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Alexander von Humboldt: „Sur plusieurs objets d’histoire naturelle et de chimie“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1800-Sur_plusieurs_objets-1> [abgerufen am 05.02.2023].

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https://humboldt.unibe.ch/text/1800-Sur_plusieurs_objets-1
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Titel Sur plusieurs objets d’histoire naturelle et de chimie
Jahr 1800
Ort Paris
Nachweis
in: Annales de chimie 35 (30 Messidor an 8 [19. Juli 1800]), S. 102–111.
Postumer Nachdruck
Lettres américaines d’Alexandre de Humboldt (1798–1807), publiées avec une introduction et des notes par E. T. Hamy, Paris 1905, S. 58–63.

Alejandro de Humboldt. Cartas americanas. Compilación, prólogo, notas y cronología Charles Minguet. Traducción Marta Traba, Caracas 1980, S. 38-42.

Alexander von Humboldt, Briefe aus Amerika 1799–1804, herausgegeben von Ulrike Moheit, Berlin: Akademie 1993, S. 75–78.
Sprache Französisch
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: II.6
Dateiname: 1800-Sur_plusieurs_objets-1
Statistiken
Seitenanzahl: 10
Zeichenanzahl: 10910

Weitere Fassungen
Sur plusieurs objets d’histoire naturelle et de chimie (Paris, 1800, Französisch)
Humboldt’s travels through Spanish America (London, 1800, Englisch)
Over verscheidene onderwerpen van Natuurlyke Historie en Scheikunde (Haarlem, 1800, Niederländisch)
Ueber einige Gegenstände der Chemie und der Naturgeschichte des südlichen Amerika’s (Helmstedt, 1800, Deutsch)
Aus einem Briefe an Fourcroy (Halle, 1801, Deutsch)
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LETTRE De M. Alex. Humboldt, physicien,actuellement voyageant dans l’Amé-rique méridionale; au cit. Fourcroy ;Sur plusieurs objets d’histoire naturelle et de chimie;

