Paris, 1804, Französisch)
Baron Humboldt (New York City, New York, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Philadelphia, Pennsylvania, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (New York City, New York, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Philadelphia, Pennsylvania, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Charleston, South Carolina, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Harrisburg, Pennsylvania, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Washington, District of Columbia, 1804, Englisch)
Travels of Baron Humboldt (Kingston, New York, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Washington, District of Columbia, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Amherst, New Hampshire, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Richmond, Virginia, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (New Bedford, Massachusetts, 1804, Englisch)
Baron Humboldt (Dover, New Hampshire, 1804, Englisch)
Auszug aus Delametheriés vorläufiger Nachricht von der durch die Herren v. Humboldt und Bonpland in den Jahren 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 und 1804 nach den Wendekreisen unternommenen Reise (Wien, 1804, Deutsch)
Reise der Herren von Humboldt und Bonpland nach den Wendekreisen In den Jahren 1799 bis 1804. Eine gedrängte Uebersicht des Auszugs ihrer Memoiren v. J. C. Delametherie. Nach dem Französischen übertragen von Schirges Dr. (Hannover, 1805, Deutsch)
J. C. Delametherie’s vorläufige Nachricht von der durch die Herren v. Humboldt und Bonpland in den Jahren 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 und 1804 nach den Wendekreisen unternommenen Reise (Weimar, 1805, Deutsch)
Short Account of the Travels between the Tropics, by Messrs. Humboldt and Bonpland, in 1799, 1800, 1801, 1802, 1803, and 1804. By J. C. Delametherie (London, 1805, Englisch)
J. C. Delametherie’s vorläufige Nachricht von der durch die Herren von Humboldt und Bonpland in den Jahren 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 und 1804 nach den Wendekreisen unternommenen Reise (Salzburg, 1805, Deutsch)
Account of the Travels between the Tropics of Messrs. Humboldt and Bonpland, in 1799, 1800, 1801, 1802, 1803, and 1804. By J. C. Delamétherie (London, 1805, Englisch)
Travels in South America (Edinburgh, 1805, Englisch)
Voyage de Humboldt et Bonpland en Amérique, tiré du magasin littéraire de Philadelphie, publié en juillet 1804 (Paris, 1807, Französisch)
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VOYAGE De Humboldt et Bonpland en Amérique,tiré du magasin littéraire de Philadelphie,publié en juillet 1804. — Traduit de l’an-glais par M. Caritat.

L’abrégé que nous donnons ici du Voyageen Amérique, des célèbres Humboldt et Bon-pland, est pris sur les notes que le premiera bien voulu communiquer, et servira à fairemettre de côté plusieurs relations très-incor-rectes, publiées avant la présente, sur ce sujetintéressant. M. Humboldt, après avoir voyagé commenaturaliste depuis l’année 1790 en Allemagne,en Pologne, en France, en Suisse et dansune partie de l’Angleterre, de l’Italie, de laHongrie et de l’Espagne, est venu à Paris en1798, époque à laquelle il reçut une invitationdes directeurs du Musée national, pour accom-pagner le capitaine Baudin dans son voyageautour du monde. M. Bonpland, né à la Ro-chelle, et élevé au Musée de Paris, devoitaussi aller avec lui; mais au moment de par-tir, le projet fut suspendu jusqu’à une occa-sion plus favorable, attendu que la guerreavec l’Autriche venoit de recommencer. |92| M. Humboldt qui, depuis 1792, avoit forméle dessein de voyager aux Indes, avec l’inten-tion d’étendre les connoissances déjà acquisesdans les sciences liées à l’histoire naturelle,résolut alors de suivre