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Alexander von Humboldt: „Extrait d’une lettre de M. Humboldt, au C. Fourcroy“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1801-Extrait_d_une_lettre_de_M_Humboldt_au_C-01> [abgerufen am 05.02.2023].

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https://humboldt.unibe.ch/text/1801-Extrait_d_une_lettre_de_M_Humboldt_au_C-01
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Titel Extrait d’une lettre de M. Humboldt, au C. Fourcroy
Jahr 1801
Ort Paris
Nachweis
in: Bulletin des Sciences, par la Société Philomatique de Paris 3:50 (Floréal an 9 [April/Mai 1801]), S. 9–11.
Postumer Nachdruck
Alexander von Humboldt, Briefe aus Amerika 1799–1804, herausgegeben von Ulrike Moheit, Berlin: Akademie 1993, S. 100–105.
Sprache Französisch
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: II.10
Dateiname: 1801-Extrait_d_une_lettre_de_M_Humboldt_au_C-01
Statistiken
Seitenanzahl: 3
Zeichenanzahl: 7706

Weitere Fassungen
Extrait d’une lettre de M. Humboldt, au C. Fourcroy (Paris, 1801, Französisch)
Copie d’une lettre écrite de Cumana, le 16 octobre 1800 (24 vendemiaire an 9). Humboldt au citoyen Fourcroy, membre de l’institut national (Paris, 1801, Französisch)
Letter from C. Humboldt to C. Fourcroy, Member of the French National Institute (London, 1801, Englisch)
Copie van een Brief, geschreven van Cumana, den 16den October 1800 (24 Vendem. an 9.) (Haarlem, 1801, Niederländisch)
Copie d’une lettre écrite de Cumana, le 16 Octobre 1800 (24 Vendémiaire an 9) (Brüssel, 1801, Französisch)
Copia de una carta de Cumaná del 24 Vendimiario, año 8º̣ (16 de Octubre de 1800), inserta en el Monitor ó Gazeta nacional de Francia del 7 Prairial, año 9º̣ (27 de Mayo de 1801); traducida en el Real Estudio de Mineralogía por D. Vicente Gonzalez del Reguero. Humboldt al ciud. Fourcroy, miembro del Instituto nacional (Madrid, 1801, Spanisch)
Extrait d’une lettre de M. Humboldt, au C. Fourcroy (Paris, 1801, Französisch)
Auszug aus einem Briefe des Hrn. v. Humboldt an Hrn. Fourcroy (Weimar, 1802, Deutsch)
Выписка изъ письма Гумбольда къ Г-ну Фуркруа. Изъ Куманы отъ 16 го Октября 1800 го года [Vypiska iz pisʹma Gumbolʹda k G-nu Furkrua. Iz Kumany ot 16 go Oktjabra 1800 go goda] (Sankt Petersburg, 1803, Russisch)
Выписка изъ письма Гумбольда къ Г-ну Фуркруа. Изъ Куманы отъ 16 Октября 1800 года [Vypiska iz pisʹma Gumbolʹda k G-nu Furkrua. Iz Kumany ot 16 Oktjabra 1800 goda] (Sankt Petersburg, 1806, Russisch)
|9|

Extrait d’une lettre de M. Humboldt, au C. Fourcroy.