Citoyen,

La fièvre jaune qui désole ce port de l’Amé-rique méridionale, nous force d’y faire unséjour si court, que je saisis en hâte l’occa-sion de vous faire parvenir ces lignes, et devous répéter, du fond de la zone torride,combien je m’occupe de vous et de vos il-lustres collègues, parmi lesquels j’ai joui d’unaccueil aussi flatteur pendant mon dernierséjour à Paris. Depuis notre départ de Sainte-Croix de Ténériffe (où j’ai descendu dans lecratère du volcan, l’air atmosphérique y étantà 0°8 de R. et à 0.19 d’oxigène), je vous aiécrit deux fois; j’ai envoyé aux cit. Delambre |103| et Lalande, un extrait de mes travaux astro-nomiques, des longitudes intéressantes, l’ob-servation de l’éclipse du soleil du 6 brumaire,des immersions de satellites, des recherchessur l’intensité de la lumière des étoiles aus-trales (mesurée par le moyen des diaphrag-mes). J’ai adressé à l’Institut un mémoirechimique sur la phosphorescence de la mer;sur un gaz particulier que donne le fruit dela coffea arabica (1), en l’exposant au soleil;sur un feldspath blanc de neige, qui humectéabsorbe tout l’oxigène de l’atmosphère; surle lait du cecropia peltata et de l’euphorbiacurassavica (expériences qui font suite àvotre excellent mémoire sur le caoutchouc, et à celui de notre ami Chaptal); sur l’air quicircule dans les végétaux .... La pirateriequi règne sur mer, et qui désole les côtes deces belles contrées, me fait craindre qu’unepartie de ces lettres ne sera point arrivée en France, quoique j’aie choisi tantôt la voie dela Guadeloupe, tantôt celle de l’Espagne. Jedonne ces lignes à un bâtiment américain, quipart dans 2 jours pour Boston, et quoiqu’elles
(1) La cerise du café fraîche (après 36 heures)dégage un carbure d’hidrogène oxidé et gazeux, qui,absorbé par l’eau, lui donne un goût d’alcool.
|104| ne puisent vous parvenir que par Hambourg,elles en seront peut-être moins exposées. Ona coutume ici de copier 4 à 5 fois la mêmelettre. Mais où prendre le tems, mon digneami, lorsqu’on a tant de choses à observer,à rédiger, à calculer?
Je me borne donc à vous dire de nouveau,que je jouis continuellement de la meilleuresanté du monde, que je suis comblé de bontéspar les habitans de ces contrées; que les per-missions et recommandations du gouverne-ment espagnol me procurent toute facilitéimaginable pour faire des recherches utilesaux sciences; qu’aucun de mes instrumens,même les plus délicats (tels que les baromè-tres, thermomètres, hygromètres, boussolesd’inclinaison de Borda) ne se sont déran-gés, et qu’au fond des missions des IndiensChaymas, dans les montagnes du Toumiri-quiri, j’ai eu mon laboratoire monté commesi je me trouvois rue du Colombier, hôtelBoston. Mon compagnon de voyage, le cit. Bonpland, élève du jardin des plantes, medevient de jour en jour plus précieux. Il jointdes connoissances très-solides en botanique eten anatomie comparée, à un zèle infatigable.J’espère un jour rendre en lui à sa patrie unsavant qui sera digne de fixer l’attention pu- |105| blique. Jamais étranger n’a joui des permis-sions que le roi d’Espagne a daigné m’accor-der. C’est déjà cette idée seule qui pouvoitnous exciter à redoubler notre activité. Dansles 7 mois que nous sommes dans ce beaucontinent, nous avons séché (avec les dou-bles) près de 4000 plantes, rédigé plus de800 descriptions d’espèces nouvelles ou peuconnues (nous avons sur-tout de nouveauxgenres de palmes, des cryptogames, des be-faria, des melastoma nouveaux), des in-sectes, des coquilles, beaucoup de dessinssur l’anatomie des vers marins, beaucoupd’observations sur le magnétisme, l’électricité,l’humidité, la température, la quantité d’oxi-gène de l’atmosphère, la mesure de toute lahaute chaîne des montagnes qui s’étend jus-qu’à la côte de Paria, dont nous avons exa-miné les volcans (volcans qui vomissentde l’air inflammable allumé, du soufre et del’eau hidro-sulfureuse). Nous avons ramassébeaucoup de graines que nous ferons partirdans 3 décades d’ici pour l’Europe, en les adres-sant au jardin des plantes. Nous avons passé5 mois dans l’intérieur de la Nouvelle An-dalousie, et sur les côtes du Paria, où nousavons essuyé des tremblemens de terre très- |106|forts au mois de brumaire. Une partie de cescontrées est encore habitée par des Indienssauvages, et d’autres ne sont cultivées quedepuis 5-6 ans. Comment vous peindre lamajesté de cette végétation, ces bois de Ceiba,de Hura, de Hymenea, où l’on ne sent jamaisles rayons du soleil; la variété des animaux,le superbe plumage des oiseaux, les singes,les tigres, l’aspect hideux des crocodiles(caimans) dont fourmillent les rivières, etqui ont plus de 30 pieds de long? .... DeCumana nous avons passé à Caraccas, oùnous avons resté frimaire et nivôse, capitalecharmante, située dans une vallée qui a 426toises de hauteur, et jouissant à 10°31 de lat.du frais (on peut dire du froid) de Paris. C’estde-là que nous avons gravi à la cîme de lafameuse Silla de Caraccas, ou Sierra de Avila, où, à 1316 toises de hauteur, nousavons découvert de beaux cristaux de tita-nium. En outre de ces prismes de titanium,j’ai trouvé des dendrites (semblables à ceuxdu manganèse), qui sont de l’oxide de tita-nium. Nous allons d’ici par Varina, et les mon-tagnes couvertes de neiges de Merida, auxcascades du Rio Nigro, et au monde