les savans partis avecl’expédition d’Egypte. Son plan étoit d’aller à Alger, sur la frégate suédoise qui devoit yconduire le consul Skoldebrandt, de suivre lacaravane qui va d’Alger à la Mecque, de pas-ser de l’Egypte en Arabie, et de-là par le golfePersique, aux établissemens anglais dans l’Inde.La guerre qui survint en octobre 1798, entrela France et les puissances barbaresques, ainsique les troubles de l’Orient, empêchèrentM. Humboldt de s’embarquer à Marseille, oùil étoit resté deux mois à attendre inutilement.Impatienté de ce délai, et persistant dans larésolution qu’il avoit prise de se rendre en Egypte, il alla en Espagne, espérant pouvoirpasser plus aisément, sous les couleurs espa-gnoles, de Carthagène à Alger et Tunis. Ilemporta avec lui la collection considérabled’instrumens de physique, de chimie et d’as-tronomie qu’il avoit achetée en Angleterre eten France. Par un concours de circonstances heureu-ses, il obtint, en 1799, de la cour de Madrid,la permission de visiter les colonies espagnoles |93| des deux Amériques; elle fut accordée avecune libéralité et une franchise qui font hon-neur au gouvernement et à un siècle philoso-phique. Après avoir résidé quelques mois àla cour d’Espagne, pendant lesquels le roiparut prendre le plus vif intérêt à l’entreprise,M. Humboldt quitta l’Europe en juin 1799,accompagné de M. Bonpland, qui joignoit àune connoissance profonde en botanique eten zoologie, un zèle indéfatigable. C’est aveccet ami que M. Humboldt accomplit, à sesfrais, ses voyages dans les deux hémisphères,par terre et par mer, voyages que l’on peutregarder comme étant probablement les plusétendus qu’aucun individu ait jamais entre-pris. Ces deux voyageurs quittèrent la Corogne,à bord du vaisseau espagnol le Pizarre, pouraller aux îles Canaries, où ils gravirent lecratère du Pic de Teyde, et firent des expé-riences sur l’analyse de l’air. Ils arrivèrent enjuillet au port de Cumana, dans l’Amériquedu Sud. En 1799, ils visitèrent la côte deParia, les Missions des Indiens Chaymas, laprovince de la Nouvelle-Andalousie, (paysbouleversé par les tremblemens de terre lesplus eſſroyables, le plus chaud, et cependantle plus sain que l’on connoisse) de la Nou- |94| velle-Barcelone, de Venezuela et de la Guianeespagnole. En janvier 1800, ils quittèrent Ca-racas pour aller voir les vallées charmantesd’Aragua, où le grand lac de Valence rap-pelle à l’imagination les vues du lac de Ge-nève, embellies de toute la végétation des tro-piques. De Porto-Cabello ils traversèrent, ausud, les plaines immenses de Caloboza, d’A-pure et de l’Orénoque, ainsi que Los Lanos,désert semblable à ceux de l’Afrique dansl’ombre (par la réverbération de la chaleur),le thermomètre monte à 35 et 37 degrés. Leniveau du pays, dans un espace de 2000lieues quarrées, ne diffère pas de cinq pou-ces. Le sable représente par-tout l’horison dela mer, sans végétation; et son sein desséchécache les crocodiles et des serpens engourdis.On voyage à cheval dans ce pays, ainsi quedans toute l’Amérique espagnole, excepté auMexique. Ils étoient des jours entiers sansappercevoir un palmier ou les vestiges d’uneseule habitation. A St.-Fernando d’Apure,dans les provinces de Varinos, MM. Hum-bold et Bonpland commencèrent cette navi-gation fatigante d’environ mille lieues ma-rines, qui se fait dans des canots, levant unecarte du pays avec le secours de chronomè-tres, des satellites de Jupiter et des distances |95| lunaires. Ils descendirent la rivière d’Apure,qui se jette dans l’Orénoque, à sept degrésde latitude. Ils remontèrent cette dernièrerivière, passant les célèbres cataractes deMapures et d’Atures, jusqu’à l’embouchurede la Guaviare. De-là ils remontèrent lespetites rivières de Tabapa, Juamini et Tenie.De la mission de Sarita, ils allèrent par terreaux sources de la fameuse Rio-Negro, que la Condamine vit à l’endroit où elle s’unitau fleuve des Amazones, et qu’il appelleune mer d’eau douce. Environ trente Indiensportèrent les canots au travers des bois deManci Lecythis et de Laurus Cinamoides à lacrique de Pemichin. Ce fut par ce ruisseauque les voyageurs entrèrent dans la Rio-Negro ou rivière Noire qu’ils descendirentjusqu’à St.