Pendant les 16 mois que nous avons mis à parcourir le vaste terrein situé entrela côte, l’Orenoque, la rivière Noire et l’Amazone, le C. Bonpland a séché avecles doubles plus de 6000 plantes. J’ai fait avec lui, sur les lieux, des descriptionsde 1200 espèces, dont une grande partie nous a paru des genres non décrits par Aublet, Jacquin, Mutis et Dombey. Nous avons ramassé des insectes, des coquilles, desbois de teinture; nous avons disséqué des crocodiles, des lamantins, des singes, des gymnotus electricus, dont le fluide est absolument galvanique et non électrique; nousavons décrit beaucoup de serpens, des lézards, quelques poissons, etc. ...... J’ai entrepris deux voyages: l’un, dans les missions des Indiens Chaymas, duParia; et l’autre, dans ce vaste pays situé au nord de l’Amazone, entre le Popayanet les montagnes de la Guyane française. Nous avons passé deux fois les grandescataractes de l’Orenoque, celles d’Atures et Maypures (lat. 5° 12′ et 5° 39′ long. oc.de Paris, 4h 43′ et 4h 41′ 40″), depuis la bouche du Guaviare et les rivières d’Atabaya,Temi et Tuamini. J’ai fait porter ma pirogue par terre à la rivière Noire. Noussuivions à pied par des bois de Hevea, de Cinchona, de Winterana-Canella.....Je descendis le Rio-Negro, jusqu’à San-Carlos, pour en déterminer la longitude parle garde-tems de L. Berthoult, dont je suis encore très-content. Je remontai le Casiguiare,habité par les Ydapaminares, qui ne mangent que les fourmis séchées à la fumée.Je pénétrai aux sources de l’Orenoque, jusqu’au delà du volcan de Duida, jusqu’oùla férocité des Indiens Guaicas et Guakaribos le permet, et je descendis tout l’Orenoque,par la force de son courant, jusqu’à la capitale de la Guyane, j’ai fait 500 lieues en26 jours, sans y comprendre les jours de relâche. ...... Nous vous avons envoyé le lait d’un arbre que les Indiens nomment la vache,parce qu’ils en boivent le lait, qui n’est point nuisible, mais au contraire fort nour-rissant. A l’aide de l’acide nitrique, j’en ai fait du caoutchouc; j’ai mêlé de la soudeà celui que je vous ai destiné: le tout d’après les principes que vous avez fixés vous-même (1). ...... J’ai cherché aussi à vous procurer le curare ou le fameux poison des Indiensde la rivière Noire, dans toute sa pureté. J’ai fait exprès un voyage à l’Esmeralda,pour voir la liane qui donne ce suc: malheureusement elle n’étoit point en fleur.Je vous donnerai une autre fois avec détail le procédé qu’emploient pour le fabriquer
(1) Le C. Fourcroy a conseillé d’ajouter un alkali caustique au suc de l’Hevea que l’on vouloit envoyeren bouteilles, afin d’empêcher le caoutchouc de s’en précipiter. (Note des Rédacteurs.)
|10| les Indiens Catarapeni et Magnixitases; en voici seulement un apperçu: la plante quidonne le poison se nomme maracury; je vous envoie des rameaux de cette liane:elle croît peu abondamment entre les montagnes granitiques de Guanaja et Yumariquin,à l’ombre des Theobroma-cacao, et des caryocas. On en enlève l’épiderme; on enfait une infusion à froid; on exprime d’abord le suc, puis on laisse de l’eau reposersur l’épiderme déjà à demi exprimée, et on filtre l’infusion. La liqueur filtrée estjaunâtre; on la cuit, on la concentre par évaporation, et on l’amène à la consistancesirupeuse de la melasse. Cette melasse contient déjà le poison même, mais elle n’estpas assez épaisse pour qu’on puisse en enduire les flèches. On la mêle avec le suc glutineuxd’un autre arbre, que les Indiens nomment kinacagnera: ce mélange se cuit de nouveaujusqu’à ce que le tout soit réduit en une masse brunâtre. Vous savez que le curareest pris intérieurement comme remède stomachal: il n’est nuisible que lorsqu’il est mêléau sang qu’il désoxide. Il n’y a que quelques jours que j’ai commencé à travailler surlui, et j’ai vu qu’il décompose l’air atmosphérique.