inconnu |107| de l’Oronoco, pour revenir par la Guiane àCumana, d’où nous partirons pour la Havaneet le Mexique. Vous voyez, mon digne ami,que nous ne manquons pas de courage aumoins. Puissent mes foibles efforts être utilesaux sciences que nous aimons, et que vouset les Vauquelin, les Guyton, les Chaptal,les Berthollet, ornez de tant de découvertesnouvelles! Je me flatte que vous tous ensemblene m’avez pas tout-à-fait oublié, et cet espoirme console de mes peines. Au cas que l’Insti-tut n’ait point encore reçu ce que je lui aiadressé, faites-moi l’amitié de me rappelerà la mémoire de cette illustre société; saluezsur-tout bien amicalement, en outre des Vau-quelin, des Chaptal et Guyton, les cit. Jussieu, Desfontaines, Cuvier, Adet, Delambre, mesamis Tassaert, Thenard, Robiquet ... Le cit. Sieyes a eu beaucoup d’amitié pour mon frère et pour moi; il a voulu que je lui écrivisse,comptant partir pour l’Egypte. Je lui aiadressé récemment une lettre. Oserois-je vousprier qu’au cas que vous ne voyiez pas vous-même ce Directeur, vous lui fissiez savoirpar un de ses amis, que je vis, que je tra-vaille un peu, et que si un jour le projet duvoyage autour du globe renaît, je suis égale- |108| ment déterminé à offrir de foibles lumièresréunies à une volonté énergique. Nous aurons soin d’adresser les graines quenous avons ramassées pour le jardin desplantes de Paris, au Musée, et à sir JosephBancks, tel qu’il a été convenu avec le cit. Jussieu. Ce n’est que depuis quelques jours quenous apprenons ici que Bonaparte, Ber-thollet et Monge sont retournés en France;que l’armée d’Orient reste toujours victo-rieuse .... Jugez quelle joie nous ont causéces nouvelles. Occupé pendant quatre moisde me rendre en Egypte, je m’intéresse en-core infiniment à cette conquête. Nous allonsaux Philippines depuis Acapulca. Si la paixse faisoit enfin; si nous pouvions retournerpar Bassora, Jaffa, Marseille .... Voilà desrêves, mais ils sont si doux .... Je suis très-attaché à la maison Berthollet. La citoyenneB. à Paris, le fils à Montpellier (Il y a justeun an que j’y passai un tems délicieux cheznotre ami Chaptal), ont eu beaucoup debontés pour moi. Que ne puis-je voir le père!Que je plains le sort de notre malheureux Dolomieu, prisonnier en Sicile! S’il revient ausein de ses collègues, dites-lui mille choses |109| de ma part, et communiquez-lui le fait sui-vant: il y a plus de trois ans que je lui ai an-noncé, et au cit. Lametherie, que, dans lesmontagnes primitives de l’ltalie, de la France, Suisse, Allemagne, Pologne (j’ajoute à pré-sent), l’Espagne, il existe un parallélismede direction entre les couches des granitesfeuilletés, ardoises, schistes micacés, cor-néennes schisteuses; ... que ces couches sontinclinées (tombent) au nord-ouest, et queleur direction fait avec l’axe du globe unangle de 45-57°; que cette inclinaison et di-rection ne dépendent aucunement de la di-rection ou forme des montagnes; qu’ellen’est affectée aucunement par les vallées,mais qu’elle annonce une cause infinimentplus grande et plus générale; qu’elle se rap-porte à un phénomène d’attraction qui a agilors de la consolidation du globe. Ayant voyagédans la plus grande partie de l’Europe à pied,et avec des sextants et boussoles, j’ai unecollection d’observations très-étendue à ce su-jet. Mon manuscrit sur la direction et l’iden-tité des couches, ou sur la construction duglobe, est entre les mains de mon frère. J’yai travaillé depuis 1791, mais il ne doit pa-roître que lorsque j’aurai plus vu de terrain.A mon plus grand étonnement, j’ai observé |110| dans la Cordillère du Paria, de la NouvelleAndalousie, Nouvelle Barcelone et Vene-zuela, que, dans le nouveau monde, près del’équateur, les couches suivent les mêmeslois, le même parallélisme. Vous vous souvenez des dernières bellesobservations du cit. Coulomb sur l’air quisort avec explosion des troncs d’arbres lors-qu’on les perce. J’ai fait ici des expériencessur le clusea rosea, dans lequel (c’est dansl’intérieur des vaisseaux pneumato-chimifèresde Hedwig, vasa cochleata de Malpighi),circule une immense quantité d’air. Cet aircontient jusqu’à \( \frac{35}{100} \) d’oxigène. Les feuilles dumême arbre, exposées au soleil sous l’eau,ne donnent pas un millimètre cube d’air. Cetair qui circule sert certainement (commedans le corps animal), pour coaguler, par l’ab-sorption d’oxigène, la partie fibreuse. Le clusea est une plante laiteuse, et il s’y formeun gluten élastique. Quoique la pureté de l’air atmosphériquemonte ici, principalement la nuit, au-delà de0.305 d’oxigène, j’ai trouvé que l’air contenudans les siliques et capsules des plantes équi-noxiales, par exemple, des paullinia, estplus azoté que notre air atmosphérique. Il nemonte guère au dessus de 0.24 à 0.25 d’oxi- |111| gène. L’air dans les culmi geniculati n’a icique 0.15 d’oxigène. Tout cela prouve quel’air qui circule est plus pur; et que l’air qui esten repos, déposé dans des capsules ou utriculi,est moins pur que l’air atmosphérique. Le pre-mier est récemment produit par les organesqui décomposent l’eau; il se porte là où il doitservir, par son abondance d’oxigène, à pré-cipiter la fibrine, à former le tissu fibreux;l’autre est le résidu d’un gaz qui a déjà achevéde faire ces fonctions.

Salut, etc. Sign. Alex. Humboldt.