-Charles, qu’on a supposé par erreurêtre placé sous l’équateur ou précisément auxfrontières du Grand-Para, dans le gouverne-ment du Brésil. Un canal de Tenie à Pemi-chin, qui, par la nature du terrein, est très-praticable, offriroit une belle communica-tion intérieure entre le Para et la provincede Carracas, communication qui seroit infini-ment plus courte que celle de la Cassiquiare.De la forteresse Saint-Charles, sur la Rio-Negro, M. Humboldt alla en remontant |96| cette rivière et la Cassiquiare, à la rivièred’Orénoque, et par cette rivière au volcanDaida, ou à la mission de l’Esmeralda, prèsdes sources de l’Orénoque: les Indiens Guaïcas,(une race d’hommes presque pigmés, très-blancset très-guerriers), rendent inutiles toutes ten-tatives qui auroient pour but de parveniraux sources elles-mêmes. De l’Esmeralda, MM. Humboldt et Bonpland descendirent à Saint-Thomas de la Guyane,ou l’Angastura, vers l’embouchure de l’Oré-noque, lorsque ses eaux s’élevèrent. Ce futpendant cette navigation qu’ils souffrirent,sans interruption, par le manque de vivreset d’abri des pluies de la nuit, obligés de vivredans les bois, exposés aux moustiques, et àune variété infinie d’insectes nuisibles; parl’impossibilité de pouvoir se baigner, enétant empêchés par la férocité du crocodile,par le craïb, sorte de petit poisson dange-reux, et, finalement, par les miasmes d’unclimat brûlant. Ils retournèrent à Cumana,par les plaines de Cari, et la mission desCaraïbes, race d’hommes très-différente d’au-cune autre, et probablement, après les Pa-tagons, les plus grands et les plus robustesqui existent au monde. Après être restés quelques mois à la Nou- |97| velle Barcelonne et à Cumana, les voyageursarrivèrent à la Havane; en se rendant à cetendroit, ils éprouvèrent une navigation fati-gante et dangereuse, le bâtiment ayant, pen-dant la nuit, pensé toucher sur les rochersde Vibora. M. Humboldt resta trois mois dansl’île de Cuba, où il s’occupa à établir la lon-gitude de la Havane, et à construire des poëlessur les plantations à sucre, qui ont été, de-puis, assez généralement adoptés. Ils étoientau point de partir pour la Vera-Cruz, seproposant d’aller, par la voie du Mexiqueet d’Acapulco, aux isles Philippines, et de-là,s’il étoit possible, par Bombay et Alep, à Cons-tantinople, lorsque de faux bruits, relative-ment au voyage du capitaine Baudin, les in-quiétèrent, et leur firent changer leur plan.Les gazettes rapportoient que ce navigateurdevoit aller de France à Buénos-Ayres, et,de là, par le cap Horn, au Chili et au Pérou.M. Humboldt avoit promis à M. Baudin, etaux membres du Muséum de Paris, que, danstel lieu qu’il fût, il s’efforceroit de joindrel’expédition aussitôt qu’il seroit instruit de sondépart. Il avoit l’idée que ses recherches etcelles de son ami Bonpland pouvoient être plusutiles à la science, en les réunissant aux tra-vaux des savans qui devoient accompagner lecapitaine Baudin. |98| Ces considérations engagèrent M. Humboldt à envoyer ses manuscrits de 1799 et 1800,directement en Europe, et de fréter un petitbâtiment à Batabano pour se rendre à Car-thagène, et de-là aussi vîte qu’il seroit pos-sible, par l’isthme de Panama, à la mer duSud. Il espéroit trouver le capitaine Baudin à Guayaquil ou à Lima, et visiter avec luila Nouvelle-Hollande et les isles de l’OcéanPacifique, pays également intéressans sous unpoint de vue moral comme par la surabon-dance de leur végétation. Il parut imprudent d’exposer les collectionset manuscrits déjà rassemblés, aux risques decette navigation projettée. Ces manuscritsdont M. Humboldt ignora le sort pendanttrois ans, et jusqu’à son arrivée à Philadelphie,parvinrent en sûreté; mais un tiers de lacollection fit naufrage. A la vérité (exceptéles insectes de l’Orénoque et de la Rio-Negro)elle étoit seulement composée de duplicata;mais malheureusement le frère Jean Gon-zales, moine de l’ordre de St.