J’ajoute au Maracury et au Curare, trois autres substances: le Dapiche, le lechede Pendare, et la terre des Otomagues. Le Dapiche est un état de la gomme élastique, qui vous est sans doute inconnu.Nous l’avons découvert dans un endroit où il n’y a pas de Hevea, dans les marais dela montagne de Javita (lat. 2° 5′); marais fameux par les terribles serpens Boaqu’ils nourrissent. Nous trouvâmes chez les Indiens Poimisanos et Paragini, des ins-trumens de musique faits avec du Caoutchouc; et les habitans nous dirent qu’il setrouvoit dans la terre. Le Dapiche ou Zapis, est une masse spongieuse blanche,que l’on trouve sous les racines de deux arbres, le Jacia, ou la Curvana, quinous ont paru de nouveaux genres, et dont nous donnerons les descriptions un jour.Le suc de ces arbres est un lait très-aqueux; mais il paroît que c’est pour eux unemaladie de perdre le suc par les racines. Cette espèce d’hémorrhagie fait périr l’arbre,et le lait se coagule dans la terre humide sans contact avec l’air libre. Je vous en-voie le Dapiche même, et une masse de Caoutchouc, faite du Dapiche (prononcezDapitsche) en l’exposant ou le fondant simplement au feu. Le leche de Pendare est le lait séché d’un arbre (Pendare). C’est un vernis blancnaturel. On enduit de ce lait, lorsqu’il est frais, des vases des Tutuma; il sèchevîte, et c’est un vernis très-beau: malheureusement il jaunit lorsqu’on le sèche engrande masse. La terre des Otomagues est pendant trois mois presque la seule nourriture decette nation hideuse par les peintures qui déſigurent son corps. Ces peuples mangentcette terre, lorsque l’Orenoque est très-haut, et que l’on y trouve plus de tortues. C’est une espèce de terre glaise. Il y a des individus qui mangent jusqu’à unelivre et demie de terre, par jour. Il y a des moines qui ont prétendu qu’ils mêloientla terre avec le gras de la queue du crocodile; mais cela est faux. Nous avons trouvéchez les Otomagues des provisions de terre pure, qu’ils mangent; ils ne lui donnentpoint d’autre préparation que de la brûler légèrement et de l’humecter. Il me paroittrès-étonnant que l’on puisse être robuste et manger une livre et demie de terre parjour, tandis que nous connoissons quels effets pernicieux la terre a sur les enfans.Cependant mes propres expériences sur les terres et sur leur propriété de décomposerl’air lorsqu’elles sont humectées, me font entrevoir qu’elles pourroient être nourris-santes, c’est-à-dire, agir par des affinités chimiques. J’ajoute pour le Muséum, la tabatière des mêmes Otomagues, et la chemise d’unenation voisine des Piroas. Cette tabatière est très-grande, puisque c’est un plat surlequel on met un mélange du fruit rapé et pourri d’un Minosa, avec du sel et dela chaux vive. L’Otomague tient le plat d’une main, et de l’autre il tient le tubedont les deux bouts entre dans ses narines, pour aspirer ce tabac stimulant. Cetinstrument a un intérêt historique: il n’est commun qu’aux Otomagues et aux Ome-guas,la Condamine le vit. Par conséquent, à deux nations qui sont à présentà trois cents lieues de distance l’une de l’autre, il prouve que les Omeguas, qui |11| sont venus du Guaviare, selon une tradition ancienne, descendent peut-étre des Otomagues, et que la ville de Menoa a été vue par Philippe de Urre, entre Metaet Guaviare. Ces faits sont intéressans pour savoir d’où vient la fable du Dorada. La chemise de la nation voisine des Piraoas, est l’écorce de l’arbre Marisna, àlaquelle on ne donne aucune préparation. Vous voyez que les chemises croissent surles arbres dans ce pays-ci; aussi est-ce tout près du Dorada, où je n’ai vu de curiositéminérale que du talc et un peu de titane (2)

(2) Le C. Fourcroy n’a encore reçu aucun des objets que lui annonce M. Humboldt.