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Alexander von Humboldt: „Lettre de Fréderic Humboldt au C. Fourcroy“, in: ders., Sämtliche Schriften digital, herausgegeben von Oliver Lubrich und Thomas Nehrlich, Universität Bern 2021. URL: <https://humboldt.unibe.ch/text/1798-Lettre_de_Frederic-1> [abgerufen am 31.01.2023].

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Permalink:
https://humboldt.unibe.ch/text/1798-Lettre_de_Frederic-1
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Titel Lettre de Fréderic Humboldt au C. Fourcroy
Jahr 1798
Ort Paris
Nachweis
in: Annales de chimie 27 (30 Messidor an 6 [18. Juli 1798]), S. 62–66.
Postumer Nachdruck
Bruhns, Karl [Hrsg.]: Alexander von Humboldt. Eine wissenschaftliche Biographie. Bd. 1. Leipzig 1872, S. 224.
Sprache Französisch
Deutsche Übersetzung dieses Textes
Schriftart Antiqua
Identifikation
Textnummer Druckausgabe: I.73
Dateiname: 1798-Lettre_de_Frederic-1
Statistiken
Seitenanzahl: 5
Zeichenanzahl: 5369

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LETTRE De Fréderic Humboldt au C. Fourcroy.

Ce n’est que depuis peu, Citoyen, que jeviens de lire les observations que vous avezcommuniquées au cit. Van Mons sur monmémoire relatif au procédé chimique de lavitalité. Permettez-moi de vous exprimer com-bien je suis sensible à l’attention que vous avezbien voulu fixer sur mes travaux. J’admiredepuis long-tems le vaste nombre de décou-vertes dont vous avez enrichi la chimie. J’em-brasse avec enthousiasme tout ce qui sort devotre plume. Jugez par-là, Citoyen, combienil me tient à cœur d’éloigner des soupçons quej’ai fait naître en vous, et que je sens ne pasmériter. Lorsque je fais passer en revue lechaos de systêmes hypothétiques dont on adéfiguré la physiologie en Angleterre, en Ita-lie, et même dans ma patrie, riche d’ailleurs enprofonds naturalistes, je ne dois pas m’éton-ner que le simple mot de procédé chimiquede vitalité vous ait fait naître l’idée que j’osoisexpliquer les grands phénomènes de la ma-tière organisée comme on explique la décom- |63| position des sels neutres ou des oxides métal-liques. La lettre, il est vrai, que j’ai adressésau cit. Van Mons, annonçoit des faits que jeprésumois être inconnus en France; elle n’a-voit d’autre but que celui de vous commu-niquer des expériences qui paroissent d’ungrand intérêt pour la thérapie; qui, depuisdeux ans, ont été réitérées avec succès parmes amis, et que nos journaux disoient avoirété répétées sans succès à Paris. J’annonçoistrès-positivement que je suis bien éloignéd’admettre un principe matériel de l’irritabi-lité; mais que je crois fondés les phénomènesde la matière organisée dans la balance ré-ciproque de tous les élémens dont la fibre estcomposée. Par-tout où j’osai expliquer les faitsje le fis sans air d’assurance et avec des ex-pressions douteuses. Je conçois très-bien ce-pendant, que cette lettre n’étoit pas de natureà vous prouver la circonspection avec laquelleje me flatte d’avoir entrepris mes recherches.Le premier volume de mon ouvrage physiolo-gique a paru (1); l’impression du second sera
(1) Versuche uber die gereiste Nervenfaser, etc. Ex-périences sur l’Irritation de la fibre nerveuse et mus-culaire, auxquelles sont joints des doutes sur le pro-cédé chimique de la vitalité dans la matière animaleet végétale. A Berlin, chez Decker, 1797.
|64| bientôt achevée. Cet ouvrage n’est pas le tra-vail de quelques mois; il m’a occupé depuisquatre ans: j’y ai séparé soigneusement lesfaits des explications théorétiques, auxquel-les, par-ci par-là, je me suis livré. J’ai cruqu’en suivant ce plan, mes expériences pour-roient encore être lues avec intérêt dans untems où le progrès des connoissances humai-nes aura changé totalement la face de nossystêmes. J’y ai parlé souvent de la décom-position de quelques substances qui ont étéregardées comme simples jusqu’à ce moment;mais je n’en ai parlé que comme une décou-verte à faire, et je n’ai admis positivementaucun axiome que ceux que vous-même vousavez annoncés dans votre excellente philoso-phie chimique. Cet ouvrage, citoyen, dontplusieurs exemplaires se trouvent à Paris, doitme justifier devant vous. Je me hâterois moi-même de vous en donner des extraits, si monpeu de loisir me le permettoit; mais, ayantun vaste champ à parcourir, je dois me bornerà mettre la dernière main à des travaux entre-pris depuis long-tems, et que vous-même, peut-être, ne vous refuserez pas de recevoir avecindulgence. Ma première jeunesse a été vouéeà l’étude de la botanique et de la géologie. Jem’occupois toujours de la contemplation de |65| la nature même. Toutes les personnes sous lesyeux desquelles je travaille, savent que je suissans relâche occupé d’expériences chimiques.J’en ai fait récemment sur la mofète, dontl’effet auroit pu être funeste à ma santé. Celan’est pas, sans doute, le train de vie d’unhomme qui ne se plaît qu’à agrandir le nom-bre des hypothèses brillantes. Vous êtes troployal, Citoyen, pour me blâmer de ce que jeparle avec franchise: nous marchons tousdeux sur des routes diverses; vous analysez lamatière dans laquelle le principe de vie estéteint; moi je m’occupe de cette même ma-tière lorsqu’elle jouit du plus haut degréd’irritabilité. Je ne doute pas que nous par-viendrons tous deux au même but. Je brûledu desir de voir arriver le moment où votrechimie animale paroîtra. Je ne crains pas,en attendant, d’aller trop vîte, et de compro-mettre la chimie avec la médecine. Je meflatte plutôt (et plusieurs médecins célèbresont bien voulu me le persuader) que mes expé-riences sur les nerfs seront utiles aux progrèsde la thérapeutique. Les mêmes raisons quivous portent à garder le silence me forcentà parler: vous avez conçu le vaste plan deconstruire un systême; vous attendez que lesmatériaux en soient tous rassemblés: je me |66| borne à décrire quelques phénomènes que j’aiobservés dans le cours de mes expériences surla matière organisée: j’y joins quelques dou-tes sur le procédé de la vitalité, espérant queces mêmes doutes feront naître un jour desdécouvertes plus intéressantes que les miennes.C’est sous ce point de vue que les mêmes mo-tifs doivent vous déterminer à agir différem-ment. Je me croirai toujours trop heureux simes foibles essais peuvent servir à cimenterles bases du grand édifice que vous préparez àla postérité.