-François, l’amiauquel on l’avoit confiée, périt avec elle.C’étoit un jeune homme plein d’ardeur, quiavoit pénétré dans cette partie de la Guyaneespagnole plus loin qu’aucun autre européen. M. Humboldt quitta Batabano en mars 1801, |99| et passa au sud de l’isle de Cuba, où il déter-mina plusieurs positions géographiques. Latraversée devint très-longue par les calmeset les courans qui portèrent le bâtiment tropà l’Ouest, vers les bouches de l’Attracto. Ilentra dans la rivière de Sinu, où jamais bo-taniste n’avoit paru, et les voyageurs eurentbeaucoup de peine à arriver à Carthagène. Lasaison étant trop avancée pour la navigationde la mer du Sud, le projet de traverserl’isthme fut abandonné. M. Humboldt ayantun grand desir de connoître le célèbre Mutis,et faisant un cas infini de ses superbes et im-menses collections d’histoire naturelle, il sedétermina à passer quelques semaines dansles bois de Turbaco, et à remarquer la bellerivière de la Magdelaine, ce qui prit qua-rante jours, pendant lesquels il en traça lecours sur une carte. Depuis Honda, nos voyageurs remon-tèrent au travers de forêts de chênes, de Melastomo et de Cinchona (arbre qui four-nit le quinquina) jusqu’à Santa-Fé de Bogota,capitale du royaume de la Nouvelle-Grenade,située dans une belle plaine élevée de 1360toises au-dessus du niveau de la mer. Les su-perbes collections de Mutis, la cataracte ma-jestueuse de Tequendama, qui a 98 toises de |100| haut, les mines de Mariquita, St-Ana et deTipaquira, le pont naturel de Scononza,formé de trois pierres jetées ensemble enespèce d’arche, par un tremblement de terre,ces divers objets curieux fixèrent l’attentionde MM. Humboldt et Bonpland, jusqu’aumois de septembre 1801. A cette époque, quoique la saison pluvieuseeût commencé, ils entreprirent le voyage deQuito, et traversèrent les andes de Quindin,montagnes abondantes en neige, couvertes depalmiers à cire, de passeflores provenant desarbres, de storax et de bambous. Ils furent,pendant treize jours, obligés de passer à piedpar des endroits horriblement marécageux,et où rien n’indiquoit qu’ils fussent habités. Du village de Carthago, dans la vallée deCauca, ils suivirent le cours de la Choco,pays du Palatina, que l’on trouve dans cet en-droit en morceaux ronds de basalte, de rocheverte, et de bois fossil. Ils passèrent de Bugaà Popayan, le siége d’un évêché qui est situéprès des volcans de Sotara et Purace, lieu très-pittoresque, où on jouit du plus charmant cli-mat du monde, le thermomètre de Réaumur étant constamment entre 16 et 18 degrés.Ils gravirent le cratère du volcan de Puracedont la bouche, au milieu de la neige, |101| exhale des vapeurs d’hydrogène sulfureux,accompagnées d’un bruit continuel et terrible. De Popayan, ils passèrent par les défilésdangereux d’Almager, en évitant la valléeinfecte et contagieuse de Patia à Posto, et decette ville qui est située au pied d’un volcanenflammé, par Tuqueras et la province dePastos, portion de pays plat fertile en grainsd’Europe, mais élevé de plus de 15 à 1600toises au-dessus des villes d’Ibarra et deQuitto. Ils arrivèrent en janvier 1802 à cette su-perbe capitale, célèbre par les travaux desillustres la Condamine, Bouger, Godin, George, Juan et Ulloa, et encore plus célèbrepar l’extrême amabilité de ses habitans, etleur heureuse disposition pour les arts. Ils restèrent environ un an dans le royaumede Quito. La hauteur de ses montagnes cou-vertes de neige, ses tremblemens de terreaffreux (celui du 7 février 1797 a englouti42,000 habitans en quelques secondes), sa fer-tilité et les mœurs de ses habitans semblentavoir été combinés pour le rendre le pays del’univers le plus intéressant. Après avoir essayéen vain à trois différentes reprises, ils réus-sirent deux fois à gravir le cratère du volcande Pichincha, ayant avec eux des électro- |102| mètres, baromètres et hygromètres. La Con-damine n’avoit pu s’arrêter là que quelquesminutes, et encore sans instrumens. Au temsoù il y parvint, cet immense cratère étoitfroid et rempli de neige. Nos voyageurs letrouvèrent enflammé; chose affligeante pourla ville de Quito, qui en est seulement éloi-gnée de 5 à 6000 toises. Ils visitèrent séparément les montagnes deneige et de porphyre d’Antisana, Cotopaxi,Tungarague et Chimborazo, cette dernièredonne le point le plus élevé de notre globe.Ils étudièrent la partie géologique de la Cor-dilière des Andes, sujet sur lequel rien n’aété publié en Europe, la science de la miné-ralogie (si on peut se servir de l’expression)ayant été créée pour ainsi dire depuis le temsde la Condamine. Les mesures géodésiquesqu’ils prirent, prouvent que quelques mon-tagnes, particulièrement celle du volcan deTungarague, ont considérablement baissé depuis1750, résultat qui s’accorde avec les obser-vations qui leur ont été faites par les habitans. Pendant toute cette partie du voyage, ilsont été accompagnés de M. Charles Montu-tar, fils du marquis de Selva-Alègre, de Qui-to, homme extrêmement zélé pour les progrèsde la science, et qui rebâtit maintenant, à ses |103| dépens, les pyramides de Saraqui, formantl’extrémité des bases célèbres des triangles desacadémiciens français et espagnols. Ce jeunehomme intéressant ayant suivi M. Humboldt le reste de son voyage dans le Pérou et laNouvelle-Espagne, se rend dans ce momentavec lui en Europe. Les circonstances furent si favorables auxeſſorts des trois voyageurs, qu’à Antisana, ilsmontèrent à 2200 pieds, et à Chimborazo, le22 juin 1802, à près de 3200 pieds plus haut que la Condamine ne put porter ses instrumens.Leur élévation étoit de 3036 toises au-dessusdu niveau de la mer, hauteur à laquelle le sangjaillit de leurs yeux, de leurs lèvres et de leursgencives. Une ouverture de 80 toises de pro-fondeur les empêcha d’atteindre le faîte de lamontagne, dont ils n’étoient qu’à 134 toises. Ce fut à Quito que M. Humboldt reçut lalettre de l’Institut national de France, quil’informoit que le capitaine Baudin avoit faitvoile pour le Cap de Bonne-Espérance, et qu’iln’étoit plus possible d’espérer de le rejoindre. Après avoir examiné le pays bouleversé parle tremblement de terre de Riobamba, en1797, ils passèrent par les Andes d’Assuay àCuenza. Le desir de comparer les quinquinas(cinchona) découverts par M. Mutis à Santa- |104|Fé de Bogota, et avec ceux de Popayan, et lecuspa et cuspare de la Nouvelle-Andalousie,et de la rivière Caroni (faussement nomméeCortex Augustura) avec le cinchona (quin-quina) de Loxa et du Pérou, ils préférèrents’écarter du chemin ordinaire de Cuenza àLima; mais ce fut avec grande difficulté qu’ilsse rendirent, avec la voiture de leurs instru-mens et collections, par la forêt (Paramo)de Saragura à Loxa, et de-là à la province deSaen de Bracamoros. Ils eurent à traverser,trente-cinq fois en deux jours, la rivière deGuancabamba, si dangereuse par ses inonda-tions soudaines. Ils virent les ruines de lasuperbe route d’Ynga, que l’on comparoit auxplus belles de France, et qui passoit sur lesommet des Andes de Cusco à Assuay. Cetteroute étoit aussi pourvue, pour la commoditédes voyageurs, de fontaines et d’auberges. Ils descendirent la rivière Chamaya, qui lesconduisit au fleuve des Amazones, sur lequelils naviguèrent jusqu’aux cataractes de Tome-perda, climat des plus fertiles, mais un desplus chauds du globe habitable. Du fleuve des Amazones, ils retournèrent au sud-est par lesCordilières des Andes, à Montar, où ils s’ap-perçurent qu’ils avoient passé l’Equateur Ma-gnétique, l’inclinaison étant 0., quoiqu’à sept |105| degrés de latitude au sud. Ils visitèrent lesmines de Hualguayoc, où on trouve de l’ar-gent pur à la hauteur de deux mille toises.Quelques veines de ces mines contiennent descoquillages pétrifiés, et on les regarde aveccelles de Pasco et d’Huantajayo, comme étantréellement les plus riches du Pérou. De Caxa-marca, ils descendirent à Truxillo, dans levoisinage duquel ils trouvèrent les ruines deMansiche, ville péruvienne immense. Ce fut en descendant les Andes, vers l’ouest,que les trois voyageurs eurent, pour la pre-mière fois, le plaisir de voir l’Océan-Paci-fique. Ils en suivirent les bords stériles, autre-fois arrosés par les canaux des Yngas à Santa,Guerma et Lima. Ils s’arrêtèrent quelques moisdans cette capitale intéressante du Pérou, oùles habitans se font remarquer par la vivacitéde leur esprit et par leurs idées libérales. M. Humboldt fut assez heureux de pouvoirobserver la fin du passage de Mercure sur ledisque du soleil, dans le port de Callao. Ilfut très-surpris de trouver, à une si grandedistance de l’Europe, les ouvrages les plusnouveaux sur la chimie, les mathématiqueset la médecine, et observa beaucoup d’acti-vité d’esprit parmi les habitans, qui, dans unclimat où il ne pleut ni ne tonne point, ont |106| été, avec injustice, accusés d’indolence. De Lima, nos voyageurs se rendirent, parmer, à Guayaquil, situé sur les bords d’unerivière où le palmier croît d’une beauté qu’ilest impossible de décrire. A chaque instant ilsentendoient le bruit souterrain du volcan deCotopaxi, qui, le 6 février 1803, répandit l’a-larme par une explosion. Ils partirent immé-diatement pour le visiter une seconde fois;mais ayant été informés du départ prochainde la frégate l’Atalante, ils se déterminèrent àretourner, après avoir été tourmentés pendantsept jours, d’une manière terrible, par lesmoustiques de Babaoya et d’Ujibar. Ils eurent une heureuse traversée sur l’O-céan-Pacifique, jusqu’à Acapulco, dans leroyaume de la Nouvelle-Espagne. Cette villeest renommée par la beauté de son port, quisemble avoir été formé par des tremblemensde terre, pour la misère de ses habitans etpour son climat, qui est chaud et mal-sain. M. Humboldt avoit d’abord l’intention dene rester que quelques mois à Mexico, et deretourner promptement en Europe; son voyagese trouvoit déjà trop prolongé, ses instrumens,particulièrement les chronomètres, commen-çoient à être en mauvais état; et malgré tousses efforts, il ne put parvenir à s’en procurer |107| de neufs; ajoutez à cela que les progrès de lascience sont si rapides en Europe, que dansun voyage qui dure quatre ou cinq ans, oncourt grand risque de contempler les différensphénomènes de la nature, sous des aspects quipeuvent avoir perdu leur intérêt, au mo-ment où vous publiez le résultat de vos tra-vaux. M. Humboldt espéroit être en Franceen août ou septembre 1803; mais les attraitsdu pays, si beau et si varié dans la nouvelleEspagne; l’hospitalité de ses habitans et lacrainte de la fiévre jaune, si fatale depuisjuin jusqu’en novembre, pour ceux qui vien-nent d’habiter les parties élevées de ces con-trées, le conduisirent à rester un an dans ceroyaume. Nos voyageurs allèrent d’Acapulco à Tasco,célèbre par ses mines, aussi intéressantesqu’elles sont anciennes. Elles s’élèvent insen-siblement de la vallée ardente de Mescala etPapagayo, où dans l’ombre le thermomètrede Réaumur se tient constamment de 28 à31 degrés, dans une région de 6 ou 700toises au-dessus du niveau de la mer, quiproduit des chênes, des pins, de la fougèreaussi grosse que des arbres, et où on cultiveles grains d’Europe. De Tasco, ils se rendi-rent par Cuerna-Vacca à la capitale du Mexi- |108| que. Cette ville, qui contient 150,000 habitans,est bâtie sur l’ancien site de Texochtitlan,entre les lacs de Tezcuco et Xochimilco, lacsqui ont diminué dans une certaine propor-tion, depuis que les Espagnols ont ouvert lecanal de Hacheutoca, d’où l’on voit deuxmontagnes couronnées de neige, dont unenommée Hopocatepec, contient un volcan enactivité. Il est entouré d’un grand nombred’arbres qui forment des promenades, et devillages indiens. La capitale du Mexique, située à 1160 toisesau-dessus du niveau de la mer, dans un cli-mat doux et tempéré, peut sans doute êtrecomparée à quelques-unes des plus bellesvilles de l’Europe. Les grands établissemensscientifiques, tels que l’Académie de Peinture,de Sculpture et Gravure, le Collége des Mines(dû à la libéralité de la compagnie des mi-neurs du Mexique) et le Jardin Botanique,sont des institutions qui font honneur au gou-vernement qui les a créées. Après être restés quelques mois dans la val-lée du Mexique, et avoir fixé la longitude dela ville, opération par laquelle une erreur deprès de deux degrés, dans l’ancienne, a étérelevée, nos voyageurs visitèrent les mines deMoran et Real del Monte, et le Cerro d’Oya- |109| mel, où les anciens Mexicains avoient une ma-nufacture de couteaux de pierre obsidienne.Bientôt après, ils se rendirent, par Queretaroet Salamanca, à Guanaxoato, ville qui contientcinquante mille ames, et célèbre par ses mines,plus riches que celles du Potosi n’ont jamaisété. La mine du comte de Valenciana, dontla profondeur perpendiculaire est de 1840pieds, est la plus profonde et la plus riche del’univers. Cette mine seule donne à son pro-priétaire un profit annuel et constant de prèsde six cents mille dollars. De Guanaxoato ils retournèrent, par la val-lée de St.-Jago, à Valadolid, dans l’ancienroyaume de Michuacan, une des provincesles plus fertiles et les plus charmantes duroyaume. Ils descendirent de Pascuaro vers lacôte de l’Océan-Pacifique, aux plaines de Se-rullo, où, dans une nuit, en 1759, un vol-can s’éleva du niveau entouré de mille petitesouvertures, d’où la fumée continue encore àsortir. Ils arrivèrent presqu’au fond du cra-tère du grand volcan de Serullo, dont ilsanalysèrent l’air qui se trouva fortementimprégné d’acide carbonique. Ils retournèrentau Mexique par la vallée de Teluca, et visi-tèrent le volcan, au plus haut point duquel |110| ils gravirent, et qui se trouve être à 14,400pieds au-dessus du niveau de la mer. Dans les mois de janvier et février, ils pour-suivirent leurs recherches sur la pente orien-tale des Cordilières; ils prirent les dimensionsdes montagnes Mérados, de la Puebla, Popo-catyce, Izazihuatty, du haut pic d’Orizaba etde la cofre de Perote; sur le sommet de cettedernière, M. Humboldt prit la hauteur méri-dienne du soleil. Enfin, après avoir résidéquelque tems à Xalappa, ils s’embarquèrent àla Véra-Cruz pour la Havane. Ils reprirentles collections qu’ils avoient laissées dans cetendroit en 1801, et firent voile pour laFrance, par la voie de Philadelphie, en juil-let 1804, après six années d’absence et de tra-vail. Cette expédition a mis nos voyageurs àmême de recueillir une collection de 6000plantes de différentes espèces, dont unegrande partie sont nouvelles, et de nom-breuses observations minéralogiques, astrono-miques, chimiques et morales. M. Humboldt se loue infiniment de la protection libéraleque le gouvernement espagnol a accordée àses recherches. Ce voyageur est né en Prusse, le 14 sep-tembre 1769.